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lundi 9 février 2009

OTAN: Sarkozy décide la “normalisation” de la France

En 1966, le général de Gaulle avait signifié aux Américains le retrait de la France des structures militaires intégrées de l’Otan, afin d’affirmer l’autonomie nationale en pleine guerre froide; il s’appuyait sur l’acquisition de l’arme nucléaire.

La réintégration voulue par Nico l’Américain et conçue comme une “normalisation” est en passe d’être scellée. On se souvient ce que ce terme de”normalisation” signifiait du temps des satellites de l’Urss. Cet acte de soumission à la vision unilatérale du monde se déroulera en avril à Strasbourg et Kehl, lors du sommet marquant les 60 ans de l’OTAN, auquel participera Barack Obama.

Concrètement, la réintégration pleine de la France devrait se traduire par l’envoi de quelque 900 militaires français dans l’appareil militaire intégré de l’OTAN. Ce qui entraînera un coût financier élevé.

La Turquie souhaite pouvoir obtenir de la France plus facilement une approbation complète son intégration européenne.

Sans que personne n’ose l’avouer ouvertement, il est vraisemblable que la question de la Turquie fait partie du paquet cadeau de ce que l’Elysée nomme la “normalisation”.


http://fr.altermedia.info/

mercredi 8 octobre 2008

L'armée fusillée par Sarkozy

Chaque fois que les pouvoirs publics évoquent la modernisation ou l'adaptation d'une structure, d'une entreprise ou d'un secteur, on peut craindre le pire. Et en effet, présentant le 17 juin le Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale Porte de Versailles à Paris devant quelque 3 000 militaires, gendarmes, policiers et responsables de la sécurité civile au garde-à-vous, Sarkozy s'est voulu rassurant, se disant « garant de la défense des intérêts vitaux et stratégiques de notre pays » et affirmant avoir pour objectif que « notre pays reste une puissance militaire et diplomatique majeure, prête à relever les défis que nous confèrent nos obligations internationales, et celui que l'Etat assure l'indépendance de la France et la protection de tous les Français ».
SAIGNÉE DANS LES EFFECTIFS
Pourtant ce discours présidentiel est à marquer d'une pierre noire pour l'armée française. En effet, le chef de l'Etat a annoncé une réduction de 54 000 postes civils et militaires de la Défense, soit une baisse de plus de 16 % étalée sur « six ou sept ans ». Les effectifs de l'armée de terre vont diminuer de 17 %, ceux de l'armée de l'air de 25 % et ceux de la marine de 11%. Quant à la gendarmerie, elle sera rattachée au ministère de l'Intérieur dès le 1e janvier 2009.
Cette décrue sans précédent des effectifs - que nous avions prévue dans l'éditorial du 25 janvier titré : « Avec Sarko la Défense à la casse » - se traduira par la dissolution de dizaines de régiments et de bases aériennes tandis qu'une cinquantaine de communes pourront voir disparaître toute présence militaire sur le sol. Certes, la liste définitive ne doit être connue que jeudi prochain, lorsque le ministre de la Défense, l'ectoplasme Hervé Morin, la présentera à ses troupes, mais d'ores et déjà la fermeture des bases aériennes de Cambrai, de Reims et de Colmar semble acquise même si le ministère n'a pas encore tranché entre l'abandon de Dijon ou de Luxeuil.
S'agissant de la marine, la décision de construire un second porte-avions est renvoyée aux calendes grecques, l'Elysée promettant de choisir d'ici à la fin du quinquennat, probablement pas avant 2011.
LA DÉFENSE, LA MAL AIMÉE DE LA Ve RÉPUBLIQUE
Cela fait longtemps que l'armée est le parent pauvre des gouvernements successifs. La Grande Muette est la mal aimée de la Ve République. De Gaulle l'a trahie de manière éhontée en 1958 en lui donnant l'assurance que la France resterait en Algérie tout en négociant secrètement avec le FLN. L'armée française ne s'est jamais vraiment remise de cette trahison initiale, les traditions militaires mettant l'honneur, la loyauté et le respect de la parole donnée au-dessus de toutes les vertus. Les successeurs de l'homme de Colombey ne manifestèrent guère plus d'égards envers les militaires. C'est sous François Mitterrand, Rocard étant à Matignon et Jospin rue de Grenelle, que pour la première fois dans l'histoire de la République le budget de la Défense ne représentait plus le premier poste de dépenses de la nation, l'Education nationale l'ayant détrôné. Ce déséquilibre n'a depuis cessé de croître et d'embellir.
En décidant en 1996 l'abandon de la conscription et la professionnalisation des années, Jacques Chirac avait drastiquement réduit les dépenses militaires tout en promettant à la Grande Muette que les réductions d'effectifs seraient largement compensées par le perfectionnement de leur équipement et la sophistication de leur armement. Mais jamais l'on n'avait démantelé à ce point notre outil de défense.
L'AUXILIAIRE DU NOUVEL ORDRE MONDIAL
Il est vrai que dans la logique mondialiste il ne s'agit plus de protéger la patrie mais de défendre les droits de l'homme selon les critères de l'OTAN et de l'ONU. Sarkozy a d'ailleurs achevé son discours Porte de Versailles en évoquant une France qui « jouera tout son rôle pour la défense de la paix et de ses valeurs », Déjà, dans ses vœux à la nation le 31 décembre dernier, il avait remercié les soldats français défendant dans le monde « nos valeurs ». Il n'est nullement question de la patrie. Il ne s'agit plus de défendre un territoire concret, charnel, ni une souveraineté - bradée à Bruxelles. Il s'agit de transformer nos soldats en bras armé de la nouvelle gouvernance mondiale, de mettre l'armée française au service de valeurs abstraites qui sont le cache-sexe de l'impérialisme américano-sioniste.
LE RETOUR DANS L'OTAN
Car, et c'est sans doute l'essentiel du discours sarkozien, l'alignement sur les Etats-Unis est total : Alors même que la Cour des comptes américaine (GAO) dénonçait le contrat de 35 milliards de dollars signé par le Pentagone avec Airbus-EADS pour la livraison d'avions ravitailleurs - et qu'avait contesté Boeing -, le chef de l'Etat a en effet confirmé sa volonté de réintégrer les structures du commandement intégré de l'OTAN que la France avait quitté sous De Gaulle en 1966. Le Livre blanc appelle en effet à une « relation transatlantique rénovée » et à une « pleine participation » de la France à l'OTAN. L'on voit bien que l'Union européenne n'est qu'un appendice de l'Oncle Sam, son serviteur zélé, la fameuse défense européenne dont on nous tympanise depuis des années n'étant là que pour masquer la totale inféodation à l'OTAN comme l'avait si souvent prédit Jean Deni-pierre dans nos colonnes.
Dans cette logique de soumission à l'Amérique, la France abandonne sans remords ses zones d'influence traditionnelles. En Afrique, la présence militaire sera ainsi allégée, voire supprimée comme en Côte d'Ivoire. Les Américains qui font tout pour nous écarter du continent africain peuvent triompher ! Le document préconise en effet une révision "radicale", pas moins, des accords de défense sur ce continent. Or, il ne faut pas oublier que la constante dans la géopolitique de la Maison-Blanche est de réduire le rôle mondial de notre pays, de détruire ses zones de force et d'influence, de contrecarrer ses intérêts économiques et géostratégiques. C'est ainsi que les Etats-Unis se sont acharnés à ce que nous perdions nos colonies, envoyant même des armes au FLN via la Tunisie en 1957.
La défense revue et corrigée par Sarkozy est appelée désormais à « se concentrer sur un axe géographique prioritaire », de la Méditerranée au nord de l'océan Indien. Ce qui justifie comme par hasard de nouvelles bases permanentes dans le Golfe. Comme si l'on se préparait à une guerre contre l'Iran ! Il est vrai que Sarkozy s'est déjà engagé en Angleterre, puis devant George Bush lors de sa récente visite à Paris, à augmenter fortement la présence militaire de la France aux côtés des Américains en Afghanistan.
Sans surprise la Maison-Blanche a « salué la nouvelle » de ce retour dans l'OTAN. Sarkozy a certes pris soin de préciser dans son discours que « nos forces armées resteront nationales » et que « la France ne placera aucun contingent militaire sous commandement permanent de l'OTAN en temps de paix », mais cela ne trompe personne. Le Front national et les souverainistes ont condamné cette inféodation aux Etats-Unis. Le Parti socialiste également. Son premier secrétaire François Hollande a ainsi jugé sur RTL « extrêmement grave » la décision du chef de l'Etat tandis que l'ex-ministre de la Défense Alain Richard estime, lui, que les conclusions du Livre blanc « sont définies non par une vision stratégique, mais par une logique budgétaire ». Mais de la part de la gauche il s'agit de réactions de tartufes car, comme l'écrivait Libération du 18 mai, « sur le fond du dossier les socialistes sont embarrassés. Ils reconnaissent que si Ségolène Royal avait été élue, ils auraient confié la direction de leur Livre blanc au même Jean-Claude Mallet, le conseiller d'Etat qui l'a dirigé pour le compte de Sarkozy. Confidence d'un socialiste : " Au final, notre document n'aurait pas été très différent. Sauf sur l'OTAN, où l'on aurait fait de l'idéologie et sur quelques aspects de sécurité intérieure." »
Ce qui prouve une nouvelle fois que l'UMP et le PS c'est bonnet rose et rose bonnet !
QUID DE L'IMMIGRATION ?
Par ailleurs, le Livre blanc fixe les « contrats opérationnels » des armées, c'est-à-dire ce que l'Etat attend des militaires en termes de capacités. Pour l'année de terre, il s'agit de pouvoir projeter 30 000 hommes à 7 000 ou 8 000 kilomètres de la France, en cas de coalition internationale (évidemment dans le cadre de l'OTAN). Dans le même temps, elle devrait garder, nous assure-t-on, une capacité de 5 000 hommes pour une autre opération extérieure et de 10 000 sur le théâtre national. Ce qui est bien peu lorsque l'on constate la multiplication des émeutes urbaines, de Villiers-le-Bel à Vitry-le-François, et l'explosion des zones dites de non-droit - plus d'une centaine en France. Hervé Morin a expliqué sur France 2 le 17 juin que la disparition de la menace soviétique justifiait une réduction des effectifs et du budget de la Défense. Mais c'est faire fi du caractère très instable et dangereux du monde actuel et surtout c'est nier la gravité de la situation à l'intérieur même du territoire national. Car les experts savent très bien que les émeutes de l'automne 2005 peuvent se reproduire, en bien pire, à tout moment sur l'ensemble du territoire. Aurait-on alors les moyens d'y faire face ? Sans oublier le fait que nos unités sont désormais très métissées, y compris chez les parachutistes dont plus d'un cinquième des effectifs sont allogènes. Au reste, il y a quelques mois, était paru dans Le Figaro un article très alarmiste évoquant le refus grandissant de soldats mahométans de se soumettre à la discipline militaire, de saluer le drapeau, leur propension à exiger des repas spéciaux et toute une série de dérogations, leur insistance à manifester au grand jour leur exécration de la France et des Français.
Preuve de la volonté sarkozienne de créer une année « de moitié », le Livre blanc qui, précisons-le, n'est pas un rapport d'experts mais l'expression de la volonté du chef de l'Etat - fixe le cadre budgétaire pour les douze prochaines années (2009-2020), à hauteur de 377 milliards d'euros. Un chiffre en très nette baisse si on le rapporte au Produit intérieur brut. « Pensions comprises, nous sommes aujourd'hui à 2,3 % du PIB. Au terme du processus, nous serons à 2 % » explique-t-on à l'Elysée. Comme quoi si l'on se soumet aux Etats-Unis, en revanche on ne les imite pas dans l'importance qu'ils accordent à la Défense, le budget américain des armées dépassant largement 3 % du PIB. En revanche, on adopte leur vocabulaire. Le Livre blanc comprend ainsi un volet « sécurité nationale », concept d'importation américaine qui n'existait pas dans les deux précédents Livres blancs de 1972 et de 1994.
ATTENTION A LA COLÈRE DES LÉGIONS ?
Même si elle est tenue à un devoir de réserve, l'armée s'inquiète beaucoup des desseins du chef de l'Etat. Fait exceptionnel, un groupe d'officiers généraux et supérieurs des trois armées terre, air, mer, tenu à l'anonymat, critique fortement dans Le Figaro du 19 juin le Livre blanc en pointant notamment quatre incohérences majeures. La première, c'est que « l'Europe en général et la France en particulier diminuent leur effort de défense au moment même où chacun les augmente (les dépenses militaires mondiales ont progressé de 45 % en dix ans) », La seconde, c'est de ne pas tenir compte de « l'évolution de la conflictualité, le paradigme de la "guerre industrielle" (entre arsenaux étatiques) ayant été remplacé par celui de la "guerre bâtarde ", le plus souvent "au sein des populations", ce qui exige à la fois des forces terrestres plus nombreuses, une capacité de projection aérienne et navale plus affirmée, une réorientation des programmes en conséquence ». Troisième incohérence : « Nous revenons dans l'OTAN, avec une capacité militaire affaiblie, et tout en y revendiquant des postes de commandement. Nous prétendons faire de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) un dossier majeur du renforcement de la défense européenne sous présidence française, et nous baissons la garde au moment où nous souhaitons entraîner nos partenaires vers un renforcement de la défense européenne. Mais surtout, nous abandonnons aux Britanniques le leadership militaire européen, alors que nous connaissons la nature particulière de leurs relations avec les Etats-Unis. La France jouera désormais dans la division de l'Italie. Il est inutile de se payer de mots. » Quatrième incohérence : alors que nous avons « la certitude de nous engager vingt fois en Afrique dans les années qui viennent, pour y éviter des catastrophes humanitaires ou assurer l'évacuation de nos ressortissants ( ... ), nous affaiblissons de manière définitive notre positionnement, avec ce paradoxe que nos abandons vont conduire mécaniquement à un accroissement du nombre de crises que nous ne pourrons plus prévenir et dans lesquelles nous ne pourrons intervenir qu'à un coût incomparablement plus élevé. »
Difficile d'être plus sévère. Mais Sarkozy, qui se moque éperdument de la France, ne s'inquiète nullement de l'avenir de son armée. Dans le schéma mondialiste, les fonctions régaliennes de l'Etat (la police, l'armée, la justice) deviennent caduques ou à tout le moins subsidiaires.
A quoi en effet sert une armée s'il n'y a plus de patrie à défendre, de sol à protéger, de frontières à contrôler, si l'on ne sait plus ce qu'est la France et si l'Europe que l'on prétend construire n'est en réalité que le laboratoire et l'antichambre d'une gouvernance planétaire dirigée par Israël, ses alliés et ses zélotes ?
Jérôme BOURBON, Rivarol du 27 juin 2008

jeudi 24 juillet 2008

Opération Sarkozy »: comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française

Nicolas Sarkozy doit être jugé à son action et non pas d´après sa personnalité. Mais lorsque son action surprend jusqu´à ses propres électeurs, il est légitime de se pencher en détail sur sa biographie et de s´interroger sur les alliances qui l´ont conduit au pouvoir. Thierry Meyssan a décidé d´écrire la vérité sur les origines du président de la République française. Toutes les informations contenues dans cet article sont vérifiables, à l´exception de deux imputations, signalées par l´auteur qui en assume seul la responsabilité.

