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dimanche 2 novembre 2008

La faillite du capitalisme financier

Il existe en économie comme ailleurs une grande part de métaphysique puisque certains croient à la régulation du marché comme d'autres croient en Dieu. L'économie définit aussi le bien et le mal, le mal étant pour les libéraux l'intervention de l'Etat, le bien étant sa non intervention. Pour les keynésiens et les marxistes c'est l'inverse. La différence entre les marxistes et les keynésiens étant que les premiers souhaitent que le capitalisme meure alors que les seconds font intervenir l'état pour justement qu'il ne meure pas.
En tout cas, on peut dire que cette crise est une victoire pour les keynésiens qui n'ont jamais cru à l'auto régulation du capitalisme ou du marché.
La finance est devenue complètement folle et déconnectée de la sphère réelle. Les traders et les spéculateurs ne songent qu'à créer de la monnaie à partir de la monnaie pour eux-mêmes sans créer le moindre bien ou service. Il faut arrêter d'admirer béatement les traders et les spéculateurs et les prendre pour ce qu'ils sont: des parasites du système économique. La société paie des écoles prestigieuses pour leur formation et cela ne sert qu'à leur enrichissement personnel sans contrepartie.
Le capitalisme financier où pratiquement tout va aux actionnaires et aux dirigeants a montré ses limites.
La finance n'est agissante sur la sphère réelle que pour produire des délocalisations et des licenciements. Les salariés qui sont de très loin les agents économiques les plus nombreux vont fatalement demander aux politiques un changement du cadre institutionnel du capitalisme actuel.
Les propositions de Ségolène Royal qui veut interdire les délocalisations et les licenciements montrent que la gauche ne veut pas se laisser déborder par l'extrême gauche. On assiste à une surenchère électorale venant de ces deux courants.
Sarkozy comme à ses habitudes joue une partition cynique absolue. Après avoir été le chantre du néo-libéralisme le plus achevé, il trouve maintenant des vertus à l'état. Sa carrière politique n'a été jalonnée que de courbettes aux représentants du capitalisme financier. En bon démagogue, il a claironné qu'il fallait sanctionner les coupables alors que la crise n'est que l'aboutissement ultime de la logique du capitalisme financier dont il a été un des acteurs politiques. Enfin, passons.
Il faut complètement redéfinir les règles financières. Sortir des 15% (ROE) de retour sur les capitaux propres.
L'Etat doit contrôler les institutions financières. Revenir à cette définition hégélienne de l'état au service de l'intérêt collectif. Les propositions de Ségolène Royal (interdiction des délocalisations et des licenciements) qui semblent de nos jours excessives finiront par s'imposer si la masse des salariés exclus de l'économie devient trop importante.
Toute crise économique a des répercussions électorales. L'Europe de Bruxelles qui avait accepté les normes comptables d'inspiration anglo-saxonne montre à quel point la construction européenne n'a servi qu'à accélérer la mondialisation et à mettre en place le néolibéralisme et toutes ses dérives.
Il faut redéfinir le partage actionnaires-salariés-investissement.
Le protectionnisme qui fait tant peur à certains (surtout les financiers) peut s'envisager à condition qu'il soit intelligent (comme en Chine). Le nationalisme économique a ses vertus pour le développement d'un pays, la Chine et la Russie en étant les parfaits exemples. Cela peut être le moteur d'une réelle politique industrielle qui stoppera la désindustrialisation de notre pays. L'économie doit être au service de l'ensemble d'un peuple et non au service de quelques-uns. On assiste à une paupérisation des classes moyennes qui sont pourtant le socle d'un pays.
La crise financière n'est que la conséquence des délocalisations industrielles et autres. Lorsque la croissance devient faible ou quasi-nulle, les ménages ont de grandes difficultés à rembourser leurs emprunts. La crise financière est une crise de la mondialisation. Les fanatiques du libéralisme voulaient faire inscrire dans la constitution l'interdiction des déficits budgétaires (c'était la première fois qu'on voulait mettre dans la constitution une théorie économique parmi d'autres).
Les libéraux au pouvoir sont maintenant les premiers à organiser un déficit public gigantesque pour sauver le libéralisme! La question qui se pose à certains, la France a-t-elle intérêt à sortir de l'Europe et de ses règles non libérales. On le fait déjà en partie lorsqu'on met actuellement de côté les critères de Maastricht. Il est amusant de constater que Sarkozy qui voulait à tout prix faire passer le traité d'Amsterdam remet en question le traité de Maastricht.
Entre le communisme et le néo-libéralisme, il n'y a pas rien, le néo-libéralisme n'étant que la dictature des financiers.
Patrice GROS-SUAUDEAU STATISTICIEN-ECONOMISTE

jeudi 24 juillet 2008

Opération Sarkozy »: comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française

Nicolas Sarkozy doit être jugé à son action et non pas d´après sa personnalité. Mais lorsque son action surprend jusqu´à ses propres électeurs, il est légitime de se pencher en détail sur sa biographie et de s´interroger sur les alliances qui l´ont conduit au pouvoir. Thierry Meyssan a décidé d´écrire la vérité sur les origines du président de la République française. Toutes les informations contenues dans cet article sont vérifiables, à l´exception de deux imputations, signalées par l´auteur qui en assume seul la responsabilité.

