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mercredi 3 décembre 2008

Les fourberies de Sarko

☞ Conscient de l'appui total du gouvernement à son concurrent prévisible à la présidence du CNPF (Jean Gandois de Péchiney), Jean-Louis Giral n'y est pas allé avec le dos de la cuiller. Il a ainsi commenté les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l'avenir de la pression fiscale : « C'est un débat indigne d'un gouvernement. Il est regrettable d'opposer les citoyens aux entreprises. La richesse des entreprises crée en effet la richesse des citoyens. »
Sans préjuger des motivations de Jean-Michel Giral : il faut reconnaître qu'il stigmatise avec raison le jeu malsain de Sarkozy. Celui-ci était placé devant un problème embarrassant : comment avouer que les baisses d'impôts promises pour 1995 ne seraient pas tenues ?
Pour s'en débarrasser, il a alors lancé le faux et dangereux débat du « choix fiscal » : ou l'on baisse les charges des entreprises, afin de faciliter l'embauche, et l'on renonce à diminuer l'impôt sur le revenu ; ou l'on tient les promesses concernant cet impôt sur les citoyens, et tant pis pour les entreprises. Résultat (voulu par Balladur et Sarkozy) : leur majorité se divise, l'UDF est plutôt pour l'allégement des charges des entreprises, le RPR plutôt pour le geste en faveur des ménages. De la sorte, en vertu du consensus obligatoire, le gouvernement se libère de toute obligation, et ne fait rien. Simple, mais il fallait y penser. Au passage, on peut relever que le libéral Sarkozy reprend tout bonnement l'argumentation communiste opposant les « cadeaux » (ou prétendus tels) aux entreprises et l'intérêt des salariés, piège mortel.
✍ National Hebdo du 26 mai au 1er juin 1994

vendredi 27 juillet 2007

Nicolas Sarkozy, profession jeune

Déjà en 92, l'homme des médias.
Il y a des hommes politiques qui doivent leur notoriété à leur talent, leur éloquence ou leurs relations. Nicolas Sarkozy, lui, doit la sienne à la télévision. « C'est vrai, nous avons largement contribué à le fabriquer. Mais c'est aussi parcequ'il passe très bien à l'écran », avouait récemment le directeur de l'information d'une grande chaîne privée.
Là où il passe malheureusement moins bien, c'est au RPR.
Plus gênant, Philippe Séguin et Charles Pasqua le détestent encore plus qu' Édouard Balladur, c'est dire.
L'homme est curieusement aussi creux qu'agaçant.
Surtout depuis avril 1992, date à laquelle il a été promu secrétaire général adjoint aux fédérations, antichambre du fauteuil occupé par son meilleur ennemi, Alain Juppé.
Nul doute que l'homme ferait un ministre tout à fait présentable. Même s'il est un des seuls à le penser.
Ses atouts: sa jeunesse et le soutien que lui apportent les médias. Ses handicaps: une aussi rapide ascension lui a valu nombre d'ennemis dans l'appareil gaulliste, surtout à la base et chez les proches de Pasqua qui ne manqueront pas de le faire chuter à la première occasion.
Nicolas Gauthier, Minute- La France 1992

vendredi 8 juin 2007

Les débuts politiques du petit Nicolas

Déjà Naboléon perce sous Rastignark

Sa destination : le RPR.
son but : en faire son univers.

Le cauchemar a commencé en 1974...

Le petit Nicolas a 17 ans, il est en terminale. « Un jour, raconte la légende,
Est-ce à dire que descendu à une autre station, il est devenu radical, ou communiste ? Certes non, car le jeune homme à déjà des convictions. Au moins une : il est fait pour les sommets !
D'où son admiration pour De Gaulle qui va moins à l'action qu'au parcours personnel. A défaut de la France, Nicolas semble bien s'être fait dès sa naissance une certaine idée de lui même. D'où aussi son choix de l'UDR : n'a-t-il pas toujours connu ce parti dominant, tout puissant, sous l'ombre tutélaire du général ? C'est donc là qu'il y a les meilleurs places à prendre ! Nicolas Sarkozy entre dans le gaullisme comme une souris dans un gruyère : pour « tout bouffer » y compris les trous. Son parcours sera exemplaire :

1975: à 18 ans à peine, il se fait remarquer par Chirac, qui le catapulte à UJP, et par Peretti qui le prend sous son aile à Neuilly.

1977: conseiller municipal, adjoint au maire, chef du RPR local, il commence à tisser sa toile...

1983: à peine réélu, Peretti meurt sans crier gare. Au terme d'un blitzkrieg de 48 h, Sarkozy se retourne dans son fauteuil ! non sans avoir « niqué »(sic) au passage Pasqua.

1988: décidé à se faire élire député de « sa » ville, il rompt les accords nationaux UDF/RPR et bat la sortante Florence d'Harcourt. Chirac est bluffé...

1990: nommé secrétaire général adjoint du RPR, il investit aussitôt la rue de Lille et déplume méthodiquement Juppé – qui va pleurer dans les jupes de Chirac...
Aujourd'hui, à 36 ans, le jeune loup est déjà un vieux renard. Derrière lui, 18 ans de carrière- et plein de proies dépecées sous le bord de la route. « Quo non ascendam ? » Depuis janvier 1991, Nicolas s'y croit : il fait mesurer régulièrement son « indice de notoriété » par un institut de sondage !