Les Français, lassés des trop longues présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac, ont élu Nicolas Sarkozy en comptant sur son énergie pour revitaliser leur pays. Ils espéraient une rupture avec des années d´immobilisme et des idéologies surannées. Ils ont eu une rupture avec les principes qui fondent la nation française. Ils ont été stupéfaits par cet hyper-président », se saisissant chaque jour d´un nouveau dossier, aspirant à lui la droite et la gauche, bousculant tous les repères jusqu´à créer une complète confusion.
Comme des enfants qui viennent de faire une grosse bêtise, les Françaissont trop occupés à se trouver des excuses pour admettre l´ampleur des dégâts et leur naïveté. Ils refusent d´autant plus de voir qui est vraiment Nicolas Sarkozy, qu´ils auraient dû s´en rendre compte depuis longtemps.
C´est que l´homme est habile. Comme un illusionniste, il a détourné leur attention en offrant sa vie privée en spectacle et en posant dans les magazines people, jusqu´à leur faire oublier son parcours politique.
Que l´on comprenne bien le sens de cet article : il ne s´agit pas de reprocher à M. Sarkozy ses liens familiaux, amicaux et professionnels, mais de lui reprocher d´avoir caché ses attaches aux Français qui ont cru, à tort, élire un homme libre.
Pour comprendre comment un homme en qui tous s´accordent aujourd´hui à voir l´agent des États-Unis et d´Israël a pu devenir le chef du parti gaulliste, puis le président de la République française, il nous faut revenir en arrière. Très en arrière. Il nous faut emprunter une longue digression au cours de laquelle nous présenterons les protagonistes qui trouvent aujourd´hui leur revanche.
Secrets de famille
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les services secrets états-uniens s´appuient sur le parrain italo-US Lucky Luciano pour contrôler la sécurité des ports américains et pour préparer le débarquement allié en Sicile. Les contacts de Luciano avec les services US passent notamment par Frank Wisner Sr. puis, lorsque le « parrain » est libéré et s´exile en talie, par son « ambassadeur » corse, Étienne Léandri.
En 1958, les États-Unis, inquiets d´une possible victoire du FLN en Algérie qui ouvrirait l´Afrique du Nord à l´influence soviétique, décident de susciter un coup d´État militaire en France. L´opération est organisée conjointement par la Direction de la planification de la CIA -théoriquement dirigée part Frank Wisner Sr.- et par l´OTAN. Mais Wisner a déjà sombré dans la démence de sorte que c´est son successeur, Allan Dulles, qui supervise le coup. Depuis Alger, des généraux français créent un Comité de salut public qui exerce une pression sur le pouvoir civil parisien et le contraint à voter les pleins pouvoirs au général De Gaulle sans avoir besoin de recourir la force [1].
Or, Charles De Gaulle n´est pas le pion que les Anglo-Saxons croient pouvoir manipuler. Dans un premier temps, il tente de sortir de la contradiction coloniale en accordant une large autonomie aux territoires d´outre-mer au sein d´une Union française. Mais il est déjà trop tard pour sauver l´Empire français car les peuples colonisés ne croient plus aux promesses de la métropole et exigent leur indépendance. Après avoir conduit victorieusement de féroces campagnes de répression contre les indépendantistes, De Gaulle se rend à l´évidence. Faisant preuve d´une rare sagesse politique, il décide d´accorder à chaque colonie son indépendance.
Cette volte-face est vécue comme une trahison par la plupart de ceux qui l´ont porté au pouvoir. La CIA et l´OTAN soutiennent alors toutes sortes de complots pour l´éliminer, dont un putsch manqué et une quarantaine de tentatives d´assassinat [2]. Toutefois, certains de ses partisans approuvent son évolution politique. Autour de Charles Pasqua, ils créent le SAC, une milice pour le protéger.
Pasqua est à la fois un truand corse et un ancien résistant. Il a épousé la fille d´un bootlegger canadien qui fit fortune durant la prohibition. Il dirige la société Ricard qui, après avoir commercialisé de l´absinthe, un alcool prohibé, se respectabilise en vendant de l´anisette. Cependant, la société continue à servir de couverture pour toutes sortes de trafics en relation avec la famille italo-new-yorkaise des Genovese, celle de Lucky Luciano. Il n´est donc pas étonnant que Pasqua fasse appel à Étienne Léandri («l´ambassadeur » de Luciano) pour recruter des gros bras et constituer la milice gaulliste [3]. Un troisième homme joue un grand rôle dans la formation du SAC, l´ancien garde du corps de De Gaulle, Achille Peretti -un Corse lui aussi-.
Ainsi défendu, De Gaulle dessine avec panache une politiqued´indépendance nationale. Tout en affirmant son appartenance au camp atlantique, il remet en cause le leadership anglo-saxon. Il s´oppose à l´entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun européen (1961 et 1967); Il refuse le déploiement des casques de l´ONU au Congo (1961) ; il encourage les États latino-américains à s´affranchir de l´impérialisme US (discours de Mexico, 1964) ; Il expulse l´OTAN de France et se retire du Commandement intégré de l´Alliance atlantique (1966) ; Il dénonce la Guerre du Viêt-nam (discours de Phnon Penh, 1966) ; Il condamne l´expansionnisme israélien lors de la Guerre des Six jours (1967) ; Il soutient l´indépendance du Québec (discours de Montréal 1967) ; etc.
Simultanément, De Gaulle consolide la puissance de la France en la dotant d´un complexe militaro-industriel incluant la force de dissuasion nucléaire, et en garantissant son approvisionnement énergétique. Il éloigne utilement les encombrants Corses de son entourage en leur confiant des missions à étranger. Ainsi Étienne Léandri devient-il le trader du groupe Elf (aujourd´hui Total) [4], tandis que Charles Pasqua devient l´homme de confiance des chefs d´États d´Afrique francophone.
Conscient qu´il ne peut défier les Anglo-Saxons sur tous les terrains à la fois, De Gaulle s´allie à la famille Rothschild. Il choisit comme Premier ministre le fondé de pouvoir de la Banque, Georges Pompidou.
Les deux hommes forment un tandem efficace. L´audace politique du premier ne perd jamais de vue le réalisme économique du second.
Lorsque De Gaulle démissionne, en 1969, Georges Pompidou lui succède brièvement à la présidence avant d´être emporté par un cancer. Les gaullistes historiques n´admettent pas son leadership et s´inquiètent de son tropisme anglophile. Ils hurlent à la trahison lorsque Pompidou, secondé par le secrétaire général de l´Élysée Edouard Balladur, fait entrer « la perfide Albion » dans le Marché commun européen.
La fabrication de Nicolas Sarkozy
Ce décor étant planté, revenons-en à notre personnage principal, Nicolas Sarkozy. Né en 1955, il est le fils d´un noble catholique hongrois, Pal Sarkösy de Nagy-Bocsa, réfugié en France après avoir fuit l´Armée rouge, et d´Andrée Mallah, une roturière juive originaire de Thessalonique.
Après avoir eu trois enfants (Guillaume, Nicolas et François), le couple divorce. Pal Sarkosy de Nagy-Bocsa se remarie avec une aristocrate, Christine de Ganay, dont il aura deux enfants (Pierre-Olivier et Caroline). Nicolas ne sera pas élevé par ses seuls parents, mais balloté dans cette famille recomposée.
Sa mère est devenue la secrétaire d´Achille Peretti. Après avoir co-fondé le SAC, le garde du corps de De Gaulle avait poursuivi une brillante carrière politique. Il avait été élu député et maire de Neuilly-sur-Seine, la plus riche banlieue résidentielle de la capitale, puis président de l´Assemblée nationale.
Malheureusement, en 1972, Achille Peretti est gravement mis en cause. Aux États-Unis, le magazine Time révèle l´existence d´une organisation criminelle secrète « l´Union corse » qui contrôlerait une grande partie du trafic de stupéfiants entre l´Europe et l´Amérique, la fameuse « French connexion » qu´Hollywwod devait porter à l´écran. S´appuyant sur des auditions parlementaires et sur ses propres investigations, Time cite le nom d´un chef mafieux, Jean Venturi, arrêté quelques années plus tôt au Canada, et qui n´est autre que le délégué commercial de Charles Pasqua pour la société d´alcool Ricard. On évoque le nom de plusieurs familles qui dirigeraient « l´Union corse », dont les Peretti. Achille nie, mais doit renoncer à la présidence de l´Assemblée nationale et échappe même à un « suicide ».
En 1977, Pal Sarkozy se sépare de sa seconde épouse, Christine de Ganay, laquelle se lie alors avec le n°2 de l´administration centrale du département d´État des États-Unis. Elle l´épouse et s´installe avec lui en Amérique. Le monde étant petit, c´est bien connu, son mari n´est autre que Frank Wisner Jr., fils du précédent. Les fonctions de Junior à la CIA ne sont pas connues, mais il clair qu´il y joue un rôle important. Nicolas, qui reste proche de sa belle-mère, de son demi-frère et de sa demi-soeur, commence à se tourner vers les États-Unis où il « bénéficie » des programmes de formation du département d´État.