Les Français, lassés des trop longues présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac, ont élu Nicolas Sarkozy en comptant sur son énergie pour revitaliser leur pays. Ils espéraient une rupture avec des années d´immobilisme et des idéologies surannées. Ils ont eu une rupture avec les principes qui fondent la nation française. Ils ont été stupéfaits par cet hyper-président », se saisissant chaque jour d´un nouveau dossier, aspirant à lui la droite et la gauche, bousculant tous les repères jusqu´à créer une complète confusion.
Comme des enfants qui viennent de faire une grosse bêtise, les Françaissont trop occupés à se trouver des excuses pour admettre l´ampleur des dégâts et leur naïveté. Ils refusent d´autant plus de voir qui est vraiment Nicolas Sarkozy, qu´ils auraient dû s´en rendre compte depuis longtemps.
C´est que l´homme est habile. Comme un illusionniste, il a détourné leur attention en offrant sa vie privée en spectacle et en posant dans les magazines people, jusqu´à leur faire oublier son parcours politique.
Que l´on comprenne bien le sens de cet article : il ne s´agit pas de reprocher à M. Sarkozy ses liens familiaux, amicaux et professionnels, mais de lui reprocher d´avoir caché ses attaches aux Français qui ont cru, à tort, élire un homme libre.
Pour comprendre comment un homme en qui tous s´accordent aujourd´hui à voir l´agent des États-Unis et d´Israël a pu devenir le chef du parti gaulliste, puis le président de la République française, il nous faut revenir en arrière. Très en arrière. Il nous faut emprunter une longue digression au cours de laquelle nous présenterons les protagonistes qui trouvent aujourd´hui leur revanche.
Secrets de famille
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les services secrets états-uniens s´appuient sur le parrain italo-US Lucky Luciano pour contrôler la sécurité des ports américains et pour préparer le débarquement allié en Sicile. Les contacts de Luciano avec les services US passent notamment par Frank Wisner Sr. puis, lorsque le « parrain » est libéré et s´exile en talie, par son « ambassadeur » corse, Étienne Léandri.
En 1958, les États-Unis, inquiets d´une possible victoire du FLN en Algérie qui ouvrirait l´Afrique du Nord à l´influence soviétique, décident de susciter un coup d´État militaire en France. L´opération est organisée conjointement par la Direction de la planification de la CIA -théoriquement dirigée part Frank Wisner Sr.- et par l´OTAN. Mais Wisner a déjà sombré dans la démence de sorte que c´est son successeur, Allan Dulles, qui supervise le coup. Depuis Alger, des généraux français créent un Comité de salut public qui exerce une pression sur le pouvoir civil parisien et le contraint à voter les pleins pouvoirs au général De Gaulle sans avoir besoin de recourir la force [1].
Or, Charles De Gaulle n´est pas le pion que les Anglo-Saxons croient pouvoir manipuler. Dans un premier temps, il tente de sortir de la contradiction coloniale en accordant une large autonomie aux territoires d´outre-mer au sein d´une Union française. Mais il est déjà trop tard pour sauver l´Empire français car les peuples colonisés ne croient plus aux promesses de la métropole et exigent leur indépendance. Après avoir conduit victorieusement de féroces campagnes de répression contre les indépendantistes, De Gaulle se rend à l´évidence. Faisant preuve d´une rare sagesse politique, il décide d´accorder à chaque colonie son indépendance.
Cette volte-face est vécue comme une trahison par la plupart de ceux qui l´ont porté au pouvoir. La CIA et l´OTAN soutiennent alors toutes sortes de complots pour l´éliminer, dont un putsch manqué et une quarantaine de tentatives d´assassinat [2]. Toutefois, certains de ses partisans approuvent son évolution politique. Autour de Charles Pasqua, ils créent le SAC, une milice pour le protéger.
Pasqua est à la fois un truand corse et un ancien résistant. Il a épousé la fille d´un bootlegger canadien qui fit fortune durant la prohibition. Il dirige la société Ricard qui, après avoir commercialisé de l´absinthe, un alcool prohibé, se respectabilise en vendant de l´anisette. Cependant, la société continue à servir de couverture pour toutes sortes de trafics en relation avec la famille italo-new-yorkaise des Genovese, celle de Lucky Luciano. Il n´est donc pas étonnant que Pasqua fasse appel à Étienne Léandri («l´ambassadeur » de Luciano) pour recruter des gros bras et constituer la milice gaulliste [3]. Un troisième homme joue un grand rôle dans la formation du SAC, l´ancien garde du corps de De Gaulle, Achille Peretti -un Corse lui aussi-.
Ainsi défendu, De Gaulle dessine avec panache une politiqued´indépendance nationale. Tout en affirmant son appartenance au camp atlantique, il remet en cause le leadership anglo-saxon. Il s´oppose à l´entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun européen (1961 et 1967); Il refuse le déploiement des casques de l´ONU au Congo (1961) ; il encourage les États latino-américains à s´affranchir de l´impérialisme US (discours de Mexico, 1964) ; Il expulse l´OTAN de France et se retire du Commandement intégré de l´Alliance atlantique (1966) ; Il dénonce la Guerre du Viêt-nam (discours de Phnon Penh, 1966) ; Il condamne l´expansionnisme israélien lors de la Guerre des Six jours (1967) ; Il soutient l´indépendance du Québec (discours de Montréal 1967) ; etc.
