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vendredi 20 juillet 2007

Sarközy-Fillon inspirent confiance au MPF

Le MPF vote la confiance à Sarkozy-Fillon

Les deux députés villiéristes de Vendée (Véronique Besse, non inscrite, et Joël Sarlot, apparenté au groupe UMP) ont voté la confiance au gouvernement Fillon à l’issue de la déclaration de politique générale du Premier ministre. En cela, ils se sont montrés davantage soumis au nouveau pouvoir que Nicolas Dupont-Aignan. Le député souverainiste de l’Essonne s’est en effet abstenu, à l’instar des quatre élus du MoDem (François Bayrou, Jean Lassalle, Thierry Benoit et Abdoulatifou Aly).

Il est vrai que Villiers et les siens ont toujours voté la confiance aux différents gouvernements de “droite”: Balladur en 1993, Juppé en 1995, Raffarin en 2002, Villepin en 2005 et donc Fillon en 2007. Dans ces conditions, le vicomte aurait pu s’abstenir pendant toute la campagne présidentielle de jouer à la rupture franche et radicale avec le système UMPS.

Rivarol, n° 2820 du 20 juillet 2007.
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jeudi 21 juin 2007

Accord Chirac-Sakozy pour une amnistie


Accord Chirac-Sakozy pour une amnistie : Bayrou dénonce les "gros fraudeurs"

NOUVELOBS.COM - 12.04.2007 - 08:21

D'après Le Canard Enchaîné, le candidat UMP se serait engagé, s'il est élu, à limiter à dix ans la durée maximale d'une instruction judiciaire, en échange du soutien de Jacques Chirac à sa candidature. Le candidat UMP dénonce un article "mensonger", son rival UDF fustige le "traitement spécial" des "gros fraudeurs".


Jacques Chirac et Nicoals Sarkozy (AP)


Nicolas Sarkozy a qualifié mercredi 11 avril de "grotesque, blessant, mensonger", l'article du Canard Enchaîné qui affirme que le candidat de l'UMP aurait promis, s'il est élu, de mettre en oeuvre une amnistie déguisée en faveur du chef de l'Etat. De son côté, François Bayrou a estimé qu'un tel accord secret serait "évidemment inacceptable", assurant que s'il était élu les procédures judiciaires "iraient à leur terme".
"C'est grotesque, c'est blessant, c'est mensonger", a-t-il déclaré, interrogé en marge d'un déplacement à Villepinte. "L'article du Canard Enchaîné ne repose sur aucune espèce de réalité. (...) Je démens de la façon la plus ferme et la plus complète," a-t-il ajouté.
L'Elysée a également démenti, parlant "d'allégations, sans fondements".
Mais le candidat UDF a tenu pour sa part à mettre les choses au clair : "Moi élu président, les procédures seront organisées normalement et elles iront à leur terme", a-t-il dit, en marge d'un déplacement à Changé (Mayenne).
"Les petits fraudeurs, on les poursuit avec sévérité, mais les gros fraudeurs, il y a pour eux un traitement spécial, y compris amical. Bernard Tapie soutient Nicolas Sarkozy, tout va bien et personne ne s'en étonne !" , a-t-il lancé.
Le Canard enchaîné, dans son édition datée du 11 avril, affirme que "Sarko a promis à Chirac de passer au karcher ses dossiers judiciaires".

"Ce projet 'd'amnistie rampante' a été bien étudié"

Le dispositif consisterait à faire passer un article dans le projet de loi destiné à renforcer la délinquance que le candidat de l'UMP s'est engagé, s'il est élu, à faire voter dès le mois de juillet, précise l'hebdomadaire satirique.
"Le vote d'une amnistie spécifique aux affaires financières, jugé politiquement trop risqué, a été écarté. En revanche, la discussion d'un projet de loi destiné à renforcer la lutte contre la délinquance devrait fournir l'occasion attendue", écrit-il.
Cette information avait déjà été évoquée par Le Figaro, faisant état de discussions entre Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac à ce sujet, ajoute-t-il.
Selon le Canard enchaîné, certains conseillers du président de l'UMP confirment que ce projet "d'amnistie rampante" a été bien étudié et un familier du chef de l'Etat a donné les détails "de la mise en oeuvre du plan envisagé."