Son prochain objectif, il l'a déjà annoncé : « devenir » ministre... sans passer par la case secrétaire d'état.

D'où lui vient cette volonté de puissance ? Laissons la parole aux analystes du Nouvel Observateur (13 août 1992): « Sa petite taille n'explique pas tout. » Il a aussi une revanche à prendre sur son « enfance déboussolée ». Abandonné par son père, un « nobliau bourgeois » qui a fuit successivement le communisme et le domicile conjugal, il a été « élevé par son grand-père, un juif de Salonique (...) Français de la première génération, un « beur » comme Sarkozy a un pays à séduire : le sien. »
Admettons. Mais quel est son secret pour réussir là où tant d'ambitieux échouent ? Même ses pires ennemis – les gens qui le connaissent le mieux lui reconnaissent au moins une qualité : la capacité de tout sacrifier à son inextinguible soif de pouvoir. Dur à la tâche, il n'hésite pas à faire les travaux dont les (autres) Français ne veulent pas. Il se rend indispensable aux gens dont il a besoin, et sait même se montrer « chaleureux et enjoué » aux moments opportuns malgré un tempérament froid et calculateur. Parfois cependant, le vernis craque et on découvre « un petit tyranneau cssant, colérique, mégalomane », disent ses « amis ».

Question : un tel personnage a-t-il des idées ? Réponse : oui, bien sûr celles qui peuvent lui servir.
Plus jeune que les ex-« rénovateurs », Sarkozy ne les a jamais suivis dans leurs tentatives -avortées- de politique buissonnière. Au contraire, il a toujours « collé aux vieux ». Non par fidélité, mais au terme d'un calcul simple : tant qu'ils tiennent les commandes, autant rester auprès d'eux. Après...

Ainsi, notre héros est-il « chiraquien » parce qu'il espère encore que son cheval gagnera le prochain prix du président de la république ; si ça n'est pas le cas, il n'hésitera pas à enjamber son cadavre pour rejoindre une autre écurie. En 1988 déjà, n'a-t-il pas failli se convertir au barrisme – avant de refaire ses comptes et de se raviser ?
Il s'affirme « profondément libéral »- parce qu'il croit toujours que le clivage passe entre les libéraux et les socialistes.

Il est « farouchement hostile à toute alliance avec le FN » parce que Jacques-a-dit ; sur ce sujet, il n'hésite pas à en rajouter pour faire plaisir à ses amis des médias ; « Le FN, c'est la haine, le FN c'est la violence(sic) ». Il est un « partisan acharné de l'union de l'opposition » parce que, d'après les sondages, ça correspond aux voeux de l'opinion.

Il a prouvé son « indéfectible amitié envers Israël » en se rendant dans ce petit pays courageux en janvier 1991, au moment où il était menacé dans son existence même par les chars gonflables et autres scuds mouillés de Sadam. « C'était un élan du coeur, commente-t-il : on doit être avec ses amis dans les moments les plus dificiles. »

Au total, les « idées » sarkoziennes se résument à deux ou trois figures imposées par l'air du temps – et quelques solidarités pesonnelles.
Pour le reste, les grands débats l'indiffèrent, il le dit lui-même : « Je n'ai pas de convictions inutiles (sic) ». Il se contente d'avoir les idées de son camp – et de fluctuer avec lui.

Prenons l'exemple du référendum : originellement favorable à l'abstention, on l'a vu se transformer successivement en défenseur de la « totale liberté de vote » puis en ouïste forcené, au rythme des changements de stratégie de Chirac. De même, apôtre d'une nouvelle cohabitation il y a encore trois mois, il ne veut plus en entendre parler depuis que son chef s'est prononcé contre. Rassurez-vous : cela ne l'empêchera pas de s'y ruer si l'occasion se présente...

Tâchons de résumer. Plus lucide que Michel Noir, Nicolas Sarkozy sait qu'il n'a pas d'âme : il n'a donc rien à perdre à gagner les élections. Plus franc, il ne cache pas que son seul but est le pouvoir: « Un homme politique sans pouvoir, c'est un chanteur sans micro », explique-t-il ; quant au répertoire, eh bien on improvisera au gré des circonstances...

Sa vision de sa carrière est simple: « Je les boufferai tous ! » Il suffit pour cela de savoir prendre le temps et sauter sur les occasions. Jusqu'à présent, Sarkozy a fait un sans-faute. La petite souris de 74 est devenue un gros rat à l'appétit toujours grandissant. Il voulait un fromage ; il veut maintenant reprendre la crémerie.

« C'est notre François Mitterand ! » dit de lui son ami Patrick Devedjian. De fait, Nicolas et François sont tous deux des animaux politiques à sang froid, aussi torturés par l'ambition qu'ils le sont peu par les scrupules. Des « tueurs », comme on dit dans le milieu (politique).

Reste que, question stratégie, le jeune sauteur ne semble pas tout-à-fait à la hauteur de son prédécesseur de l'Observatoire ; pour accéder au pouvoir, le chiraco-libéralisme modèle 92, ça ne vaut pas l'union de la gauche version 72. « Tuer » c'est bien, mais pas pour voler des sacs vides...

Cela dit, rien n'est perdu : Nicolas n'a que 36 ans – l'âge de François en 52. Alors, Sarkozy président en 2023 ? Ca nous laisse le temps de demander l'asile politique en Corée du Nord...

Xavier Berthelot, Le Choc du Mois, Novembre 1992.