Simultanément, De Gaulle consolide la puissance de la France en la dotant d´un complexe militaro-industriel incluant la force de dissuasion nucléaire, et en garantissant son approvisionnement énergétique. Il éloigne utilement les encombrants Corses de son entourage en leur confiant des missions à étranger. Ainsi Étienne Léandri devient-il le trader du groupe Elf (aujourd´hui Total) [4], tandis que Charles Pasqua devient l´homme de confiance des chefs d´États d´Afrique francophone.
Conscient qu´il ne peut défier les Anglo-Saxons sur tous les terrains à la fois, De Gaulle s´allie à la famille Rothschild. Il choisit comme Premier ministre le fondé de pouvoir de la Banque, Georges Pompidou.
Les deux hommes forment un tandem efficace. L´audace politique du premier ne perd jamais de vue le réalisme économique du second.
Lorsque De Gaulle démissionne, en 1969, Georges Pompidou lui succède brièvement à la présidence avant d´être emporté par un cancer. Les gaullistes historiques n´admettent pas son leadership et s´inquiètent de son tropisme anglophile. Ils hurlent à la trahison lorsque Pompidou, secondé par le secrétaire général de l´Élysée Edouard Balladur, fait entrer « la perfide Albion » dans le Marché commun européen.
La fabrication de Nicolas Sarkozy
Ce décor étant planté, revenons-en à notre personnage principal, Nicolas Sarkozy. Né en 1955, il est le fils d´un noble catholique hongrois, Pal Sarkösy de Nagy-Bocsa, réfugié en France après avoir fuit l´Armée rouge, et d´Andrée Mallah, une roturière juive originaire de Thessalonique.
Après avoir eu trois enfants (Guillaume, Nicolas et François), le couple divorce. Pal Sarkosy de Nagy-Bocsa se remarie avec une aristocrate, Christine de Ganay, dont il aura deux enfants (Pierre-Olivier et Caroline). Nicolas ne sera pas élevé par ses seuls parents, mais balloté dans cette famille recomposée.
Sa mère est devenue la secrétaire d´Achille Peretti. Après avoir co-fondé le SAC, le garde du corps de De Gaulle avait poursuivi une brillante carrière politique. Il avait été élu député et maire de Neuilly-sur-Seine, la plus riche banlieue résidentielle de la capitale, puis président de l´Assemblée nationale.
Malheureusement, en 1972, Achille Peretti est gravement mis en cause. Aux États-Unis, le magazine Time révèle l´existence d´une organisation criminelle secrète « l´Union corse » qui contrôlerait une grande partie du trafic de stupéfiants entre l´Europe et l´Amérique, la fameuse « French connexion » qu´Hollywwod devait porter à l´écran. S´appuyant sur des auditions parlementaires et sur ses propres investigations, Time cite le nom d´un chef mafieux, Jean Venturi, arrêté quelques années plus tôt au Canada, et qui n´est autre que le délégué commercial de Charles Pasqua pour la société d´alcool Ricard. On évoque le nom de plusieurs familles qui dirigeraient « l´Union corse », dont les Peretti. Achille nie, mais doit renoncer à la présidence de l´Assemblée nationale et échappe même à un « suicide ».
En 1977, Pal Sarkozy se sépare de sa seconde épouse, Christine de Ganay, laquelle se lie alors avec le n°2 de l´administration centrale du département d´État des États-Unis. Elle l´épouse et s´installe avec lui en Amérique. Le monde étant petit, c´est bien connu, son mari n´est autre que Frank Wisner Jr., fils du précédent. Les fonctions de Junior à la CIA ne sont pas connues, mais il clair qu´il y joue un rôle important. Nicolas, qui reste proche de sa belle-mère, de son demi-frère et de sa demi-soeur, commence à se tourner vers les États-Unis où il « bénéficie » des programmes de formation du département d´État.
À la même période, Nicolas Sarkozy adhère au parti gaulliste. Il y fréquente d´autant plus rapidement Charles Pasqua que celui-ci n´est pas seulement un leader national, mais aussi le responsable de la section départementale des Hauts-de-Seine.
En 1982, Nicolas Sarkozy, ayant terminé ses études de droit et s´étant inscrit au barreau, épouse la nièce d´Achille Peretti. Son témoin de mariage est Charles Pasqua. En tant qu´avocat, Me Sarkozy défend les intérêts des amis corses de ses mentors. Il acquiert une propriété sur l´île de beauté, à Vico, et imagine de corsiser son nom en remplaçant le « y » par un « i » : Sarkozi.
L´année suivante, il est élu maire de Neuilly-sur-Seine en remplacement de son bel-oncle, Achille Peretti, terrassé par une crise cardiaque.
Cependant, Nicolas ne tarde pas à trahir sa femme et, dès 1984, il poursuit une liaison cachée avec Cécilia, l´épouse du plus célèbre animateur de télévision français de l´époque, Jacques Martin, dont il a fait la connaissance en célébrant leur mariage en qualité de maire de Neuilly.
Cette double vie dure cinq ans, avant que les amants ne quittent leurs conjoints respectifs pour construire un nouveau foyer.
Nicolas est le témoin de mariage, en 1992, de la fille de Jacques Chirac, Claude, avec un éditorialiste du Figaro. Il ne peut s´empêcher de séduire Claude et de mener une brève relation avec elle, tandis qu´il vit officiellement avec Cécilia. Le mari trompé se suicide en absorbant des drogues. La rupture est brutale et sans retour entre les Chirac et Nicolas Sarkozy.