Annulation pure et simple

Un article de la loi imposerait aux juges de clore leurs dossiers dans des délais stricts, pas plus d'une dizaine d'années après les faits incriminés. Les dossiers trop anciens, encore à l'instruction, seraient "purement et simplement annulés".
Jacques Chirac est susceptible d'être entendu par des juges après la fin de son second mandat, le 16 mai, dans des affaires judiciaires datant de l'époque où il était maire de Paris et président du RPR.

Nouvel Obs (avec Reuters)


jeudi 24 mai 2007

Le vrai Sarközy (1ère partie)

Election présidentielle 2007

Ce que les grands médias n’osent pas ou ne veulent pas dévoiler

LE VRAI
SARKÖZY


Par Jean-François Kahn, avec Serge Maury, Philipp E Cohen, Laurence Dequay et le service France de « Marianne ».

(1ère partie)

Glaçant ! Il a dit glaçant. Mais s’il ne l’avait pas dit ?
Car enfin, sept jours avant que François Bayrou ne laisse tomber ce glacial jugement, le généticien Axel Kahn avait déjà, dans Marianne, agité le grelot. Ainsi Nicolas Sarkozy, qui, déjà (ceci explique cela), voulait faire repérer chez les marmots de 2 ans les bourgeons de la délinquance, avait pu, dans Philosophie Magazine, déclarer que, selon lui, la pédophilie et le suicide des adolescents étaient d’origine génétique, qu’on était en quelque sorte biologiquement programmé pour la déviance ou l’autodestruction, que l’action éducative ou sociale n’y pouvait rien, le rachat ou la miséricorde divine non plus – retour terrifiant du concept eugéniste du gène du crime – sans que, pendant dix jours, aucun journal quotidien ou hebdomadaire, aucune radio ou télévision réagisse. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, avant la riposte bayrouiste, notre confrère Le Monde, que des dérapages de Le Pen qui allaient beaucoup moins loin faisaient immédiatement monter au créneau, n’avait même pas consacré 10 lignes réprobatrices à cette stupéfiante rémanence de l’idéologie socio-biologique de l’extrême droite païenne. Comme s’il était beaucoup plus dangereux de tacler le patron de l’UMP que de stigmatiser le leader du Front national.
Comme si Sarkozy faisait peur.
Or cette sortie intervenait après l’annonce de la création, en cas de victoire de la droite, d’un « ministère de l’intégration et de l’identité nationale », annonce qui avait littéralement sidéré, et pour cause, la presse allemande, et dont même l’extrême droite autrichienne de Jörg Haider avait tenu à dénoncer les « nauséeux relents ». Et, surtout, après la série de furieuses philippiques, telles qu’on n’en avait plus entendu depuis quarante ans, inimaginables dans quelque pays européen civilisé que ce soit, relents de propagande stalinienne des années 50 et de rhétorique fascisante d’avant-guerre, qui revenaient à décrire les concurrents du leader UMP, qu’ils fussent centristes ou sociaux-démocrates, comme les candidats protégeant les délinquants, le vol et la fraude, donc du crime, les suppôts des voyous, les représentants du parti des malhonnêtes gens et de la dégénérescence morale, l’anti-France enfin, c’est-à-dire l’incarnation de la haute trahison. Or, cela n’avait nullement empêché que Jean-Louis Borloo, même malheureux comme les pierres, s’aplatisse ; que Simone Veil, fût-ce de la plus mauvaise grâce possible, assure la claque et, dans un premier temps au moins, que les médias, presque tous les grands médias, s’écrasent.
Tant le personnage fait peur.