À la même période, Nicolas Sarkozy adhère au parti gaulliste. Il y fréquente d´autant plus rapidement Charles Pasqua que celui-ci n´est pas seulement un leader national, mais aussi le responsable de la section départementale des Hauts-de-Seine.
En 1982, Nicolas Sarkozy, ayant terminé ses études de droit et s´étant inscrit au barreau, épouse la nièce d´Achille Peretti. Son témoin de mariage est Charles Pasqua. En tant qu´avocat, Me Sarkozy défend les intérêts des amis corses de ses mentors. Il acquiert une propriété sur l´île de beauté, à Vico, et imagine de corsiser son nom en remplaçant le « y » par un « i » : Sarkozi.
L´année suivante, il est élu maire de Neuilly-sur-Seine en remplacement de son bel-oncle, Achille Peretti, terrassé par une crise cardiaque.
Cependant, Nicolas ne tarde pas à trahir sa femme et, dès 1984, il poursuit une liaison cachée avec Cécilia, l´épouse du plus célèbre animateur de télévision français de l´époque, Jacques Martin, dont il a fait la connaissance en célébrant leur mariage en qualité de maire de Neuilly.
Cette double vie dure cinq ans, avant que les amants ne quittent leurs conjoints respectifs pour construire un nouveau foyer.
Nicolas est le témoin de mariage, en 1992, de la fille de Jacques Chirac, Claude, avec un éditorialiste du Figaro. Il ne peut s´empêcher de séduire Claude et de mener une brève relation avec elle, tandis qu´il vit officiellement avec Cécilia. Le mari trompé se suicide en absorbant des drogues. La rupture est brutale et sans retour entre les Chirac et Nicolas Sarkozy.
En 1993, la gauche perd les élections législatives. Le président François Mitterrand refuse de démissionner et entre en cohabitation avec un Premier ministre de droite. Jacques Chirac, qui ambitionne la présidence et pense alors former avec Edouard Balladur un tandem comparable à celui de De Gaulle et Pompidou, refuse d´être à nouveau Premier ministre et laisse la place à son « ami de trente ans », Edouard Balladur. Malgré son passé sulfureux, Charles Pasqua devient ministre de l´Intérieur. S´il conserve la haute main sur la marijuana marocaine, il profite de sa situation pour légaliser ses autres activités en prenant le contrôle des casinos, jeux et courses en Afrique francophone. Il tisse aussi des liens en Arabie saoudite et en Israël et devient officier d´honneur du Mossad. Nicolas Sarkozy, quant à lui, est ministre du Budget et porte-parole du gouvernement.
À Washington, Frank Wisner Jr. a pris la succession de Paul Wolfowitz comme responsable de la planification politique au département de la Défense. Personne ne remarque les liens qui l´unissent au porte-parole du gouvernement français.
C´est alors que reprend au sein du parti gaulliste la tension que l´on avait connu trente ans plus tôt entre les gaullistes historiques et la droite financière, incarnée par Balladur. La nouveauté, c´est que Charles Pasqua et avec lui le jeune Nicolas Sarkozy trahissent Jacques Chirac pour se rapprocher du courant Rothschild. Tout dérape. Le conflit atteindra son apogée en 1995 lorsque Édouard Balladur se présentera contre son ex-ami Jacques Chirac à l´élection présidentielle, et sera battu. Surtout, suivant les instructions de Londres et de Washington, le gouvernement Balladur ouvre les négociations d´adhésion à l´Union européenne et à l´OTAN des États d´Europe centrale et orientale, affranchis de la tutelle soviétique.
Rien ne va plus dans le parti gaulliste où les amis d´hier sont près de s´entre-tuer. Pour financer sa campagne électorale, Edouard Balladur tente de faire main basse sur la caisse noire du parti gaulliste, cachée dans la double comptabilité du pétrolier Elf. À peine le vieux Étienne Léandri mort, les juges perquisitionnent la société et ses dirigeants sont incarcérés. Mais Balladur, Pasqua et Sarkozy ne parviendront jamais à récupérer le magot.
La traversée du désert
Tout au long de son premier mandat, Jacques Chirac tient Nicolas Sarkozy à distance. L´homme se fait discret durant cette longue traversée du désert. Discrètement, il continue à nouer des relations dans les cercles financiers.
En 1996, Nicolas Sarkozy ayant enfin réussi à clore une procédure de divorce qui n´en finissait pas se marie avec Cécilia. Ils ont pour témoins les deux milliardaires Martin Bouygues et Bernard Arnaud (l´homme le plus riche du pays).
Dernier acte
Bien avant la crise irakienne, Frank Wisner Jr. et ses collègues de la CIA planifient la destruction du courant gaulliste et la montée en puissance de Nicolas Sarkozy. Ils agissent en trois temps : d´abord l´élimination de la direction du parti gaulliste et la prise de contrôle de cet appareil, puis l´élimination du principal rival de droite et l´investiture du parti gaulliste à l´élection présidentielle, enfin l´élimination de tout challenger sérieux à gauche de manière à être certain d´emporter l´élection présidentielle.
Pendant des années, les médias sont tenus en haleine par les révélations posthumes d´un promoteur immobilier. Avant de décéder d´une grave maladie, il a enregistré pour une raison jamais élucidée une confession en vidéo. Pour une raison encore plus obscure, la « cassette » échoue dans les mains d´un hiérarque du Parti socialiste, Dominique Strauss-Khan, qui la fait parvenir indirectement à la presse.
Si les aveux du promoteur ne débouchent sur aucune sanction judiciaire, ils ouvrent une boîte de Pandore. La principale victime des affaires successives sera le Premier ministre Alain Juppé. Pour protéger Chirac, il assume seul toutes les infractions pénales. La mise à l´écart de Juppé laisse la voie libre à Nicolas Sarkozy pour prendre la direction du parti gaulliste.
Sarkozy exploite alors sa position pour contraindre Jacques Chirac à le reprendre au gouvernement, malgré leur haine réciproque. Il sera en définitive, ministre de l´Intérieur. Erreur ! À ce poste, il contrôle les préfets et de le renseignement intérieur qu´il utilise pour noyauter les grandes administrations.
Il s´occupe aussi des affaires corses. Le préfet Claude Érignac a été assassiné. Bien qu´il n´ait pas été revendiqué, le meurtre a immédiatement été interprété comme un défi lancé par les indépendantistes à la République. Après une longue traque, la police parvient à arrêter un suspect en fuite, Yvan Colonna, fils d´un député socialiste. Faisant fi de la présomption d´innocence, Nicolas Sarkozy annonce cette interpellation en accusant le suspect d´être l´assassin.
C´est que la nouvelle est trop belle à deux jours du référendum que le ministre de l´Intérieur organise en Corse pour modifier le statut de l´île. Quoi qu´il en soit, les électeurs rejettent le projet Sarkozy qui, selon certains, favorise les intérêts mafieux.
Bien qu´Yvan Colonna ait ultérieurement été reconnu coupable, il a toujours clamé son innocence et aucune preuve matérielle n´a été trouvée contre lui. Étrangement, l´homme s´est muré dans le silence, préférant être condamné que de révéler ce qu´il sait. Nous révélons ici que le préfet Érignac n´a pas été tué par des nationalistes, mais abattu par un tueur à gage, Igor Pecatte, immédiatement exfiltré vers l´Angola où il a été engagé à la sécurité du groupe Elf. Le mobile du crime était précisément lié aux fonctions antérieures d´Érignac, responsable des réseaux africains de Charles Pasqua au ministère de la Coopération. Quand à Yvan Colonna, c´est un ami personnel de Nicolas Sarkozy depuis des décennies et leurs enfants se sont fréquentés.
Une nouvelle affaire éclate : de faux listings circulent qui accusent mensongèrement plusieurs personnalités de cacher des comptes bancaires au Luxembourg, chez Clearstream. Parmi les personnalités diffamées :Nicolas Sarkozy. Il porte plainte et sous-entend que son rival de droite à l´élection présidentielle, le Premier ministre Dominique de Villepin, a organisé cette machination. Il ne cache pas son intention de le faire jeter en prison.
En réalité, les faux listings ont été mis en circulation par des membres de la Fondation franco-américaine [5], dont John Negroponte était président et dont Frank Wisner Jr. est administrateur. Ce que les juges ignorent et que nous révélons ici, c´est que les listings ont été fabriqués à Londres par une officine commune de la CIA et du MI6, Hakluyt & Co, dont Frank Wisner Jr. est également administrateur. Villepin se défend de ce dont on l´accuse, mais il est mis en examen, assigné à résidence et, de facto, écarté provisoirement de la vie politique.
