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mardi 18 septembre 2007

Service minimum dans les transports: le président a reculé

Comme nous l'avions pronostiqué, Nicolas Sarkozy a calé en route dans sa volonté d'instaurer un service minimum dans les transports publics. Les syndicats ont beau crier à qui veut les entendre que la loi votée par le Parlement cet été «menace gravement le droit de grève», elle est, en réalité, beaucoup moins radicale qu'annoncé. Le texte, ne prévoit, en effet, aucune possibilité de réquisitionner des grévistes. Et on cherchera en vain la mention, pourtant promise par le candidat, d'un maintien du trafic aux heures d'entrée et de sortie de bureau. Notre loi est une bluette comparée à la réglementation allemande: outre-Rhin, la justice peut interdire toute grève des cheminots dès lors qu'elle serait susceptible "d'engendrer un trop grand préjudice économique"
Le recul du gouvernement sur ce dossier clé pourrait avoir des conséquences plus importantes qu'on l'imagine. En l'absence d'un réel service minimum, notamment à la SNCF, Nicolas Sarkozy, qui entend réformer les régimes spéciaux des retraites, risque fort de se trouver dans une situation semblable à celle de 1995. A l'époque, Alain Juppé, qui voulait lui aussi réformer le statut des cheminots, avait dû faire machine arrière après trois semaines de grève qui avaient paralysé la France.
Cette demi-victoire n'empêche pas certains syndicats, CGT en tête, d'annoncer une possible riposte pour septembre, Coupe du monde de rugby ou pas. Ils ne digèrent pas l'obligation faite aux grévistes de se déclarer à leur employeur deux jours avant tout mouvement. Une disposition qu'ils jugent carrément «liberticide».
Anne Rosencher. Capital.

vendredi 24 août 2007

Sarkozy aboie, la BCE passe et casse

Nicolas Sarkozy sera-t-il capable de défier la BCE?

La vitalité économique d'une nation dépend de plusieurs ingrédients : la politique budgétaire de l'État, l'importance des prélèvements obligatoires, la dynamique de la consommation, le coût de la main d'œuvre, l'évolution de la valeur de la monnaie par rapport aux autres devises (qui conditionne les exportations et les importations) et le niveau des taux d'intérêts auxquels les entreprises empruntent pour investir, et les ménages pour s'équiper. Un savant dosage permet de réaliser une forte croissance ou bien de s'enfoncer dans la crise.

Hypocrisie

Au cours de la campagne présidentielle, le futur vainqueur avait promis qu'une fois élu, il reviendrait sur les pouvoirs de la Banque centrale européenne (BCE). En fait, il s'agissait d'une promesse très hypocrite (pléonasme ?). Elle consistait, d'une part, à reconnaître implicitement la pertinence des critiques souverainistes sur les risques d'un euro fort, pour mieux récupérer cet électorat qui, contrairement aux apparences, ne s'est pas évaporé, et, d'autre part, à flatter les sensibilités européistes, en défendant l'idée qu'une simple réforme pouvait assurer un avenir à nos entreprises exportatrices. Mais l'hypocrisie suprême est apparue en pleine lumière lorsque la BCE, dirigée par Jean-Claude Trichet, ex-protagoniste des affaires du Crédit lyonnais, nommé par Jacques Chirac, a décidé de relever son taux directeur pour la huitième fois consécutive depuis 2005!
Ce taux sert à fixer le montants des intérêts auxquels les banques centrales des États membres de l'UEM (la zone euro) empruntent à Francfort pour ensuite prêter aux banques commerciales, qui à leur tour distribuent des crédits aux particuliers, aux entreprises et aux services publics.
Les hausses de taux directeurs vont donc se répandre dans l'ensemble du circuit économique et rendre la consommation et l'investissement plus onéreux. Avec des taux directeurs qui atteignent aujourd'hui 4 % et atteindront vraisemblablement plus dans les mois qui viennent, les banques seront contraintes de porter leurs propres taux à 6 ou 7 %, ce qui alourdira le niveau d'endettement de tous les emprunteurs.