Ses mots pour le dire
Pourquoi ? Parce que ses entreprises de séduction envoûtent. Parce qu’il dispose, partout, et surtout dans les médias, d’amis dans la place et très haut placés ? Ou parce qu’on redoute la brutalité de ses réactions ?
La preuve par l’affaire Azouz Begag. La scène se passe en 2006 : le ministre délégué à l’Egalité des chances, interpellé à propos de quelques fortes saillies du ministre de l’Intérieur, s’excuse : « Je ne m’appelle pas Azouz Sarkozy. » En guise d’agression, on a connu plus destructeur ! Aussitôt, explosion de fureur de Sarkozy qui menace « de casser la gueule de l’insolent » et lui hurle, par saccades rageusement répétitives, qu’il est « un connard, un salaud, qu’il ne veut plus jamais le voir sur son chemin ». On imagine, un instant, Malek Boutih racontant, dans un livre, que Ségolène Royal lui a aboyé à la figure que François Hollande allait « lui casser la gueule » parce qu’il aurait osé murmurer : « Je ne m’appelle pas Malek Royal. »
Aussitôt, invitation sur tous les médias à raconter l’histoire, comme l’ex-socialiste Eric Besson. Là, service minimum. C’est Sarkozy qui a obtenu, comme toujours, le temps de parole. Pour expliquer que ce n’était là qu’infâme menterie. D’ailleurs, a-t-il expliqué sur i Télé, il « croi[t] n’avoir jamais rencontré Azouz Begag ». Surréaliste ! Depuis deux ans, ils font partie du même gouvernement. On imagine ce que signifierait le fait qu’effectivement, bien que siégeant sur les mêmes bancs et participant aux mêmes conseils, Sarkozy ait refusé de voir Begag !
Pour une fois, cependant, le démenti sarkozyen fait flop. Tout le monde sait, en effet, que les mots que rapporte Azouz Begag sont les siens et pas les pires ; que ces derniers jours, par exemple, il n’a cessé de traiter de « connards » ses propres conseillers et animateurs de campagne, accusés d’être responsables de la moindre difficulté de campagne. Un article qui le
défrise dans Libération ? Il téléphone au propriétaire, qui est un ami : « Vous êtes un journal de merde ! Avec des journalistes de merde ! » Il refuse, contrairement à Royal et à Bayrou, pourtant très maltraité par Libé, de se rendre dans ce journal pour un entretien avec la rédaction : « Libé n’a qu’à se déplacer ! ». Il considère qu’il n’a pas été reçu à France 3 national avec les honneurs qui lui sont dus. A l’adresse de la direction il hurle : « Si je suis élu, je vous ferai tous virer ! »

Insultes…
C’est d’« enculés » que se font traiter les confrères d’une radio qui lui ont apparemment tapé sur les nerfs… qu’il a sensibles. Il soupçonne un journaliste d’être favorable à François Bayrou. « Ils couchent ensemble », commente-t-il. Evoquant certains de ses adversaires, il prévient, carnassier : « Je vais tous les niquer. Les niquer ! » Plus macho, tu ouvres un harem. Parlant de Michèle Alliot-Marie, qu’il soupçonnait, à tort, d’avoir joué un rôle trouble dans l’affaire Clearstream, ne l’appelle-t-il pas « la salope » ? L’économiste et expert financier Patrick Artus critique certaines propositions du candidat UMP. Il reçoit aussitôt un mail de son chef de cabinet « On s’en souviendra ! » Même expérience rapportée par un industriel qui eut le malheur de déplaire : « On se retrouvera. On est pour moi ou contre moi ! » « Je n’ai jamais été confronté, raconte ce patron, à un entourage aussi agressif, aussi belliqueux. » Pourquoi le préfet Dubois, responsable des relations presse de la Préfecture de police, est-il débarqué du jour au lendemain : parce qu’il aurait ricané des ennuis conjugaux du ministre !
Une enquête télé avait été réalisée dans les Hauts-de-Seine. Elle montrait l’incroyable pesanteur des pressions (avec carotte et bâton, promesses et chantage) qui se sont exercées sur les élus UDF de ce « Sarkoland » pour qu’ils lâchent Bayrou. L’enquête en question a été « trappée », comme on dit, sur ordre de la direction. Elle aurait déplu ! Sur une radio, interdiction a été faite à un confrère de rappeler, statistiques à l’appui, que le bilan du ministre en matière de sécurité n’est pas bon. Ça eût dérangé !