La voie est libre à droite pour Nicolas Sarkozy.
Reste à neutraliser les candidatures d´opposition. Les cotisations d´adhésion au parti socialistes sont réduites à un niveau symbolique pour attirer de nouveaux militants. Soudainement des milliers de jeunes prennent leur carte. Parmi eux, au moins dix mille nouveaux adhérents sont en réalité des militants du Parti trotskiste « lambertiste » (du nom de son fondateur Pierre Lambert). Cette petite formation d´extrême gauche s´est historiquement mise au service de la CIA contre les communistes staliniens durant la Guerre froide (Elle est l´équivalent du SD/USA de Max Shatchman, qui a formé les néoconservateurs aux USA [6]). Ce n´est pas la première fois que les « lambertistes » infiltrent le Parti socialiste. Ils y ont notamment placé deux célèbres agents de la CIA :
Lionel Jospin (qui est devenu Premier ministre) et Jean-Christophe Cambadélis, le principal conseiller de Dominique Strauss-Kahn [7].
Des primaires sont organisées au sein du Parti socialiste pour désigner son candidat à l´élection présidentielle. Deux personnalités sont en concurrence: Laurent Fabius et Ségolène Royal. Seul le premier représente un danger pour Sarkozy. Dominique Strauss-Kahn entre dans la course avec pour mission d´éliminer Fabius au dernier moment. Ce qu´il sera en mesure de faire grâce aux votes des militants « lambertistes » infiltrés, qui portent leur suffrages non pas sur son nom, mais sur celui de Royal.
L´opération est possible parce que Strauss-Kahn est depuis longtemps sur le payroll des États-Unis. Les Français ignorent qu´il donne des cours à Stanford, où il a été embauché par le prévot de l´université, Condoleezza Rice [8]. Dès sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy et Condoleezza Rice remercieront Strauss-Kahn en le faisant élire à la direction du Fonds monétaire international.
Premiers jours à l´Élysée
Le soir du second tour de l´élection présidentielle, lorsque les instituts de sondages annoncent sa victoire probable, Nicolas Sarkozy prononce un bref discours à la nation depuis son QG de campagne. Puis, contrairement à tous les usages, il ne va pas faire la fête avec les militants de son parti, mais il se rend au Fouquet´s. La célèbre brasserie des Champs-Élysées, qui était jadis le rendez-vous de «l´Union corse» est aujourd´hui la propriété du casinotier Dominique Desseigne. Il a été mis à disposition du président élu pour y recevoir ses amis et les principaux donateurs de sa campagne. Une centaine d´invités s´y bousculent, les hommes les plus riches de France y côtoient les patrons de casinos.
Puis le président élu s´offre quelques jours de repos bien mérités. Conduit en Falcon-900 privé à Malte, il s´y repose sur le Paloma, le yacht de 65 mètres de son ami Vincent Bolloré, un milliardaire formé à la Banque Rothschild.
Enfin, Nicolas Sarkozy est investi président de la République française. Le premier décret qu´il signe n´est pas pour proclamer une amnistie, mais pour autoriser les casinos de ses amis Desseigne et Partouche à multiplier les machines à sous.
Il forme son équipe de travail et son gouvernement. Sans surprise, on y retrouve un bien trouble propriétaire de casinos (le ministre de la Jeunesse et des Sports) et le lobbyiste des casinos de l´ami Desseigne (qui devient porte-parole du parti « gaulliste »).
Nicolas Sarkozy s´appuie avant tout sur quatre hommes :
- Claude Guéant, secrétaire général du palais de l´Élysée. C´est l´ancien bras droit de Charles Pasqua.
- François Pérol, secrétaire général adjoint de l´Élysée. C´est un associé-gérant de la Banque Rothschild.
- Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique. Fils de l´ancien directeur de l´Agence juive. Ambassadeur de France à l´ONU, il fut relevé de ses fonctions par Chirac qui le jugeait trop proche de George Bush.
- Alain Bauer, l´homme de l´ombre. Son nom n´apparaît pas dans les annuaires. Il est chargé des services de renseignement. Ancien Grand-Maître du Grand Orient de France (la principale obédience maçonnique française) et ancien n°2 de la National Security Agency états-unienne en Europe [9].
Frank Wisner Jr., qui a été nommé entre temps envoyé spécial du président Bush pour l´indépendance du Kosovo, insiste pour que Bernard Kouchner soit nommé ministre des Affaires étrangères avec une double mission prioritaire : l´indépendance du Kosovo et la liquidation de la politique arabe de la France.
Kouchner a débuté sa carrière en participant à la création d´une ONG humanitaire. Grâce aux financements de la National Endowment for Democracy, il a participé aux opérations de Zbigniew Brzezinski en Afghanistan, aux côtés d´Oussama Ben Laden et des frères Karzaï contre les Soviétiques. On le retrouve dans les années 90 auprès d´Alija Izetbegoviç en Bosnie-Herzégovine. De 1999 à 2001, il a été Haut représentant de l´ONU au Kosovo.
Sous le contrôle du frère cadet du président Hamid Karzaï, l´Afghanistan est devenu le premier producteur mondial de pavot. Le suc est transformé sur place en héroïne et transporté par l´US Air Force à Camp Bondsteed (Kosovo). Là, la drogue est prise en charge par les hommes d´Haçim Thaçi qui l´écoulent principalement en Europe et accessoirement aux États-Unis [10]. Les bénéfices sont utilisés pour financer les opérations illégales de la CIA. Karzaï et Thaçi sont des amis personnels de longue date de Bernard Kouchner, qui certainement ignore leurs activités criminelles malgré les rapports internationaux qui y ont été consacrés.
Pour complèter son gouvernement, Nicolas Sarkozy nomme Christine Lagarde, ministre de l´Économie et des Finances. Elle a fait toute sa carrière aux États-Unis où elle a dirigé le prestigieux cabinet de juristes Baker & McKenzie. Au sein du Center for International & Strategic Studies de Dick Cheney, elle a co-présidé avec Zbigniew Brzezinski un groupe de travail qui a supervisé les privatisations en Pologne. Elle a organisé un intense lobbying pour le compte de Lockheed Martin contre les l´avionneur français Dassault [11].
Nouvelle escapade durant l´été. Nicolas, Cécilia, leur maîtresse commune et leurs enfants se font offrir des vacances états-uniennes à Wolfenboroo, non loin de la propriété du président Bush. La facture, cette fois, est payée par Robert F. Agostinelli, un banquier d´affaires italo-new-yorkais, sioniste et néo-conservateur pur sucre qui s´exprime dans Commentary, la revue de l´American Jewish Committee.
La réussite de Nicolas rejaillit sur son demi-frère Pierre-Olivier.
Sous le nom américanisé « d´Oliver », il est nommé par Frank Carlucci (qui fut le n°2 de la CIA après avoir été recruté par Frank Wisner Sr.) [12] directeur d´un nouveau fonds de placement du Carlyle Group (la société commune de gestion de portefeuille des Bush et des Ben Laden) [13]. Sans qualité personnelle particulière, il est devenu le 5e noueur de deals dans le monde et gère les principaux avoirs des fonds souverains du Koweit et de Singapour.
La côte de popularité du président est en chute libre dans les sondages. L´un de ses conseillers en communication, Jacques Séguéla, préconise de détourner l´attention du public avec de nouvelles « people stories ». L´annonce du divorce avec Cécilia est publiée par Libération, le journal de son ami Edouard de Rothschild, pour couvrir les slogans des manifestants un jour de grève générale. Plus fort encore, le communiquant organise une rencontre avec l´artiste et ex-mannequin, Carla Bruni. Quelques jours plus tard, sa liaison avec le président est officialisée et le battage médiatique couvre à nouveau les critiques politiques. Quelques semaines encore et c´est le troisième mariage de Nicolas. Cette fois, il choisit comme témoins Mathilde Agostinelli (l´épouse de Robert) et Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d´Edouard Balladur devenu associé-gérant chez Rothschild.
Quand les Français auront-ils des yeux pour voir à qui ils ont à faire ?
Les informations contenues dans cet article ont été présentées par Thierry Meyssan lors de la table ronde de clôture de l´Eurasian Media Forum (Kazakhstan, 25 avril 2008) consacrée à la peopolisation et au glamour en politique.
L´intérêt suscite par ces informations a conduit l´auteur à rédiger le présent article qui a été publié par Profile, le principal news magazine russe actuel.
Plusieurs versions et traductions non autorisées de cet article ont été diffusées alors que le site du Réseau Voltaire était hors service. Nous vous prions de considérer le présent article comme le seul valide.
Notes :
*Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L´Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre
israélienne contre le Liban).