Souveraineté limitée

L'État français, confronté aux dépenses consécutives aux promesses électorales (bouclier fiscal plafonné à 50 % des revenus imposables, défiscalisation et exonération des charges sociàles des heures supplémentaires, déduction fiscale d'une partie des intérêts des emprunts pour les acquéreurs d'une résidence principale, etc.), ne pourra plus respecter les critères du pacte de stabilité européen, qui interdisent au déficit des comptes publics de dépasser la limite de 3 % du PIB. Pour éviter une amende que les instances bruxelloises ne manqueront pas d'imposer à la France, le gouvernement de M. Sarkozy sera alors contraint, comme celui de M. Mauroy en 1983, ou celui de M. Juppé en 1995, de renoncer à ses propres choix politiques.
Dans un régime de souveraineté limitée, les candidats aboient pendant la campagne électorale, mais un mois jour pour jour après l'élection du meilleur aboyeur public, la BCE rappelle que le pouvoir ne se trouve plus sur les bords de la Seine, mais sur celui du Main à Francfort ; elle "passe" et reprend la main !
Au-delà de la démonstration de l'hypocrisie politique de notre "matrice républicaine", la décision de la BCE est en fait beaucoup plus dommageable qu'un simple surcoût du crédit pour les futurs emprunteurs. Non contente de priver nos entreprises d'un crédit bon marché, elle vient aussi de renforcer la valeur de l'euro. Le prix d'une monnaie est en effet étroitement lié au niveau des taux d'intérêts. Plus ils grimpent, plus les spéculateurs misent sur cette devise puisque les capitaux qu'ils vont prêter rapporteront plus que dans une devise concurrente. Or, la Réserve fédérale américaine a renoncé à accroître ses propres taux directeurs pour relancer l'économie des États-Unis, si bien que le dollar devrait continuer à perdre de sa valeur par rapport à l'euro. Nos exportations seront de plus plus compromises alors que les importations deviendront de plus en plus compétitives.
Pendant que les spéculateurs de Francfort et d'ailleurs se frottent les mains, à Saint-Hyppolyte-du-Port, dans le Gard, les employés de Jallatte se frottent les pieds pour manifester leur désarroi. Leur entreprise, leader européen des fabricants de chaussures de sécurité, sera bientôt délocalisée, et près de 300 emplois seront supprimés. La BCE "passe" et casse toute notre industrie en annihilant les ingrédients du dynamisme économique national.
Henri Letigre: Action Française 2000 juillet 2007

vendredi 27 juillet 2007

Nicolas Sarkozy, profession jeune

Déjà en 92, l'homme des médias.
Il y a des hommes politiques qui doivent leur notoriété à leur talent, leur éloquence ou leurs relations. Nicolas Sarkozy, lui, doit la sienne à la télévision. « C'est vrai, nous avons largement contribué à le fabriquer. Mais c'est aussi parcequ'il passe très bien à l'écran », avouait récemment le directeur de l'information d'une grande chaîne privée.
Là où il passe malheureusement moins bien, c'est au RPR.
Plus gênant, Philippe Séguin et Charles Pasqua le détestent encore plus qu' Édouard Balladur, c'est dire.
L'homme est curieusement aussi creux qu'agaçant.
Surtout depuis avril 1992, date à laquelle il a été promu secrétaire général adjoint aux fédérations, antichambre du fauteuil occupé par son meilleur ennemi, Alain Juppé.
Nul doute que l'homme ferait un ministre tout à fait présentable. Même s'il est un des seuls à le penser.
Ses atouts: sa jeunesse et le soutien que lui apportent les médias. Ses handicaps: une aussi rapide ascension lui a valu nombre d'ennemis dans l'appareil gaulliste, surtout à la base et chez les proches de Pasqua qui ne manqueront pas de le faire chuter à la première occasion.
Nicolas Gauthier, Minute- La France 1992

lundi 18 juin 2007

Législatives : un premier avertissement pour Nicolas Sarkozy

Législatives: un premier avertissement pour Nicolas Sarkozy

Sarközy dispose d'une majorité pour mettre en oeuvre son projet mais va devoir tenir compte du premier avertissement lancé dimanche par les Français au second tour des législatives.

Avec 345 députés dont 313 pour l'UMP, l'hôte de l'Elysée a remporté une victoire en demi-teinte, obscurcie par la défaite-symbole d'Alain Juppé.

Le chef de l'Etat a pris lundi matin sa première décision d'après législatives en reconduisant son Premier ministre François Fillon, qui lui a présenté sa démission et celle du gouvernement, conformément à la tradition républicaine. La composition du gouvernement Fillon II doit être annoncée mardi.

Sur le fond, Sarközy, dont l'état de grâce est manifestement terminé, va devoir tenir compte de la victoire plus serrée qu'annoncée de l'UMP.


Source : nouvelobs

jeudi 7 juin 2007

"Vous refusez l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne ? Ouvrez les yeux !"