En 1993, la gauche perd les élections législatives. Le président François Mitterrand refuse de démissionner et entre en cohabitation avec un Premier ministre de droite. Jacques Chirac, qui ambitionne la présidence et pense alors former avec Edouard Balladur un tandem comparable à celui de De Gaulle et Pompidou, refuse d´être à nouveau Premier ministre et laisse la place à son « ami de trente ans », Edouard Balladur. Malgré son passé sulfureux, Charles Pasqua devient ministre de l´Intérieur. S´il conserve la haute main sur la marijuana marocaine, il profite de sa situation pour légaliser ses autres activités en prenant le contrôle des casinos, jeux et courses en Afrique francophone. Il tisse aussi des liens en Arabie saoudite et en Israël et devient officier d´honneur du Mossad. Nicolas Sarkozy, quant à lui, est ministre du Budget et porte-parole du gouvernement.
À Washington, Frank Wisner Jr. a pris la succession de Paul Wolfowitz comme responsable de la planification politique au département de la Défense. Personne ne remarque les liens qui l´unissent au porte-parole du gouvernement français.
C´est alors que reprend au sein du parti gaulliste la tension que l´on avait connu trente ans plus tôt entre les gaullistes historiques et la droite financière, incarnée par Balladur. La nouveauté, c´est que Charles Pasqua et avec lui le jeune Nicolas Sarkozy trahissent Jacques Chirac pour se rapprocher du courant Rothschild. Tout dérape. Le conflit atteindra son apogée en 1995 lorsque Édouard Balladur se présentera contre son ex-ami Jacques Chirac à l´élection présidentielle, et sera battu. Surtout, suivant les instructions de Londres et de Washington, le gouvernement Balladur ouvre les négociations d´adhésion à l´Union européenne et à l´OTAN des États d´Europe centrale et orientale, affranchis de la tutelle soviétique.
Rien ne va plus dans le parti gaulliste où les amis d´hier sont près de s´entre-tuer. Pour financer sa campagne électorale, Edouard Balladur tente de faire main basse sur la caisse noire du parti gaulliste, cachée dans la double comptabilité du pétrolier Elf. À peine le vieux Étienne Léandri mort, les juges perquisitionnent la société et ses dirigeants sont incarcérés. Mais Balladur, Pasqua et Sarkozy ne parviendront jamais à récupérer le magot.
La traversée du désert
Tout au long de son premier mandat, Jacques Chirac tient Nicolas Sarkozy à distance. L´homme se fait discret durant cette longue traversée du désert. Discrètement, il continue à nouer des relations dans les cercles financiers.
En 1996, Nicolas Sarkozy ayant enfin réussi à clore une procédure de divorce qui n´en finissait pas se marie avec Cécilia. Ils ont pour témoins les deux milliardaires Martin Bouygues et Bernard Arnaud (l´homme le plus riche du pays).
Dernier acte
Bien avant la crise irakienne, Frank Wisner Jr. et ses collègues de la CIA planifient la destruction du courant gaulliste et la montée en puissance de Nicolas Sarkozy. Ils agissent en trois temps : d´abord l´élimination de la direction du parti gaulliste et la prise de contrôle de cet appareil, puis l´élimination du principal rival de droite et l´investiture du parti gaulliste à l´élection présidentielle, enfin l´élimination de tout challenger sérieux à gauche de manière à être certain d´emporter l´élection présidentielle.
Pendant des années, les médias sont tenus en haleine par les révélations posthumes d´un promoteur immobilier. Avant de décéder d´une grave maladie, il a enregistré pour une raison jamais élucidée une confession en vidéo. Pour une raison encore plus obscure, la « cassette » échoue dans les mains d´un hiérarque du Parti socialiste, Dominique Strauss-Khan, qui la fait parvenir indirectement à la presse.
Si les aveux du promoteur ne débouchent sur aucune sanction judiciaire, ils ouvrent une boîte de Pandore. La principale victime des affaires successives sera le Premier ministre Alain Juppé. Pour protéger Chirac, il assume seul toutes les infractions pénales. La mise à l´écart de Juppé laisse la voie libre à Nicolas Sarkozy pour prendre la direction du parti gaulliste.
Sarkozy exploite alors sa position pour contraindre Jacques Chirac à le reprendre au gouvernement, malgré leur haine réciproque. Il sera en définitive, ministre de l´Intérieur. Erreur ! À ce poste, il contrôle les préfets et de le renseignement intérieur qu´il utilise pour noyauter les grandes administrations.
Il s´occupe aussi des affaires corses. Le préfet Claude Érignac a été assassiné. Bien qu´il n´ait pas été revendiqué, le meurtre a immédiatement été interprété comme un défi lancé par les indépendantistes à la République. Après une longue traque, la police parvient à arrêter un suspect en fuite, Yvan Colonna, fils d´un député socialiste. Faisant fi de la présomption d´innocence, Nicolas Sarkozy annonce cette interpellation en accusant le suspect d´être l´assassin.
C´est que la nouvelle est trop belle à deux jours du référendum que le ministre de l´Intérieur organise en Corse pour modifier le statut de l´île. Quoi qu´il en soit, les électeurs rejettent le projet Sarkozy qui, selon certains, favorise les intérêts mafieux.