[1] Quand le stay-behind portait De Gaulle au pouvoir, par Thierry
Meyssan, Réseau Voltaire, 27 août 2001
[2] Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle, par Thierry
Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001
[3] L´Énigme Pasqua, par Thierry Meyssan, Golias ed, 2000.
[4] Les requins. Un réseau au coeur des affaires, par Julien Caumer,
Flammarion, 1999.
[5] Un relais des États-Unis en France : la French American Foundation
, par Pierre Hillard, Réseau Voltaire, 19 avril 2007.
[6] Les New York Intellectuals et l´invention du néo-conservatisme, par
Denis Boneau, Réseau Voltaire, 26 novembre 2004.
[7] Éminences grises, Roger Faligot et Rémi Kauffer, Fayard, 1992 ; «
The Origin of CIA Financing of AFL Programs » in Covert Action
Quaterly, n° 76, 1999.
[8] Dominique Strauss-Kahn, l´homme de « Condi » au FMI, par Thierry
Meyssan, Réseau Voltaire, 5 octobre 2007.
[9] Alain Bauer, de la SAIC au GOdF, Note d´information du Réseau
Voltaire, 1er octobre 2000.
[10] Le gouvernement kosovar et le crime organisé, par Jürgen Roth,
Horizons et débats, 8 avril 2008.
[11] Avec Christine Lagarde, l´industrie US entre au gouvernement
français, Réseau Voltaire, 22 juin 2005.
[12] L´honorable Frank Carlucci, par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire,
11 février 2004.
[13] Les liens financiers occultes des Bush et des Ben Laden et Le
Carlyle Group, une affaire d´initiés, Réseau Voltaire, 16 octobre 2001
et 9 février 2004.
Mr Sarkozy and the CIA. Based on Thierry Meyssan´s « Operation Sarkozy
» By Robert Thompson