Nicolas Sarkozy a accepté l'ouverture, le 26 juin prochain, de trois nouveaux chapitres de négociations entre la Turquie et l'Union européenne. Alors que "c'était peut-être la dernière occasion pour la France" d'empêcher l'adhésion de ce pays. En effet, si le traité que veut Sarkozy entre en application, nous n'aurons plus de droit de véto... En réalité, Sarkozy est secrètement favorable à l'adhésion de la Turquie, comme son Premier ministre Fillon, son ministre d'État Juppé, son ministre des Affaires étrangères Kouchner, son secrétaire d'État Jouyet...

Yves Daoudal dans National Hebdo.


Vous avez voulu la rupture avec Chirac ? Ouvrez les yeux !

11 ministres sur 16 sont chiraquiens, dont le premier d'entre eux François Fillon, et le "calamiteux" Juppé. Et les candidats UMP aux législatives sont pour la plupart ceux qui ont accompagné la politique chiraquienne ces cinq dernières années.
Yves Daoudal dans National Hebdo.

vendredi 25 mai 2007

Le vrai Sarközy (2e partie)

Election présidentielle 2007

Ce que les grands médias n’osent pas ou ne veulent pas dévoiler

LE VRAI
SARKÖZY


Par Jean-François Kahn, avec Serge Maury, Philipp E Cohen, Laurence Dequay et le service France de « Marianne ».

(2e partie)

Un lourd secret
Donc, il y aurait, s’agissant du caractère de Sarkozy et de son rapport à la démocratie, comme un lourd secret qui, au mieux, préoccupe ses amis, au pis, angoisse ou affole ceux qui savent, un terrible non-dit dont bruissent les milieux politico-journalistiques, mais que les médias s’interdisent, ou se voient interdire, de dévoiler. Il fait peur !
La gauche elle-même participe de cette occultation. Sans doute s’attaque-t-elle à Sarkozy, parfois même avec outrance et mauvaise foi. Mais que lui reproche-t-elle ? D’être de droite, ou même, stigmatisation suprême, une sorte de « néoconservateur américain à passeport français », comme le clamait Eric Besson avant de retourner sa veste. Est-ce un crime ? La diabolisation de la différence est aussi contestable venant d’un bord que de l’autre. Le débat démocratique implique qu’il y ait une gauche, un centre, une droite, cette dernière n’étant pas moins légitime que ses concurrents. De même qu’une partie de l’opinion reproche au PS d’avoir trahi l’idéal socialiste ; de même une autre partie, importante, estime que Jacques Chirac a blousé son électorat en menant une vague politique de « centre gauche » et exige un fort coup de barre à droite.
C’est cette aspiration « à droite toute » que Sarkozy incarne avec énergie et talent. Le combattre n’exige nullement qu’on criminalise a priori cette incarnation.

Il est de droite, et après ?
Oui, Sarkozy, en son tréfonds – et même si on l’a convaincu de ne plus rien en laisser paraître –, est « atlantiste » et entend rompre avec la politique gaulliste d’« orgueilleuse » prise de distance à l’égard des Etats-Unis. Oui, il se réclama de George Bush à l’époque où celui-ci triomphait ; oui, il est le candidat quasi unanimement soutenu par le CAC 40, le pouvoir financier et la très haute bourgeoisie ; oui, ses convictions en matière économique et sociale en font plus le disciple de Mme Thatcher que de Philippe Séguin ; oui, il se sent beaucoup plus proche du modèle néolibéral anglo-saxon que du modèle français mixte tel que l’ont façonné les gaullistes, les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens. Le publicitaire Thierry Saussez, qui lui est tout acquis, explique que « sa manière de faire de la politique renvoie à ce que les patrons et les salariés vivent dans leurs entreprises ». Tout est business.
Mais, finalement, en tout cela, il ne se distingue guère des droites européennes qui, comme lui, veulent démanteler l’Etat providence et approuvèrent la guerre de George Bush en Irak.
Au demeurant, son pragmatisme, son cynisme même, son « populisme » de tonalité bonapartiste, son intelligence instinctive, ne permettent nullement de le décrire en ultralibéral ou en idéologue illuminé. Enfin, même si sa proximité avec la droite néofranquiste espagnole ou berlusconienne italienne n’en fait effectivement pas un « modéré », loin de là, et même si la rhétorique agressivement extrémiste qu’il déroule, depuis quelques semaines, le déporte loin du centre, le qualifier de « facho » ou de « raciste », comme s’y risque l’extrême gauche, est une stupidité.
Pourquoi faudrait-il (à condition de ne pas abuser des camouflages logomachiques comme le fait le champion UMP quand il cite Jean Jaurès ou multiplie les envolées « ouvriéristes ») que se situer à droite constitue, en soi, un délit ? On accuse également Sarkozy, ici de soutenir « l’Eglise de Scientologie », et là d’avoir promis à Chirac une amnistie contre son soutien. Mais il n’existe aucune preuve. Donc, on ne retient pas.