Il n’a plus besoin d’intervenir
Or, comme on ne prête qu’aux riches, on soupçonne systématiquement Sarkozy d’être intervenu. Mais, le plus souvent, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas la peine. Il n’a même pas besoin. Quand Paris Match avait publié un reportage sur les amours new-yorkaises de Cécilia et de son chevalier servant, il avait, effectivement, proclamé à la cantonade qu’il aurait la peau du directeur de la rédaction, Alain Genestar. Mais il en resta là. Mieux : il obligea Arnaud Lagardère à attendre plusieurs mois avant de le virer. Au Journal du dimanche, mieux encore : parce qu’il avait appris qu’on s’apprêtait à virer le directeur de la rédaction du journal, soi-disant pour lui complaire, il n’intervint cette fois, après avoir reçu et sans doute retourné le confrère, que pour exiger qu’il reste en place. Il a même tenu à donner son avis sur la journaliste politique que devrait embaucher une radio et sur le directeur que ne devrait pas engager Libération ! Ne prend-il pas un malin plaisir à lancer aux journalistes qui lui font cortège : « Je connais très bien votre patron. Je sais ce qui se passe dans votre rédaction. »
On s’interroge donc : outre ses très fortes accointances avec les grands patrons des groupes de médias, est-ce la crainte qu’il suscite, la peur des représailles s’il est élu, qui expliquent cette relative impunité dont bénéficie Sarkozy quand il tient des propos ou prend des initiatives qui, venant de Le Pen ou de Ségolène Royal, provoqueraient une irruption réprobatrice dans le landernau ?
Pourquoi toutes ces angoisses affichées en privé, peut-être excessives, mais qui ne s’expriment jamais en public : cette star de la télévision évoque, en cas de victoire du candidat UMP, « un risque de contrôle quasi totalitaire des médias » ; cette consoeur de LCI se dit « terrorisée à l’idée d’une présidence sarkozyste » ; cette journaliste du Figaro, qui connaît bien le candidat, et livre une description effectivement assez dantesque de son caractère. Mais pas question de se dévoiler. Il fait peur. « Ma rupture avec lui, confie Jean-François Probst, ex-secrétaire général adjoint du RPR des Hauts-de-Seine et collaborateur de Charles Pasqua, c’est le gaullisme. Je voulais, j’espérais qu’il serait l’homme de rassemblement. Or, il ne cesse de semer la division. Et j’ai passé l’âge de me laisser impressionner par un Hortefeux hystérique. »
Mais les autres ?

Les confrères étrangers osent, eux !
Les confrères étrangers, eux, n’ont évidemment pas ces pudeurs. Le correspondant à Paris d’une radio suédoise interroge tout de go : « Sarkozy ne représente-t-il pas un risque de dictature ? » Un journaliste de la télévision croate qui a suivi le candidat dans ses pérégrinations en dresse un portrait, d’ailleurs exagéré, à faire dresser les cheveux sur la tête. Le Süddeutsche Zeitung de Munich dépeint « un macho sans scrupule et brutal qui joue avec la peur des gens ». Le Frankfurter Allgemeine Zeitung lui décerne le prix de « l’homme politique le plus ambitieux et plus impitoyable d’Europe qui n’a pas de vraie conviction, mais s’aligne sur l’humeur du peuple ». Le quotidien espagnol El Pais voit en lui un héritier populiste des « régénérationnistes de la droite espagnole de la fin du XIXe siècle ». Le Tageszeitung de Berlin (de gauche, il est vrai) décrit un George Bush tricolore qui veut imposer en France l’idéologie de la droite néoconservatrice américaine. La presse italienne insiste sur sa proximité avec la droite postfasciste de la péninsule (qui s’est, avec Gianfranco Fini, ouverte à la modernité). Si la presse conservatrice britannique identifie volontiers, avec admiration, Sarkozy à Mme Thatcher, la plupart des journaux européens, en particulier scandinaves, l’assimilent plutôt à un aventurier néobonapartiste qui représenterait une grave menace pour la démocratie.

La peur de la trappe
En France, en revanche, tout se passe comme si ce type d’analyse était indicible. On n’ose pas. On a peur. De quoi ? Des représailles si Petit César l’emporte ? De la trappe qui s’ouvrira aussitôt ?
Celle qui s’est ouverte, par exemple, sous les pieds de la députée UMP Nadine Morano. Elue de Lorraine, fervente sarkozyste, talentueuse femme de tempérament, n’ayant pas froid aux yeux, elle faisait partie de la task force du candidat. Et, soudain, à la trappe ! Officiellement, parce qu’un reportage diffusé sur France 3 lui a attribué un rôle un peu ridicule. Mais il se trouve qu’étant l’une des rares à oser s’adresser avec franchise à son héros elle lui avait fait remarquer que, entouré d’une nuée de courtisans qui passaient leur temps à chanter ses louanges et sa gloire, il était devenu allergique à la moindre remarque critique. Elle s’était en outre inquiétée de sa tendance à s’immerger compulsivement dans les sondages qui lui renvoyaient constamment sa propre image. Résultat : out ! « Cramée », disent les « bonnes camarades » de la pécheresse. Il fait peur. Eh bien, il est temps de soulever cette chape de plomb. De braver cette conspiration du silence.