Bien qu´Yvan Colonna ait ultérieurement été reconnu coupable, il a toujours clamé son innocence et aucune preuve matérielle n´a été trouvée contre lui. Étrangement, l´homme s´est muré dans le silence, préférant être condamné que de révéler ce qu´il sait. Nous révélons ici que le préfet Érignac n´a pas été tué par des nationalistes, mais abattu par un tueur à gage, Igor Pecatte, immédiatement exfiltré vers l´Angola où il a été engagé à la sécurité du groupe Elf. Le mobile du crime était précisément lié aux fonctions antérieures d´Érignac, responsable des réseaux africains de Charles Pasqua au ministère de la Coopération. Quand à Yvan Colonna, c´est un ami personnel de Nicolas Sarkozy depuis des décennies et leurs enfants se sont fréquentés.
Une nouvelle affaire éclate : de faux listings circulent qui accusent mensongèrement plusieurs personnalités de cacher des comptes bancaires au Luxembourg, chez Clearstream. Parmi les personnalités diffamées :Nicolas Sarkozy. Il porte plainte et sous-entend que son rival de droite à l´élection présidentielle, le Premier ministre Dominique de Villepin, a organisé cette machination. Il ne cache pas son intention de le faire jeter en prison.
En réalité, les faux listings ont été mis en circulation par des membres de la Fondation franco-américaine [5], dont John Negroponte était président et dont Frank Wisner Jr. est administrateur. Ce que les juges ignorent et que nous révélons ici, c´est que les listings ont été fabriqués à Londres par une officine commune de la CIA et du MI6, Hakluyt & Co, dont Frank Wisner Jr. est également administrateur. Villepin se défend de ce dont on l´accuse, mais il est mis en examen, assigné à résidence et, de facto, écarté provisoirement de la vie politique.
La voie est libre à droite pour Nicolas Sarkozy.
Reste à neutraliser les candidatures d´opposition. Les cotisations d´adhésion au parti socialistes sont réduites à un niveau symbolique pour attirer de nouveaux militants. Soudainement des milliers de jeunes prennent leur carte. Parmi eux, au moins dix mille nouveaux adhérents sont en réalité des militants du Parti trotskiste « lambertiste » (du nom de son fondateur Pierre Lambert). Cette petite formation d´extrême gauche s´est historiquement mise au service de la CIA contre les communistes staliniens durant la Guerre froide (Elle est l´équivalent du SD/USA de Max Shatchman, qui a formé les néoconservateurs aux USA [6]). Ce n´est pas la première fois que les « lambertistes » infiltrent le Parti socialiste. Ils y ont notamment placé deux célèbres agents de la CIA :
Lionel Jospin (qui est devenu Premier ministre) et Jean-Christophe Cambadélis, le principal conseiller de Dominique Strauss-Kahn [7].
Des primaires sont organisées au sein du Parti socialiste pour désigner son candidat à l´élection présidentielle. Deux personnalités sont en concurrence: Laurent Fabius et Ségolène Royal. Seul le premier représente un danger pour Sarkozy. Dominique Strauss-Kahn entre dans la course avec pour mission d´éliminer Fabius au dernier moment. Ce qu´il sera en mesure de faire grâce aux votes des militants « lambertistes » infiltrés, qui portent leur suffrages non pas sur son nom, mais sur celui de Royal.
L´opération est possible parce que Strauss-Kahn est depuis longtemps sur le payroll des États-Unis. Les Français ignorent qu´il donne des cours à Stanford, où il a été embauché par le prévot de l´université, Condoleezza Rice [8]. Dès sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy et Condoleezza Rice remercieront Strauss-Kahn en le faisant élire à la direction du Fonds monétaire international.
Premiers jours à l´Élysée
Le soir du second tour de l´élection présidentielle, lorsque les instituts de sondages annoncent sa victoire probable, Nicolas Sarkozy prononce un bref discours à la nation depuis son QG de campagne. Puis, contrairement à tous les usages, il ne va pas faire la fête avec les militants de son parti, mais il se rend au Fouquet´s. La célèbre brasserie des Champs-Élysées, qui était jadis le rendez-vous de «l´Union corse» est aujourd´hui la propriété du casinotier Dominique Desseigne. Il a été mis à disposition du président élu pour y recevoir ses amis et les principaux donateurs de sa campagne. Une centaine d´invités s´y bousculent, les hommes les plus riches de France y côtoient les patrons de casinos.
Puis le président élu s´offre quelques jours de repos bien mérités. Conduit en Falcon-900 privé à Malte, il s´y repose sur le Paloma, le yacht de 65 mètres de son ami Vincent Bolloré, un milliardaire formé à la Banque Rothschild.
Enfin, Nicolas Sarkozy est investi président de la République française. Le premier décret qu´il signe n´est pas pour proclamer une amnistie, mais pour autoriser les casinos de ses amis Desseigne et Partouche à multiplier les machines à sous.
Il forme son équipe de travail et son gouvernement. Sans surprise, on y retrouve un bien trouble propriétaire de casinos (le ministre de la Jeunesse et des Sports) et le lobbyiste des casinos de l´ami Desseigne (qui devient porte-parole du parti « gaulliste »).
Nicolas Sarkozy s´appuie avant tout sur quatre hommes :
- Claude Guéant, secrétaire général du palais de l´Élysée. C´est l´ancien bras droit de Charles Pasqua.