Cette vérité interdite
Le problème Sarkozy, vérité interdite, est ailleurs. Ce que même la gauche étouffe, pour rester sagement confinée dans la confortable bipolarité d’un débat hémiplégique, c’est ce constat indicible : cet homme, quelque part, est fou ! Et aussi fragile. Et la nature même de sa folie est de celle qui servit de carburant, dans le passé, à bien des apprentis dictateurs.
Oh, évidemment, cela se murmure, au point même de faire déjà, au sein de la couche supérieure de la France qui sait, et au fond des souterrains de la France qui s’en doute, un boucan d’enfer. Les médiateurs savent, les décideurs le pressentent. Mais les uns et les autres ont comme signé un engagement : on ne doit pas, on ne doit sous aucun prétexte, le dire.
Etrange atmosphère que celle qui fait que, dans cette campagne électorale, ce qui se dit obsède peu, mais ce qui obsède énormément ne se dit pas ; que ce dont on parle au sein des médias et chez les politiques, les médias, précisément, et les politiques n’en parlent pas !
« Fou », entendons-nous : cela ne rature ni l’intelligence, ni l’intuition, ni l’énergie, ni les talents du personnage. « Fou » au sens, où, peut-être, de considérables personnages historiques le furent ou le sont, pour le meilleur mais, le plus souvent, pour le pire. Ecoutons ce que nous confie ce député UMP, issu de l’UDF, officiellement intégré à la meute « de Sarkozy » : « On dit qu’il est narcissique, égotiste. Les mots sont faibles. Jamais je n’ai rencontré une telle capacité à effacer spontanément du paysage tout, absolument tout, ce qui ne renvoie pas à lui même. Sarko est une sorte d’aveugle au monde extérieur dont le seul regard possible serait tourné vers son monde intérieur. Il se voit, il se voit même constamment, mais il ne voit plus que ça. »

Plus fort que lui…
Au fond, où est le mystère ? Sarkozy, c’est peut-être une qualité, est transparent. Aux autres et à lui-même. Moins il regarde, plus il se montre, s’affiche, se livre. D’autant, comme le reconnaît un publicitaire qui a travaillé pour lui, qu’il ne sait pas se réfréner, se contraindre. « Il est tellement fort, ajoute-t-il drôlement, qu’il est plus fort que lui. » La raison ne parvient jamais à censurer son tempérament. Prompt à interdire, il ne sait pas s’interdire. Quelque chose en lui, d’irrépressible, toujours, l’entraîne au-delà. « Sur un vélo, rapporte Michel Drucker qui a souvent pédalé à ses côtés, même quand il s’agit d’une promenade, il se défonce comme s’il devait constamment battre un record. »
Tous ses proches emploient spontanément la même expression : « Il ne peut pas s’empêcher. » Par exemple, de dire du mal de Chirac, même quand la prudence exigerait qu’il s’en abstienne. Ainsi, en 1994, cette salve : « L’électroencéphalogramme de la Chiraquie est plat. Ce n’est plus l’Hôtel de Ville, c’est l’antichambre de la morgue. Chirac est mort, il ne manque plus que les trois dernières pelletées de terre. » Il ne peut pas s’empêcher, non plus, de se livrer à un jubilatoire jeu de massacre en direction de ceux, de son propre camp, qui ne sont pas de sa bande ou de sa tribu. « Jamais, peut être, un leader politique n’avait aussi systématiquement pris son pied – dixit une de ses victimes au sein de l’UMP – à assassiner, les unes après les autres, les personnalités de son propre camp pour, après le carnage, rester seul entouré de ses chaouches. » Après la défaite de 1995, ne s’est-il pas livré, dans le journal les Echos, sous pseudonyme, à une descente en flammes de ses propres comparses : François Fillon ? « Un nul qui n’a aucune idée. » Michel Barnier ? « Le vide fait homme. » Philippe Douste-Blazy ? « La lâcheté faite politicien. » Alain Juppé ? « Un dogmatique rigide. Fabius en pire. » Quant à Villepin, il s’est plu, si l’on en croit Franz-Olivier Giesbert, à lui promettre de finir « pendu au croc d’un boucher ». Vis-à-vis des autres, fussent-ils des amis politiques, aucune tendresse ! Jamais !