http://fr.altermedia.info/

vendredi 6 juin 2008

SARKOZY, PRÉSIDENT OU PREMIER MINISTRE ?

• Plus de petit déjeuner des leaders de la majorité pour Fillon. « S'il veut les inviter, il peut faire ça le soir ou le week-end. » Réunion des directeurs de cabinet des ministres boycottée par au moins un sur deux. Aucune initiative gouvernementale en matière de loi ne lui est laissée. Organisation d'un G7, 7 ministres n'ayant pour patron que Sarkozy chargés de le court-circuiter. Montée en puissance de Xavier Bertrand, éventuel remplaçant. Heurts quasi quotidiens entre Matignon et l'Elysée. Quasi interdiction de voyages à l'étranger alors que le Président multiplie les voyages. Délestage de la direction de la réforme de la Constitution de Matignon à l' Elysée. Etc. Etc. Voilà quelques-uns des éléments des dernières semaines relatifs à François Fillon. Gaulliste godillot, puis chiraquien godillot, François Fillon a l'habitute d'encaisser. Son parcours, il l'a réalisé haut la main, marche par marche. Il n'est pas énarque, il n'a pas de grand diplôme. Il est permanent politique depuis sa prime jeunesse. Il a appris à encaisser et à entendre. Si Nicolas Sarkozy s'attendait à une erreur, à un éclat, à une saute d'humeur, il s'est trompé. Ce sera à lui de virer Fillon et à personne d'autre.

Dans la logique des Institutions, le premier est élu, le second est nommé: C'est là toute la différence, sauf que Fillon a la confiance des élus, étant un élu lui-même. On l'a vu dans l'affaire du référendum sur la Turquie dans l' Union européenne. Une décision adoptée contre l'Elysée à la suite de l'intervention de quelques députés qui ont refusé de se coucher, tel Jean-Luc Warsmann, pourtant guère connu pour son « droitisme » (en son temps, il avait voté diverses mesures Aubry). Comme le disait si bien Jean-Louis Borloo, « Sarkozy est le premier responsable de la Ve République qui, pour être Premier ministre, soit passé par la case Elysée ». Comme s'il voulait concentrer tous les pouvoirs, très loin de la fonction définie par Charles De Gaulle : un rôle régalien, au dessus des partis et des hommes, des fratries et des coteries. En charge de la politique étrangère, de la Défense et bien peu du quotidien. Définissant quelques grandes impulsions, donnant quelques grandes lignes mais n'apparaissant pas comme le pompier de service, des pêcheurs du Guilvinec jusqu'aux victimes de tel ou tel accident. Cette chute dans les sondages, il en est le principal responsable et à la fois la principale victime. Même s'il aimerait bien faire porter le chapeau à Fillon le rusé, Fillon l'édredon.
National Hebdo du 5 au 11 juin 2008

samedi 21 juillet 2007

Le piège constitutionnel de Nicolas Sarkozy

Il veut tout verrouiller

Réviser la Constitution de la Ve République... Le premier mot qui vient à l'esprit à l'annonce du projet de Nicolas Sarkozy est: encore ! Comme si elle n'avait pas été charcutée suffisamment par Giscard, Mitterrand et, surtout, Chirac. En fait, son projet est dangereux. Ce qu'il veut, c'est empêcher à jamais un courant « protestataire » de parvenir au pouvoir. Et imposer le bipartisme.

Tel est donc le premier grand chantier de Nicolas Sarkozy, qu'il entend mener à sa façon, à la fois directive et faussement consensuelle.

Réviser la Constitution, pour quoi faire ? Il a tenté de s'en expliquer le 12 juillet à Epinal, là où le général De Gaulle, le 29 septembre 1946, expliqua son désaccord avec la Constitution adoptée la nuit précédente par l'Assemblée nationale et détailla sa vision des institutions.

Discours fleuve, d'un lyrisme tout gaullien, il n'est pourtant pas convaincant, tant il est empli de contradictions. Ainsi de l'hommage presque indécent qu'il rend au "génie" du général De Gaulle en matière institutionnelle, à celui qui a doté la France d'un régime que « nous devons à tout prix préserver", notamment par l'élection du président de la République au suffrage universel, hommage qui mène le chef de l'Etat à dire que, si "depuis 25 ans les changements nécessaires n'ont pas été accomplis", "ce ne sont pas les institutions qui sont en cause, ce sont les idées, les comportements, les actes", ce sont les politiques qui ont été menées. Or néanmoins, au nom d'un refus de l'immobilisme qui s'apparente au "baugisme" théorisé par le sociologue Pierre-André Taguieff, sous couvert de rattraper un "retard" qui n'est nulle part explicité, Nicolas Sarkozy juge que ses réformes ne peuvent attendre.