- François Pérol, secrétaire général adjoint de l´Élysée. C´est un associé-gérant de la Banque Rothschild.
- Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique. Fils de l´ancien directeur de l´Agence juive. Ambassadeur de France à l´ONU, il fut relevé de ses fonctions par Chirac qui le jugeait trop proche de George Bush.
- Alain Bauer, l´homme de l´ombre. Son nom n´apparaît pas dans les annuaires. Il est chargé des services de renseignement. Ancien Grand-Maître du Grand Orient de France (la principale obédience maçonnique française) et ancien n°2 de la National Security Agency états-unienne en Europe [9].
Frank Wisner Jr., qui a été nommé entre temps envoyé spécial du président Bush pour l´indépendance du Kosovo, insiste pour que Bernard Kouchner soit nommé ministre des Affaires étrangères avec une double mission prioritaire : l´indépendance du Kosovo et la liquidation de la politique arabe de la France.
Kouchner a débuté sa carrière en participant à la création d´une ONG humanitaire. Grâce aux financements de la National Endowment for Democracy, il a participé aux opérations de Zbigniew Brzezinski en Afghanistan, aux côtés d´Oussama Ben Laden et des frères Karzaï contre les Soviétiques. On le retrouve dans les années 90 auprès d´Alija Izetbegoviç en Bosnie-Herzégovine. De 1999 à 2001, il a été Haut représentant de l´ONU au Kosovo.
Sous le contrôle du frère cadet du président Hamid Karzaï, l´Afghanistan est devenu le premier producteur mondial de pavot. Le suc est transformé sur place en héroïne et transporté par l´US Air Force à Camp Bondsteed (Kosovo). Là, la drogue est prise en charge par les hommes d´Haçim Thaçi qui l´écoulent principalement en Europe et accessoirement aux États-Unis [10]. Les bénéfices sont utilisés pour financer les opérations illégales de la CIA. Karzaï et Thaçi sont des amis personnels de longue date de Bernard Kouchner, qui certainement ignore leurs activités criminelles malgré les rapports internationaux qui y ont été consacrés.
Pour complèter son gouvernement, Nicolas Sarkozy nomme Christine Lagarde, ministre de l´Économie et des Finances. Elle a fait toute sa carrière aux États-Unis où elle a dirigé le prestigieux cabinet de juristes Baker & McKenzie. Au sein du Center for International & Strategic Studies de Dick Cheney, elle a co-présidé avec Zbigniew Brzezinski un groupe de travail qui a supervisé les privatisations en Pologne. Elle a organisé un intense lobbying pour le compte de Lockheed Martin contre les l´avionneur français Dassault [11].
Nouvelle escapade durant l´été. Nicolas, Cécilia, leur maîtresse commune et leurs enfants se font offrir des vacances états-uniennes à Wolfenboroo, non loin de la propriété du président Bush. La facture, cette fois, est payée par Robert F. Agostinelli, un banquier d´affaires italo-new-yorkais, sioniste et néo-conservateur pur sucre qui s´exprime dans Commentary, la revue de l´American Jewish Committee.
La réussite de Nicolas rejaillit sur son demi-frère Pierre-Olivier.
Sous le nom américanisé « d´Oliver », il est nommé par Frank Carlucci (qui fut le n°2 de la CIA après avoir été recruté par Frank Wisner Sr.) [12] directeur d´un nouveau fonds de placement du Carlyle Group (la société commune de gestion de portefeuille des Bush et des Ben Laden) [13]. Sans qualité personnelle particulière, il est devenu le 5e noueur de deals dans le monde et gère les principaux avoirs des fonds souverains du Koweit et de Singapour.
La côte de popularité du président est en chute libre dans les sondages. L´un de ses conseillers en communication, Jacques Séguéla, préconise de détourner l´attention du public avec de nouvelles « people stories ». L´annonce du divorce avec Cécilia est publiée par Libération, le journal de son ami Edouard de Rothschild, pour couvrir les slogans des manifestants un jour de grève générale. Plus fort encore, le communiquant organise une rencontre avec l´artiste et ex-mannequin, Carla Bruni. Quelques jours plus tard, sa liaison avec le président est officialisée et le battage médiatique couvre à nouveau les critiques politiques. Quelques semaines encore et c´est le troisième mariage de Nicolas. Cette fois, il choisit comme témoins Mathilde Agostinelli (l´épouse de Robert) et Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d´Edouard Balladur devenu associé-gérant chez Rothschild.
Quand les Français auront-ils des yeux pour voir à qui ils ont à faire ?
Les informations contenues dans cet article ont été présentées par Thierry Meyssan lors de la table ronde de clôture de l´Eurasian Media Forum (Kazakhstan, 25 avril 2008) consacrée à la peopolisation et au glamour en politique.
L´intérêt suscite par ces informations a conduit l´auteur à rédiger le présent article qui a été publié par Profile, le principal news magazine russe actuel.
Plusieurs versions et traductions non autorisées de cet article ont été diffusées alors que le site du Réseau Voltaire était hors service. Nous vous prions de considérer le présent article comme le seul valide.
Notes :
*Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L´Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre
israélienne contre le Liban).