Il suffit de l’écouter
Sarkozy, il suffit, au demeurant, de le lire ou de l’écouter. De quoi parle-t-il ? De lui. Toujours. Compulsivement. Psychanalytiquement. Que raconte-t-il ? Lui ! Qui prend-il comme témoin ? Lui ! Qui donne-t-il en exemple ? Lui ! Il est, jusqu’au délire parfois, sa propre préférence. Jamais hors « je ». Ce « je » qui, à l’entendre, est forcément « le seul qui », « le premier à », « l’unique capable de », « le meilleur pour ». Comme si l’univers tout entier était devenu un miroir qui ne lui renvoie plus que son reflet, quitte à entretenir constamment chez lui l’angoisse que le miroir lui dise un jour, comme à la marâtre de Blanche-Neige, qu’il n’est « plus la plus belle ».
C’est pourquoi, d’ailleurs – et même ses proches s’en effarent –, il vit constamment immergé dans les enquêtes d’opinion, qui, plusieurs fois par jour, ont pour objet de le rassurer sur l’évolution de son image. Un argument ne passe pas ? On y renonce. Un mot fait tilt ? On le répète à satiété. Une peur s’exprime ? On la caresse dans le sens du poil. Le public veut des expressions de gauche ? On lui en servira. Une musique d’extrême droite ? On la lui jouera. Il a même été jusqu’à faire l’éloge de la violence sociale… des marins pêcheurs.
Il commande tellement de sondages qu’il est devenu le meilleur client de certains instituts, qui, du coup, ont quelques scrupules à ne pas satisfaire son contentement de soi. Il a même réussi à inspirer à l’Ifop des sondages, publiés dans le Figaro, dont les questions quasiment rédigées par son entourage (sur l’affaire de Cachan ou la polémique avec les juges) ne permettaient pas d’autres réponses que celles qui le plébiscitaient.

Il est « le seul qui… »
Etrangement, si, constamment confronté à son reflet, il ne cesse d’intervenir pour en corriger les ombres, sa capacité d’écoute (ou de lecture) est extrêmement faible. Invite-t-il des intellectuels médiatiques à déjeuner au ministère de l’Intérieur que l’un d’eux, Pascal Bruckner (qui pourtant le soutient), explique que, loin de s’imprégner de leurs analyses, il a pratiquement parlé tout seul. Reçue par lui, la démographe Michèle Tribalat lui écrit : « J’ai pu apprécier votre conception du débat. Vous n’imaginez pas qu’un autre point de vue (que le vôtre) présente un quelconque intérêt. » D’ailleurs, il refuse les débats. Lors de ses prestations télévisées, on s’arrange pour qu’il n’ait jamais de vrais contradicteurs pouvant exercer un droit de suite. Le plus souvent, il choisit, d’ailleurs, lui-même les autres intervenants. Cette abyssale hypertrophie du moi, à l’évidence, entretient chez Sarkozy cette hargne de conquête, de contrôle, cette boulimie de pouvoir exclusif, le conduit à éradiquer toutes les concurrences potentielles et à neutraliser, à étouffer contestations et critiques. Il suffit, d’ailleurs, de l’écouter, mais aussi de le regarder « être » et « faire ». Jamais il ne se résout à n’être qu’un membre, fût-ce le premier, d’un collectif. Forcément l’unique, le soleil autour duquel tournent des affidés. D’où sa prédilection pour un entourage de groupies de grandes qualités et de grands talents, à la vie à la mort, « une garde rapprochée » comme on dit, mais aussi de porte-serviettes et de porte-flingues, de personnages troubles encombrés de casseroles et de transfuges. Avec eux, peu de risques !

Double discours
Il y a, chez Sarkozy, une incroyable dichotomie du discours (ou plutôt du double discours). Seul peut l’expliquer le fait que le rapport à lui-même est, chez lui, à ce point central que cette centralité de l’ego épuise en elle-même, et donc en lui-même, toute contradiction. Ainsi, au lendemain de ses brutales tentatives de criminalisation de ses concurrents, Bayrou l’ayant épinglé sur l’affaire du déterminisme génétique, il déclare benoîtement : « Un candidat devrait s’abstenir de toute attaque contre ses adversaires ! » Le jour même où il décide de jouer à fond, contre les candidats qui lui sont opposés – et avec quelle violence ! –, la stratégie guerrière de l’affrontement manichéen, il présente un opuscule dans lequel il explique (sous la rubrique « J’ai changé ») qu’il eut, certes, sa phase brutale, mais qu’il est désormais totalement zen et apaisé. Azouz Begag, dans son récit, rapporte que, lorsqu’il osa critiquer l’emploi du mot « racaille », le ministre de l’Intérieur hurla qu’il s’agissait d’un scandaleux manque de solidarité gouvernementale, qu’il était inconcevable qu’un ministre critique un collègue. Or, depuis des mois, il avait lui-même déclenché un tir nourri contre Chirac et Villepin, son président de la République et son Premier ministre.
D’une façon générale, il en appelle volontiers à une solidarité sans faille des siens, tout son camp devant se mettre à sa disposition, mais, pendant la crise du CPE, alors qu’il avait lui-même, le premier, préconisé ce type de contrat de travail, non seulement il en pointa soudain l’inanité et exigea son retrait, mais, en outre, il incita l’un des leaders de la révolte estudiantine à « tenir bon ». Il s’agissait, évidemment, d’achever Villepin.