Catherine Nay entre les lignes
Il y a quelques mois, Guillaume Durand consacrait deux heures de son émission « Esprits libres », au livre plutôt hagiographique de Catherine Nay consacré à Nicolas Sarkozy. Les livres hostiles au candidat UMP, assez nombreux, n’ont jamais eu cette chance. Or la lecture de cet ouvrage, honnête malgré tout, laisse une impression étrange. Certes il est censé vanter les qualités du « grand homme » ; mais, en même temps, et au second degré, il en dresse un portrait psychologique extraordinairement préoccupant : celui d’un homme dont l’unique véritable sujet de préoccupation est lui-même, sa propre saga et sa quête obsessionnelle du pouvoir. L’histoire qui le fascine, c’est la sienne ; de l’humanité, il ne retient que sa part ; son ascension, à quoi se réduit son seul idéal, débouche sur l’arrivée au sommet qui constitue son seul rêve. Il ne lit qu’un livre, celui dont son ambition constitue la trame. N’écoute qu’une seule musique, celle qui lui permet sans répit de chanter son épopée. Aucune ouverture sur une autre perspective que celle dont sa personne dessine l’horizon, sur un autre monde que celui dont il occupe le centre.
Analyse-t-il les changements qui se produisent autour de lui, dans la société ? Non… Mais, sans cesse, il revient sur le seul changement qui l’obsède et rythme ses discours : son propre changement, dont il fait comme un ressort. « C’est vrai, explique-t-il à Catherine Nay, j’étais égoïste, dépourvu de toute humanité, inattentif aux autres, dur, brutal… Mais j’ai changé ! » Sans cesse ensuite, au grand désarroi de ceux qui l’idolâtraient quand il était, à l’en croire, si mauvais, il fera l’aveu de tout ce que lui reprochent ses adversaires pour mieux magnifier l’ampleur des métamorphoses par quoi il se transcende. Quitte à se révéler, à l’usage, plus égotique et plus brutal encore. Au philosophe Michel Onfray il déclare, dans Philosophie Magazine : « Je vais peut-être vous consterner, mais je suis en train de comprendre la gravité des choix que j’ai faits. Jusqu’à présent, je n’avais pas mesuré. »

Il n’a pas le droit de le dire
Finalement, le livre de Catherine Nay, bien que non suspect de malveillance, ne révèle-t-il pas une certaine folie et des pulsions autocratiques chez cet homme qu’elle qualifie elle-même de « bonapartiste » ? L’hypothèse formulée suscite, aussitôt, une levée de boucliers indignée sur le plateau de l’émission. On n’a pas le droit de dire ça ! Verboten ! Le directeur du Point, Franz-Olivier Giesbert, siffle le hors-jeu. Lequel Giesbert, pourtant, ne se gêne nullement pour déclarer Dominique de Villepin passible de l’asile d’aliénés. Un talentueux éditorialiste de droite convient, en coulisse, qu’il y a « un vrai problème ! ». Halte là ! On n’a pas le droit de dire ça ! C’est tabou !
Pourtant, sur toutes les ondes. Eric Besson, l’ex-responsable socialiste, a pu expliquer que Ségolène Royal, Bécassine dangereusement allumée, déjà comparée par Brice Hortefeux à Pol Pot, au fasciste Doriot et à Staline, représente un mixte du maréchal Pétain et du général Franco. Concernant Chirac, Villepin, Le Pen ou José Bové, on peut également tout oser. Ce n’est qu’à propos de Nicolas Sarkozy qu’on n’aurait « pas le droit de dire ça ! ». Mais qu’en revanche il serait loisible, comme Paris Match la semaine dernière, de lui consacrer, sur des pages et des pages, des dithyrambes grotesques dignes de Ceausescu, certains journalistes de ce magazine dussent-ils nous avouer qu’ils en auraient « pleuré de honte », mais qu’on ne peut rien contre un ordre d’en haut ! (L’Express a même fait, sur deux pages, ce titre ubuesque : « Sarkozy : il gardera son calme. »)