[1] Quand le stay-behind portait De Gaulle au pouvoir, par Thierry
Meyssan, Réseau Voltaire, 27 août 2001
[2] Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle, par Thierry
Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001
[3] L´Énigme Pasqua, par Thierry Meyssan, Golias ed, 2000.
[4] Les requins. Un réseau au coeur des affaires, par Julien Caumer,
Flammarion, 1999.
[5] Un relais des États-Unis en France : la French American Foundation
, par Pierre Hillard, Réseau Voltaire, 19 avril 2007.
[6] Les New York Intellectuals et l´invention du néo-conservatisme, par
Denis Boneau, Réseau Voltaire, 26 novembre 2004.
[7] Éminences grises, Roger Faligot et Rémi Kauffer, Fayard, 1992 ; «
The Origin of CIA Financing of AFL Programs » in Covert Action
Quaterly, n° 76, 1999.
[8] Dominique Strauss-Kahn, l´homme de « Condi » au FMI, par Thierry
Meyssan, Réseau Voltaire, 5 octobre 2007.
[9] Alain Bauer, de la SAIC au GOdF, Note d´information du Réseau
Voltaire, 1er octobre 2000.
[10] Le gouvernement kosovar et le crime organisé, par Jürgen Roth,
Horizons et débats, 8 avril 2008.
[11] Avec Christine Lagarde, l´industrie US entre au gouvernement
français, Réseau Voltaire, 22 juin 2005.
[12] L´honorable Frank Carlucci, par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire,
11 février 2004.
[13] Les liens financiers occultes des Bush et des Ben Laden et Le
Carlyle Group, une affaire d´initiés, Réseau Voltaire, 16 octobre 2001
et 9 février 2004.
Mr Sarkozy and the CIA. Based on Thierry Meyssan´s « Operation Sarkozy
» By Robert Thompson