Comme on assassine tous les concurrents…
A entendre les chiraquiens, même ceux qui se sont ralliés à son panache, c’est lui, Sarkozy, qui, ministre du Budget de Balladur, lança la justice sur la piste du scandale des HLM de Paris après que, dans l’espoir d’un étouffement, l’industriel Poullain, le patron d’une société de revêtement, eut emmené le dossier à son lieutenant, Brice Hortefeux. Objectif ? Abattre Chirac ! C’est lui encore, prétendent-ils, qui aurait fait révéler, au Canard enchaîné, l’affaire de l’appartement d’Hervé Gaymard, en qui il voyait un adversaire. C’est lui encore qui fit distiller, dans la presse, de quoi faire continuellement rebondir le feuilleton du scandale Clearstream transformé en machine à broyer et achever Dominique de Villepin. Quand, dans un grand meeting parisien, il lança que la victoire du oui au référendum européen permettrait de sortir, enfin, du modèle social français, n’était-il pas conscient qu’il favorisait de la sorte le camp du non et, par voie de conséquence, plombait le pauvre Jean-Pierre Raffarin ? Autrement dit, soyez avec moi, moi qui ai profité de toutes les occasions pour être contre vous. En fait Sarkozy vit ses contradictions comme une cohérente unicité de parcours dès lors que c’est lui, l’unique, le point central, qui porte et justifie cette cohérence. Ainsi, lorsqu’il accuse ses concurrents, de gauche ou centristes, d’être les candidats de la fraude, de la voyoucratie et de la dégénérescence morale, c’est le jour où Tapie, l’un des rares affairistes qui lui manquait encore, se rallie à lui.

Faillite morale, dit-il
Quelle capacité d’auto-amnistie cela révèle !
Car, enfin, se faire, fût-ce en partie, offrir un luxueux appartement aménagé par le promoteur qu’on a systématiquement favorisé en tant que maire, et dans l’espace dont on a, toujours comme maire, financé l’aménagement, est-ce un exemple d’attitude hautement morale ? Permettre, après qu’on fut devenu ministre, à son ancien cabinet d’avocats, en partie spécialisé dans les expulsions de locataires après vente à la découpe, de continuer à porter son nom – société Arnault Claude-Nicolas Sarkozy –, ce qui s’avère d’autant plus intéressant qu’on continue à détenir un gros paquet d’actions et à toucher des dividendes –, est-ce le modèle même du comportement impitoyablement moral ? Publier un livre consacré à l’ancien ministre Georges Mandel qui se révèle, pour partie au moins, être un plagiat coupé/collé de la thèse universitaire de Bertrand Favreau, certaines erreurs comprises, est-ce la quintessence du moralisme intégral ? Est-ce une moralité sans faille qui permit à Thierry Gaubert d’organiser son vaste système de gestion arnaqueuse du 1 % logement dans les Hauts-de-Seine à l’ombre des réseaux sarkozystes dont il fut, un temps, l’un des principaux rouages ? Est-ce sous le drapeau de la moralité qu’on envoya de gros clients très évasifs au banquier suisse Jacques Heyer qui, d’ailleurs, consuma leur fortune (celle de Didier Schuller en particulier) ? Les rapports d’affaires (ou de tentatives d’affaires) avec l’intermédiaire saoudien Takieddine étaient-ils placés sous le signe de l’intégrisme moral ? Le soutien constant apporté aux intérêts du groupe Barrière dans les casinos et les machines à sous ne fut-il dicté que par des considérations moralistes ? Pourquoi, enfin, avoir promis de rendre public son patrimoine et être le seul à s’en être abstenu ?