Et, pourtant, en privé, ils le disent
Tous les journalistes politiques savent, même s’ils s’interdisent (ou si on leur interdit) d’en faire état, qu’au sein même du camp dont Sarkozy se réclame on ne cesse de murmurer, de décliner, de conjuguer. Quoi ? Ça ! Lui confier le pouvoir, c’est, déclara Jacques Chirac à ses proches, « comme organiser une barbecue partie en plein été dans l’Estérel ». Claude Chirac a, elle, lâché cette phrase : « J’aurais préféré Juppé. Lui, au moins, c’est un homme d’Etat. » Le ministre libéral François Goulard ne le dissimule pas : « Son égotisme, son obsession du moi lui tient lieu de pensée. La critique équivaut pour lui à une déclaration de guerre qui ne peut se terminer que par la reddition, l’achat ou la mort de l’adversaire. » Sa principale faiblesse ? Son manque total d’humanisme. « Chirac, lui, a le souci des autres, de l’homme. Sarkozy écrase tout sur son passage. Si les Français savaient vraiment qui il est, il n’y en a pas 5 % qui voteraient pour lui. »
Un des plus importants hiérarques de l’UMP, officiellement soutien fervent du candidat (comment faire autrement ?), renchérit : « Sarkozy, c’est le contraire de l’apaisement. Chirac, vous verrez, on le regrettera. Lui, il n’a jamais eu de mots violents. » « Attention, met en garde le ministre de l’Agriculture, Dominique Bussereau, on va très vite à la révolte aujourd’hui. » « La France, c’est du cristal », dit, inquiet, Jean-Pierre Raffarin.
Dominique de Villepin a mis sa langue dans sa poche. Il n’en pense pas moins… que Sarko « a loupé sa cristallisation » ; que « sa violence intérieure, son déséquilibre personnel, l’empêchent d’atteindre à la hauteur de la présidence ». Les chiraquiens du premier cercle, Henri Cuq (ministre délégué aux Relations avec le Parlement), ou Jérôme Monod, le conseiller, ne veulent pas déroger à la consigne du silence. Mais, en petit comité, les mêmes mots reviennent : « Ce garçon n’est pas mûr. Il n’est pas fini. Il a un compte à régler avec la vie qui le pousse à créer de l’affrontement partout, et non à rassembler. » D’autres brodent : « C’est un enfant qui n’atteindra jamais l’âge adulte. » A quoi Roselyne Bachelot réplique : « Mais tous les hommes sont immatures ! » On ne parle plus, on n’ose plus parler, comme hier – du moins tout fort –, de « malfrat » ou de « petit voyou » (pourtant, ce qu’on l’a entendu !). Mais, dans les coulisses de l’Elysée, on laisse simplement tomber : « On fait confiance au peuple français ! » Et, justement, il y a encore trois semaines, on se communiquait, en jubilant, les sondages qui indiquaient une montée en puissance de François Bayrou. Non point qu’on l’aime, celui-là, ce « démocrate-chrétien jésuitique » mais, enfin, on ne va pas « laisser la France tomber entre les mains de Catilina », dangereux aventurier populiste romain dénoncé par Cicéron.