Sarkozy pourfend... son hyperprésidence

Parmi toutes les innovations qu'il propose, et qui seront soumises à la réflexion de la commission présidée par Edouard Balladur, chacune mériterait un développement, ne serait-ce que pour souligner le peu d'urgence qu'il y a à s'en préoccuper, voire leur absurdité. "Si le gouvernement ne peut pas gouverner, explique Sarkozy pour souligner la nécessité de donner plus de poids à celui-ci, la France ne pourra pas se réformer."

Extraordinaire renversement de la part du chef de l'Etat, qui fait porter aux institutions une responsabilité qu'elles n'ont pas et dont il porte seul la charge, n'ayant eu de cesse, depuis qu'il est à l'Elysée, de déposséder le premier ministre et tous les ministres ayant la charge de quelque dossier important de toutes leurs responsabilités, au mépris de l'article 20 de la Constitution de la Ve République qui dispose : "Le gouvernement définie et conduit la politique de la nation". Est-ce par la faute des institutions, par celle du président de la République ou par celle de François Fillon que ce dernier ne détermine ni ne conduit rien ?

D'ailleurs, qui détermine et conduit réellement la politique de la France ? Le chef de l'Etat français, vraiment ? Nicolas Sarkozy justifie aussi la nécessité du "changement" institutionnel par un événement qu'il balaye d'une phrase : "Il est vrai que depuis un demi-siècle, la constitution de l'Europe a beaucoup progressé et que le droit communautaire a pris une place grandissante dans notre vie quotidienne." Alors quoi ? Alors rien. Sur ce point, celui, essentiel, de la souveraineté du peuple français, Nicolas Sarkozy ne propose aucune piste de réflexion. Il prend acte. Le Parlement est devenu une chambre d'enregistrement ? Qu'il le demeure. La "rupture" a ses limites que le droit communautaire impose.

Quand bien même le peuple français voudrait redevenir maître de son destin ? Quand bien même. Son aspiration à plus de "démocratie directe", lui aussi, a ses limites. "Il me semble que le référendum ne remplit plus ce rôle et que cela ne suffit plus." Soupçonné d'être tenté par un régime plébiscitaire, Sarkozy est en fait de la race de ces démocrates qu'il pourfend par ailleurs et qui ne craignent rien tant que "les passions populaires". La politique est une affaire trop sérieuse pour que les hommes politiques en soient dépossédés...

Vers une tyrannie douce et consensuelle...

C'est dans cet esprit-là qu'il est une idée de réforme, anodine en apparence car ne semblant pas mettre en péril la clef de voûte de notre régime, qui est - nous en pesons les mots - proprement scandaleuse et lourde de menaces sur l'avenir démocratique de la France. Nicolas Sarkozy souhaite en effet que « l'opposition » soit dotée d'un « statut ». Selon lui, il faut envisager naturellement (voilà qu'il reprend les tics de langage de Chirac, ce « naturellement » qui signifiait que le chef de l'Etat était en train de nous berner...) cette reconnaissance du rôle de l'opposition dans la perspective d'une revalorisation du rôle du Parlement.

Cette idée n'est pas nouvelle. il l'avait déjà exposée dans Libre, publié été 2006. Avec plus de détails, comme l'idée que « l'opposition » puisse « avoir des représentants lors des visites officielles » - songeait-il déjà à faire entrer Bernard Kouchner au gouvernement ? - et celle que le financement public attribué à ladite « opposition » ne soit plus dépendant du nombre de suffrages recueillis aux élections législatives.

Or qu'est-ce que « l'opposition » selon Nicolas Sarkozy ? Celle, et uniquement celle, qui est représentée au Parlement. Celle qui l'est de façon massive et pas celle qui bénéficierait de la "dose de proportionnelle" qu'il veut bien concéder. On comprend mieux alors qu'il ait fait référence à Epinal, pour le donner en exemple, au système anglais, avec "son bipartisme, son consensus idéologique, son absence de courants de pensée révolutionnaires"...

La réforme que souhaite Nicolas Sarkozy est un véritable piège. Ses conséquences ne sont pas difficiles à imaginer : les quelques députés « protestataires » c'est ainsi qu'il les définissait dans son livre - élus à la proportionnelle auraient le droit de protester ; les députés de l'opposition officielle, reconnue comme telle, seraient à la fois associés au pouvoir par leur droit de regard, par exemple, sur les nominations aux "postes de haute responsabilité", et pourvus en moyens financiers constants leur permettant de ne pas souffrir des humeurs de l'électorat !

Une structure particulièrement vicieuse qui assurerait aux tenants du "système", ceux que l'on appelait hier "la bande des quatre" et qui ne sont plus que deux, UMP et PS, la quasi-assurance de se maintenir alternativement ou ensemble à la tête du pays tout en donnant l'illusion au peuple que la démocratie progresse...

En quelque sorte, une bipolarisation laïque, publique et obligatoire. En d'autres termes, une tyrannie.

Jean·Marie Molitor Minute du 18 juillet 2007


vendredi 4 mai 2007

Les petits et grands secrets corses de Nicolas Sarközy

Les petits et grands secrets corses de Nicolas Sarközy

Jul 7, 2003
Auteur : L'investigateur

Christophe Deloire et Christophe Dubois ont conclu leur livre « L’enquête sabotée » sur le Sarközy corse.

En effet, celui-ci a épousé en première noces, Marie-Dominique Culioli, fille des pharmaciens de Vico. Ses deux fils sont donc à moitié corse et issu d’une micro région toute proche de Cargèse. Mieux, lorsque l’un de ses fils expriment le désir de revenir en Corse et de suivre un stage chez un berger c’est dans la région de Cargèse qu’il est placé. Quelques temps après, le mouvement nationaliste ne bruisse plus que d’une rumeur. Le jeune Sarkozy-Culioli aurait été « contaminé » par le virus autonomiste au contact de son chef de stage, un nationaliste pur sucre.

L’information parvient aux Renseignements généraux qui la font remonter. Nicolas Sarközy prend alors des mesures. Il ne serait pas bon pour sa carrière que la moitié de son enfant, la moitié Culioli, prenne un jour la cagoule ou tout au moins se balade avec le cagoulard autour du cou.

Selon les deux auteurs, Sarkozy pourrait même avoir un moment corsiser son nom en remplaçant le "y" par un "i", ce en quoi il se trompait. Au XIXe siècle de bons bourgeois corses qui refusaient leur corsitude transformèrent le "i" de leur nom en "y". Ainsi Paul Valéry descend-il de la famille des Valerii. Plus en arrière, tout Neuilly raconte comment le jeune Nicolas fut pris en main par Achille Peretti, l’indétrônable maire de Neuilly qui venait l’accueillir à l’école. De là daterait cet amour pour la Corse qui le poussa dans les bras d’une Culioli.

Comme Janus, Nicolas Sarkozy, justement, a deux visages. Le premier est celui d'un ministre ambitieux. L'ancien maire de Neuilly revêt ce masque quand il s'assied sous les ors de la République pour travailler à ses dossiers.
Un jour, le passager de la place Beauvau pose pour Paris Match en parodiant, avec sa famille, le fameux cliché des Kennedy dans le bureau ovale de la Maison-Blanche. John-John jouait sous la table de son père. Le petit Louis s'installe à la même place sous le bureau de Cambacérès. Pour la photo, l'épouse de Sarkozy, Cécilia, s'incline sur l'épaule de son mari, à la manière de Jacky. Il ne manque même pas le chien, Indy. Question décoration, le ministre a accroché au mur des peintures modernes de Honegger, pour remplacer des « affreuses baigneuses du XVIIIe siècle ». Dans ses rares moments d'oisiveté, Sarközy rêve qu'il traverse la rue et pousse les grilles de l'Élysée. L'incarcération de Colonna peut précisément l'aider à réaliser ce dessein.

L'autre Sarközy s'épanouit en Corse. C'est celui d'un amoureux de l'île de Colomba et de Mateo Falcone. Car le ministre est familier des lieux pour avoir épousé en premières noces une pharmacienne originaire du village de Vico. Où est Vico ? Sur les hauteurs de Cargèse ! Pendant des années, le jeune homme qui avait pris la succession du Corse Achille Peretti à la mairie de Neuilly a passé là ses vacances.