Un système clanique
Sarkozy n’est pas du tout un malhonnête homme. Simplement il est, fût-ce à son corps défendant, le pur produit d’un système, celui du RPR des Hauts-de-Seine, dont Florence d’Harcourt, l’ex-députée gaulliste de Neuilly, a crûment décrit l’irrépressible mafiosisation, renforcée par le déferlement des flux financiers immobiliers générés par le développement du quartier de la Défense, dont Sarkozy tint d’ailleurs à présider l’établissement public.
Son suppléant, en tant que parlementaire, fut d’ailleurs le maire de Puteaux, Charles Ceccaldi-Raynaud, puis sa fille qui, bien qu’adjointe à la mairie de Puteaux, bénéficia en même temps d’un emploi fictif à la mairie de Neuilly. Quand Sarkozy voulu récupérer son siège de député, hop !, on la nomma au Conseil économique et social. Devenu, à tort ou à raison, le symbole d’une certaine « ripouïsation » d’un demi-monde de politiciens locaux, Ceccaldi-Raynaud, petit dirigeant socialiste en Algérie française, dû regagner précipitamment la métropole à la suite des graves accusations dont il était l’objet, y compris d’avoir toléré des mauvais traitements dans un camp de prisonniers dont il était responsable. En France, élu de la gauche SFIO à Puteaux, il passa à droite et, lors de l’une de ses premières campagnes électorales, ses gros bras tuèrent un militant socialiste et en blessèrent d’autres. Ensuite, il traîna derrière lui tellement de casseroles (dernière affaire : il est mis en examen dans une affaire de marché truqué de chauffage urbain) qu’il devint une sorte de mythe. Sarkozy, ce qui plaide peut-être en faveur de son sens de la fidélité, ne l’a jamais lâché, même quand, ministre des Finances, il aurait pu ou dû. Quand la fille Ceccaldi-Raynaud, députée-maire à son tour, mécontente des critiques d’un journaliste blogueur, laisse publier sur le site de la mairie une lettre laissant supposer une inclinaison infamante, Sarkozy ne moufte toujours pas.
Il resta pareillement fidèle à son grand ami le député-maire de Levallois Patrick Balkany. Quand ce dernier, archétype lui aussi du roi de la magouille affairisto-municipale, employeur à son seul profit du personnel de la mairie, accablé par la justice et accusé, en prime, de se livrer à des fellations sur menace de revolver, écarté du RPR, est défié par un gaulliste clean, Olivier de Chazeaux, qui soutint Sarkozy ? Patrick Balkany. C’est-à-dire le délinquant. Notons que les Levalloisiens, par suite d’une gestion que soutient Sarkozy, supportent une dette de 4 000 à 6 000 € par habitant. C’est, d’ailleurs, le cabinet d’avocats Sarkozy qui défend, en autres, la mairie de Levallois, laquelle accumule les contentieux.

Qui sont ses soutiens ?
Faut-il rappeler que ses principaux et premiers supporteurs dans le monde politique ne furent et ne sont pas spécialement vêtus de probité candide : Alain Carignon, Gérard Longuet, Thierry Mariani, Manuel Aeschlimann (150 procédures, 600 000 € de frais d’avocats par an) et même Christian Estrosi n’ont pas précisément défrayé la chronique à cause de la blancheur immaculée de leur curriculum vitae. Il paraît même que Pierre Bédier en pince désormais pour lui.
Quant à son fan-club, qui prétendra qu’il n’est constitué que de parangons de vertu : Doc Gyneco, chargé comme un sherpa, Johnny Hallyday qui répudie la France pour ne plus payer d’impôts, comme Jean-Michel Goudard, l’un de ses principaux conseillers en communication, Antoine Zacharias, le Napoléon des stock-options ?
Certes, à l’image de Simone Veil ou de l’écrivain Yasmina Reza, de très nombreuses personnalités de grande qualité, représentant tous les milieux et toutes les professions, soutiennent également Sarkozy, y compris certaines en provenance d’une haute intelligentsia réputée de gauche, mais droitisée par leur soutien à la guerre d’Irak. Reste que le profil de ses partisans les plus enthousiastes et les plus engagés, y compris les plus faisandés des ex-petits marquis mitterrandolâtres, ne font pas nécessairement de Sarkozy (dont il n’est pas question de mettre en doute l’intégrité ou l’allergie à la déviance) le mieux placé pour dépeindre l’ensemble de ses adversaires en défenseurs de la fraude, de la délinquance et de la décadence morale.