Comme une bande des « cités »
Un député UMP spécialiste des problèmes juridiques, eut le malheur de s’opposer au ministre de l’Intérieur à propos des « peines plancher ». Il est, et reste, sarkozyste. Pourtant, il fait part de son effarement. Cette simple prise de distance lui valut d’être désigné du doigt, menacé de représailles, ostracisé par le clan avec une violence « digne d’une bande des cités ». C’est d’ailleurs un ex-haut responsable du RPR qui raconte : « En septembre 1994, aux journées parlementaires de Colmar, alors que Balladur était donné gagnant par tous les sondages, on eut affaire à la garde rapprochée de Sarkozy. Elle respirait l’arrogance, elle y allait de toutes les menaces. On disait aux députés restés fidèles à Chirac qu’il allait “leur en cuire”. » L’ancien vice-président du RPR des Hauts-de-Seine Jean-François Probst confirme : « Sarkozy croit toujours, comme en 1995, qu’il peut intimider les gens. Quand je l’ai rencontré, dans les années 80, il avait déjà ses qualités – énergie, ténacité –, et ses défauts, dont j’imaginais qu’il les corrigerait. Je pensais, notamment, qu’il comblerait son inculture. Bernique ! Il n’a fait que courir d’une lumière l’autre. Il est fasciné par ce qui brille, les nouveaux riches, le show off, les copains à gourmettes même s’ils trichotent avec les règles communes, Tom Cruise qu’il reçoit à Bercy, ébloui, et fait raccompagner en vaporetto. »
Bien sûr, si les chiraquiens maintenus, les derniers villepinistes, les ultimes vrais gaullistes, quelques libéraux ou ex-centristes ralliés à l’UMP confient, à qui veut les entendre (mais les journalistes qui les entendent n’en rapportent rien), que l’hypothèse d’une présidence Sarkozy les terrifie ; qu’il y a « de la graine de dictateur chez cet homme-là » ; que, constamment, « il pète les plombs », de très nombreux élus UMP, les plus nombreux, sont devenus des groupies enthousiastes de l’homme qui seul peut les faire gagner et dont personne ne nie les formidables qualités de battant. Et le courage. Mais même eux n’étouffent pas totalement leur inquiétude et soulignent volontiers sa violence. « Oui, c’est vrai, reconnaît l’un deux, il antagonise, il clive, il joue les uns contre les autres avec la plus extrême cruauté. » « Il n’est vraiment totalement humain, confie un autre, que quand il s’agit de lui-même. » « Il a un problème de nerfs, de paranoïa, admettent-ils tous, mais il s’arrange, il mûrit, il se densifie. » Voire…

(à suivre...)


mardi 15 mai 2007

Sarkozy, le soixante-huitard

Le conservatisme est passé dans le camp de celle qui est censée le combattre : la gauche.

Sarkozy, le soixante-huitard

Par Pascal BRUCKNER

QUOTIDIEN : lundi 14 mai 2007
Pascal Bruckner écrivain.


Dans l'histoire de France, on le sait, la Restauration ne fut pas le rétablissement de l'Ancien Régime, mais sa liquidation douce, l'acclimatation des idées révolutionnaires au XIXe siècle, la perte de pouvoir progressive de la monarchie et de l'Eglise au profit des républicains. Pareillement, le réquisitoire anti-68 de Nicolas Sarközy ne doit pas masquer qu'il en est l'héritier plus que le pourfendeur. Son slogan de candidat « Ensemble tout devient possible » et la croyance dans les vertus de l'action collective sont aux antipodes du pessimisme historique de la droite (et fait écho à ce mot de Dostoïevski : « Si Dieu n'existe pas, tout est permis » ).

Le style nerveux, dynamique de l'homme, s'il est classique dans le message, est moderne dans la forme. Rien à voir avec l'allure empesée, louis-philipparde, d'un Balladur ou d'un Giscard. Son volontarisme dément le déterminisme philosophique qu'il afficha lors de ses entretiens avec Michel Onfray à propos des prédispositions génétiques des pédophiles. Sa vie privée de père de famille recomposée, ses démêlés conjugaux et son rapport décomplexé à l'argent sont typiquement post-soixante-huitards. Une Cécilia Sarkozy eût été impensable sous de Gaulle et Pompidou, quand le féminisme était encore balbutiant. Enfin, sans Mai 68 et son esprit de générosité, jamais les Français n'auraient élu un fils d'immigré, juif et hongrois : souvenons-nous des avanies, des insultes que dut subir dans les années 50, pour cause de judéité, un Mendès-France (surnommé « Mendès, pas France» ). C'est plutôt Ségolène Royal, grande femme sage au sourire de Madone, au message évangélique « Aimons-nous les uns les autres», qui incarnerait la France d'hier, malgré sa défense de 68.

Cette trajectoire étonnante du maire de Neuilly-sur-Seine illustre un phénomène paradoxal, à savoir que depuis une trentaine d'années le conservatisme est passé peu à peu dans le camp de celle qui fait profession de le combattre : la gauche. Ce conservatisme s'énonce toujours dans le langage de la révolution, dans une rhétorique de l'anticapitalisme empruntée à la mouvance communiste. Bolchevique dans l'opposition, mais libéral au pouvoir où il privatise à tour de bras, le Parti socialiste est resté prisonnier de son surmoi gauchisant, des groupes trotskistes, altermondialistes, écologistes, dont il persiste à singer l'idéologie. Tous les partisans de l'immobilisme qui se battent uniquement pour «préserver les intérêts acquis» se doivent d'emprunter le discours du mouvement, au point que le gauchisme était devenu, avant l'irruption de Ségolène Royal sur la scène, la maladie sénile du socialisme.