Gustave Flaubert a visité la région en 1840 et vante les mérites du village : « À Vico on commence à connaître ce que c'est qu'un village de la Corse. Situé sur un monticule, dans une grande vallée, il est dominé de tous les côtés par des montagnes qui l'entourent en entonnoir.» L'auteur de Madame Bovary s'enchante pour les légendes des lieux : « Vico est la patrie du fameux Théodore dont le nom retentit encore dans toute la Corse avec un éclat héroïque ; il a tenu douze ans le maquis et n'a été tué qu'en trahison. C'était un simple paysan du pays, que tous aimaient et que tous aiment encore. »

À propos de l'île, le ministre de l'Intérieur aime à paraphraser la phrase de De Gaulle s'en allant vers l'Orient compliqué avec des idées simples. Il a appris cette leçon à Vico. Il s'est initié aux figatellu et au brocciu, deux spécialités corses. Ces connaissances culinaires et ces attaches sensibles permettront à l'avocat, une fois ministre, de faire de grandes déclarations d'amour à la Corse lors de ses discours officiels. Depuis, Sarkozy a divorcé de son épouse corse et s'est remarié avec Cécilia en octobre 1996. Mais il n'a pas tout à fait divorcé de cette terre attirante et violente à la fois. D'autant que ses deux fils, Pierre et Jean, nés de son premier mariage, se sentent corses et passent toutes leurs vacances sur l'île.

Nicolas Sarközy a beaucoup fréquenté la villa des Culioli à Sagone, en bordure de mer. Dans cette petite ville qui s'étire le long de la mer, il a aimé jouer au tennis, faire du bateau et profiter de la plage. Il y a conservé des attaches. Il suffit de compulser l'annuaire téléphonique d'années récentes pour s'en convaincre. En 1999, à l'adresse de la villa baptisée Ros'hen, apparaît un certain Nicolas Sarkozi (sic), joignable à un numéro aujourd'hui erroné. Le maire de Neuilly avait-il eu la préciosité de « corsiser » son nom de famille hongrois, ou France Télécom a-t-elle commis une erreur ? En tout cas, Sarkozi est bien Sarkozy.

Avant qu'il n'intègre le gouvernement Raffarin, il n'y avait pas de protection particulière autour de la bâtisse cossue, coincée entre la mer et la route départementale d'Ajaccio à Cargèse. Depuis, un haut mur de parpaings a été édifié pour « sécuriser » les lieux. En face de la maison Ros'hen, il y a toujours eu et il y a encore le glacier, propriété d'André Geronimi. Notable local, Geronimi fut maire adjoint. Proche du RPR, il aimait deviser avec celui qui n'était encore que le juvénile maire de Neuilly.

Le 12 septembre 1983, le glacier de Sagone est victime d'un « paquet », un attentat à l'explosif. L'action n'a jamais été revendiquée. Deux jours après l'explosion, les gendarmes sont mis sur une piste par un renseignement anonyme. En substance: « Allez fouiller chez les Colonna. » La maréchaussée effectue une perquisition dans la propriété. Les militaires extirpent du puits un petit arsenal.

L'actualité réserve des surprises. Dans la nuit du 10 au 11 septembre 2002, un bruit sourd réveille André Geronimi. Un nouveau « paquet » a endommagé son établissement. Neuf ans après le premier « avertissement ». Deux cents grammes d'explosif posés contre la porte du bar. Seule la moitié de la charge a explosé. Les dégâts sont minimes. Deux jours plus tard, la foule se presse chez le glacier. C'est une soirée de soutien aux « prisonniers politiques », en faveur des membres du commando Erignac. Plusieurs membres présumés, dont Yvan Colonna, sont originaires de la région. Une centaine de personnes participent à cette soirée musicale. Tous les proches du fugitif, considéré comme un « martyr » de la cause, partagent un verre.

Cachés en face, contre la villa Ros'hen, les agents des RG ont une vue dégagée sur le glacier. Ils relèvent les plaques d'immatriculation et notent scrupuleusement les noms des participants à cette étonnante party. Lorsque le rapport parvient sur son bureau, le ministre n'a aucun mal à imaginer les lieux. Il ironise d'ailleurs sur les fonctionnaires qui, ignorant sa parfaite connaissance du terrain, lui donnent des leçons sur le microcosme local. Il se souvient avec précision du restaurant A Stonda, à l'entrée de Sagone. Tenu autrefois par la soeur d'Yvan Colonna, cet établissement où le ministre a des souvenirs a été repris par un militant nationaliste. Ami du fugitif, Jean-Thomas Campinchi connaît le ban et l'arrière-ban de la mouvance autonomiste dans la région. Il est proche de plusieurs membres du commando Erignac.

Le 25 octobre, le ministre se rend en Corse dans le cadre des assises des libertés locales. Dans le Falcon de la République qui le transporte, se trouvent ses collaborateurs et l'un de ses fils, venu passer les vacances de la Toussaint chez ses grands-parents maternels. Le lendemain matin de son arrivée, Nicolas Sarközy convoque les hauts responsables de la police et de la gendarmerie corses, notamment le patron du SRPJ, le commandant de la Légion de la gendarmerie et le directeur de la sécurité publique. La veille, un attentat a été commis contre une agence bancaire d'Ajaccio, à proximité de la préfecture, où dormait le ministre. Celui-ci se montre furieux. L'ambiance du petit-déjeuner est glaciale. Pas un invité n'ose toucher aux croissants. Mais un autre sujet préoccupe Sarközy. Les deux enfants de son premier lit sont-ils en sécurité dans le « triangle des Bermudes » ?

À Cargèse, Vico ou Sagone, le FLNC a toujours montré sa poigne. Il est difficile de répondre. Les invités au petit-déjeuner regardent leurs chaussures. Finalement, l'un d'eux se lance : « Les Corses ne touchent pas aux enfants. » « Ils n'aiment pas ceux qui ont peur », pense le ministre en son for intérieur. L'un des deux fils du ministre de l'Intérieur passera une semaine tranquille à Vico. L'été, il a déjà fait un stage de berger à quelques encablures de la bergerie d'Yvan Colonna. Les nationalistes ont bien rigolé.

Nicolas Sarközy connaît le concubin de Christine Colonna, Pierre Geronimi, le fils du glacier de Sagone. Passionné de football, Geronimi a rencontré Yvan sur les terrains de sport et l'a accompagné en 1995 dans une grande virée en Amérique latine.

D'ailleurs, les deux fils du ministre ont déjà joué au football avec Colonna. Le berger organisait de petits tournois estivaux dans le cadre de l'Association sportive cargésienne. Les enfants Sarközy s'essayaient au ballon rond avec celui qui serait un jour l'assassin présumé du préfet de Corse. Bien entendu, ils n'ont plus revu Colonna depuis son départ en cavale.

Un épisode de l'été 2002 a fait jaser dans un cercle restreint. « On » a vu l'un des deux adolescents circuler dans la voiture de Christine Colonna, réputée nationaliste fervente. Le beau-frère d'Yvan la lui avait prêtée. À l'arrière de l'automobile était fixé un autocollant du Ribellu, le symbole du FLNC. Les Renseignements généraux planquaient dans le coin, pour débusquer l'homme invisible et surveiller la progéniture remuante du ministre. Remontée au plus haut niveau du ministère, l'information a créé une petite gêne.
Le monde est parfois trop petit. Le ministre laisse faire ses enfants comme ils l'entendent, mais prend soin pour lui-même d'éviter tout contact avec la famille Colonna. « Quand Jean-Hugues Colonna a tenté de prendre attache avec moi fin 2002, par l'intermédiaire d'un directeur du ministère, j'ai refusé catégoriquement », révèle Sarkozy. Le ministre sait que l'État a déjà beaucoup perdu dans cette affaire, et n'a pas voulu prendre le risque de se faire piéger. Le fugitif doit tomber dans un guet-apens des policiers et pas l'inverse.


L'Investigateur.