« L ’identité nationale », parlons-en…
Est-il, en revanche, fondé à se proclamer seul défenseur de « l’identité nationale » ? Mais qui se déclarait « fier d’être surnommé Sarkozy l’Américain » ?
Qui affirma, aux Etats-Unis, qu’il se sentait souvent « un étranger dans son propre pays » ?
Qui regretta que la France ait brandi son droit de veto pour s’opposer à la guerre d’Irak ?
Qui stigmatisa, depuis l’Amérique, « l’arrogance » dont aurait fait preuve Dominique de Villepin lors de son fameux discours devant le Conseil de sécurité de l’ONU ?
Qui, avant de confier au chiracoséguiniste Henri Guaino le soin de rédiger ses interventions, opposa sans cesse le ringardisme du « modèle français » à la modernité du modèle anglo-saxon ? Nicolas Sarkozy pourrait d’ailleurs largement figurer dans la rubrique « Ils ont osé le dire », tant ses propos, depuis quinze ans, illustrent éloquemment tout ce qui précède, c’est-à-dire une dichotomie rhétorique qui se cristallise dans l’unicité de son exaltation du moi !
Citons, presque au hasard : « Il y en a combien qui peuvent se permettre d’aller à La Courneuve ? Je suis le seul [toujours le seul !] à être toléré dans ces quartiers. Je suis le seul ! » « J’irai systématiquement, toutes les semaines, dans les quartiers les plus difficiles et j’y resterai le temps nécessaire » (2005).
« Kärcher en septembre, 200 000 adhérents [à l’UMP] en novembre. » « Racaille, le vocable était sans doute un peu faible. »
« Vous savez pourquoi je suis tellement populaire ? Parce que je parle comme les gens » (avril 2004).
« Maintenant, dans les réunions publiques, c’est moi qui fais les questions et les réponses et, à la sortie, les gens ont l’impression qu’on s’est vraiment parlé » (le Figaro, mai 2005).
« Les gens qui habitent Neuilly sont ceux qui se sont battus pour prendre plus de responsabilités, pour travailler plus que les autres. »
« Si je ne faisais pas attention, tous les jours je serais à la télévision jusqu’à ce que les téléspectateurs en aient la nausée » (1995).
« Le rôle du politique est de tout faire pour ne pas exacerber les tensions. Plus la société est fragile, moins le discours doit être brutal. La meilleure façon de faire avancer la société, c’est de la rassurer, non de l’inquiéter. La réforme doit être comprise comme un ciment, non comme une rupture » (juillet 2006 dans Témoignages).
« Je n’aime pas étaler ce qui, finalement, appartient à ma vie privée. »
« La France souffre de l’égalitarisme et d’un état de nivellement. »
« Dans un monde où la déloyauté est la règle, vous me permettrez d’afficher, de manière peut-être provocante, ma loyauté envers Jacques Chirac » (juin 1992).
« Je refuse tout ce qui est artifice pour façonner à tout prix une image, les photos avec femme et enfants, la success-story, vouloir se faire aimer, poser en tenue décontractée. »
On nous dira, ensuite : il faut lui faire confiance, il faut le croire. Mais où est le filet de sécurité ?

Le vrai danger
On évoque obsessionnellement le danger Le Pen. Il existe un risque, en effet. Un terrible risque que, comme en 2002, le leader de l’extrême droite déjoue tout les pronostics et porte ainsi un nouveau coup à notre système démocratique. Mais tout le monde sait que Le Pen, lui, ne sera pas élu président de la République. Heureusement, il ne dispose, lui, contrairement à son adversaire – concurrent de droite (à l’égard duquel il fait preuve d’une certaine indulgence), ni du pouvoir médiatique, ni du pouvoir économique, ni du pouvoir financier. Pouvoirs qui, en revanche, si Sarkozy était élu – et il peut l’être –, ainsi que le pouvoir policier et militaire, seraient concentrés, en même temps que les pouvoirs exécutif et législatif, entre les mêmes mains, lesquelles disposeront, en outre, d’une majorité au Conseil constitutionnel, au CSA et au sein de la plupart des institutions du pays.
Hier, le journal la Tribune trappait un sondage parce qu’il n’était pas favorable à Sarkozy ; une publicité pour Télérama était interdite dans le métro parce qu’elle était ironique à l’égard de Sarkozy ; un livre était envoyé au rebut, le patron d’un grand magazine également, parce qu’ils avaient importuné Sarkozy ; Yannick Noah était censuré, parce que ses propos déplaisaient à Sarkozy. Aucun journal, fût-il officiellement de gauche, n’a échappé aux efficaces pressions de Sarkozy.
Voter Sarkozy n’est pas un crime. C’est même un droit. Nous ne dirons pas, nous, que ce candidat représente la fraude, la délinquance, l’anti-France et la faillite morale.
Nous voudrions simplement qu’on se souvienne plus tard – quitte, ensuite, à nous en demander compte – que nous avons écrit qu’il représente pour la conception que nous nous faisons de la démocratie et de la République un formidable danger.
S’il est élu, nous savons que nous pourrions en payer le prix. Nous l’acceptons !.