Ce nouveau passéisme enrobé dans le langage des sans-culottes est assez déconcertant de prime abord, puisqu'il superpose slogans subversifs et revendications corporatistes. Ici, le sens manifeste doit s'entendre à l'inverse du sens réel : sous la mousse verbale, sous l'appel au soulèvement, il faut comprendre éloge de l'ordre établi, respect du statu quo. Ce camouflage langagier manifeste surtout une même frayeur face à la marche du temps et aux transformations du monde. A tort ou à raison, les socialistes donnent le sentiment de vouloir geler l'Histoire et d'avoir choisi le parti de l'inertie.

Depuis Mitterrand, deux conservatismes, de droite et de gauche, se coalisent pour freiner toute réforme d'envergure. L'accusation de «réactionnaire» lancée à l'endroit de certains intellectuels par les gardiens de l'orthodoxie est à cet égard révélatrice : quiconque ne parle pas la novlangue progressiste est immédiatement frappé d'anathèmes. Invoquer le poids des traditions, rappeler l'importance du facteur national, protester contre le délabrement scolaire, l'infantilisation de l'individu, vaut à certains d'être voués aux gémonies. En d'autres termes est qualifié de «réactionnaire» quiconque fait preuve d'intelligence et envisage les problèmes dans leur complexité. Il faut savoir gré à Ségolène Royal de s'être battue à fronts renversés, d'avoir introduit dans sa campagne des thèmes tabous dans son camp : le drapeau, la patrie, la famille, le travail, la Marseillaise... Tandis que son concurrent invoquait les mânes de Léon Blum et Jean Jaurès, et faisait l'éloge du labeur ouvrier. Si bien qu'à un certain moment, les deux candidats semblaient se répondre l'un l'autre, par-delà leurs divergences, comme atteints d'écholalie. On l'a beaucoup dit : un souffle d'air frais a balayé la France durant ces élections. Notre vieux pays, délaissant mythes et fables, a accepté le diagnostic sans concession posé sur lui.

La rage souvent abjecte que Nicolas Sarkozy a suscitée vient de là : il a volé à la gauche son trésor et sa langue, il l'a dépouillée comme un bandit de grand chemin, il l'a même, crime de lèse-majesté, privé de son meilleur ennemi, Jean-Marie Le Pen. Il a renvoyé la gauche à ses archaïsmes, à ses radotages, à ses lubies. Le roi est nu. Au Parti socialiste de savoir s'il veut mourir, pour mieux ressusciter comme la plupart des gauches européennes, ou dépérir dans le culte des pensées mortes : rien de plus narcissique que l'utopie quand elle préfère la sécheresse de l'idée à la richesse de la réalité. Il serait triste que le camp de la rose, déjà vaincu, se laisse en outre déposséder de sa rénovation par un leader du centre droit, François Bayrou.

Le nouveau président a trop promis pour avoir droit à l'erreur. Il a gagné cette élection sur un double message : ordre et rupture. Le pari est audacieux mais risqué. Nicolas Sarkozy n'aime rien tant que les grands écarts : il s'affiche libéral et dirigiste, patriote et européen, laïc et croyant, gaulliste et atlantiste. Selon qu'il penchera d'un côté ou de l'autre, toute son action s'en trouvera modifiée. Contrairement à ce qu'il dit, c'est l'économie de marché, et non Mai 68, qui détruit les valeurs dont la droite se veut le défenseur. C'est le capital, Marx l'a souvent écrit, qui bouleverse familles, lignages, moeurs, transgresse les frontières, casse les solidarités et fait de chaque individu un agent rationnel soucieux avant tout de sa réussite et de son bonheur.

Nicolas Sarkozy réussira-t-il à être à la fois Thatcher et Blair, celui qui réforme en profondeur et celui qui adoucit la dureté des réformes ? Pourra-t-il condenser en un quinquennat deux séquences historiques qui ont pris trente ans en Grande-Bretagne ? Ou bien renoncera-t-il au changement pour chausser peu à peu les bottes de Mitterrand et de Chirac ? La vraie rupture n'est jamais tranquille.

(Source : libération.fr le lundi 14 mai 2007)