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samedi 8 septembre 2007

De la méthode sarkozyste en communication politique

De la méthode sarkozyste en communication politique

Avec la présidentielle 2007, la communication politique a pris un tournant sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, et s’inspire autant de la communication lepéniste que des méthodes de marketing direct. Plus incisive, plus agressive, plus manipulatrice, elle a même surpris les journalistes qui n’ont su poser les bonnes questions. Si Nicolas Sarkozy devient président de tous les Français, il devra son élection avant tout aux spin doctors, d’autant que son programme n’a pas enthousiasmé l’économiste Elie Cohen dans le dernier «Ripostes» sur France 5. Ce billet propose donc de décrypter quelques moments clefs de la Sarkocom.


1. Le copié-collé de la méthode Le Pen

La méthode Sarkozy, c’est avant tout un copié-collé de la méthode Le Pen, ce qui explique en partie que son jumeau en communication soit arrivé 4e au premier tour, avec - il faut le souligner - un nombre important de voix. Une méthode efficace puisqu’elle en appelle à l’affect, non à l’intellect. Le cœur de cible est la personne qui exprime un mal-être et une frustration, accompagnées d’un fort désir de revanche.

Nicolas Sarkozy ne cesse donc de fustiger les élites parisiennes dans chaque passage télévisé, dans chacun de ses discours, et parvient à faire oublier que son entourage et lui-même appartiennent à cette élite de longue date. Nicolas Sarkozy n’a certes pas intégré l’ENA, mais comme il n’a que très peu exercé son métier d’avocat parisien, il ne connaît pas mieux le milieu du travail qu’un énarque « pur jus » et se trouve aussi déconnecté de la réalité qu’eux. Pas plus que Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy ne peut comprendre les préoccupations des ouvriers, employés, cadres, chômeurs, étudiants, petits patrons ou encore Rmistes puisque les théories ne remplacent pas la pratique.

Cette revanche contre les élites parisiennes s’accompagne d’un populisme exacerbé, et le peuple est mis à contribution à travers toutes ses composantes, de l’ouvrier au grand patron. Nicolas Sarkozy prétend incarner le peuple en se positionnant comme le candidat de la France et des Français, non des partis. Cette posture gaullienne ne fera pourtant pas oublier que Nicolas Sarkozy est le président d’un parti de droite quand le Général était président du RPF, un parti qui entendait dépasser les clivages gauche-droite. Dans le discours de Rouen, le peuple est cité 38 fois, la France 112 fois, l’adjectif français 57 fois, la République 34 fois et la démocratie 6 fois seulement. Cet appel systématique au peuple entraîne un rassemblement identitaire autour d’un candidat et relègue le programme au second plan. Une stratégie qui flatte le peuple est d’autant plus efficace en période de crise identitaire, et répond à une réelle attente de toutes les couches sociales, soit la consécration de son slogan « ensemble ».

Si Jean-Marie Le Pen s’est approprié le symbole de Jeanne d’Arc, Nicolas Sarkozy s’en est également réclamé. Mais le candidat de l’UMP est allé plus loin puisqu’il en a appelé à Blum, Jaurès et de Gaulle, en les inscrivant dans une histoire commune de la France. Ce serait pourtant oublier deux faits importants. D’abord, l’Histoire de France ne s’enseigne plus par les personnages historiques. Cette Histoire à papa est heureusement révolue puisqu’elle n’offrait qu’un champ d’exploration très limité à l’historien, et simplifiait l’enseignement de l’Histoire. Il s’agit donc d’une vision passéiste de l’Histoire de France. Ensuite, si Blum, Jaurès, Jeanne d’Arc et de Gaulle appartiennent bien au patrimoine commun de la France et des Français, le programme et la politique de Nicolas Sarkozy en sont très éloignés. Et si « la pucelle d’Orléans » voulait libérer la France du roi, Blum et Jaurès voulaient fonder une France socialiste. Ces deux derniers personnages ont été les candidats d’un parti, d’une certaine vision de la France, non de toute la France. De même, de Gaulle était le candidat d’une droite sociale, une singulière alchimie que l’on ne retrouve pas dans le programme de Nicolas Sarkozy. Monsieur Jean-Marcel Jeanneney, ancien ministre de de Gaulle ne s’y est pas trompé, qui a écrit une lettre (publiée dans le Nouvel Observateur) où il annonçait voter pour Ségolène Royal en laquelle il trouvait un peu du Général.

Autre stratégie empruntée directement au leader du Front national : la stratégie du martyr. Nicolas Sarkozy, attaqué de tous côtés par le Front TSS (Tout sauf Sarkozy) se construit une image de victime comme l’a fait Le Pen, et prétend qu’on attaque sa personne, non son programme. Le candidat au second tour se construit donc une virginité qui va de facto décrédibiliser les attaques ad hominem. Ce serait pourtant oublier trois faits importants. D’abord, Jean-Marie Le Pen et Ségolène Royal ont essuyé de la part de leurs adversaires des propos aussi virulents, sans susciter une désapprobation aussi vive. Ensuite, la Ve République s’assimile à une monarchie républicaine où la personnalité du président compte autant que son programme. Enfin, la majorité des Français n’a pas lu les programmes, et le suffrage exprime plus l’adhésion (ou le rejet) d’une personnalité que d’un programme. Une voix étant égale à une autre, et la France ne comptant que peu de spécialistes dans les domaines socio-économiques, ce qui importe, c’est trouver le cœur des Français.

Cœur des Français exalté dans un renouveau nationaliste qui s’appuie sur des racines chrétiennes, des auteurs classiques (pourtant les milieux parisiens soulignent la pauvreté culturelle de Sarkozy), une lecture singulière du passé. La religion tient une place importante dans la communication sarkozyste, non pas parce qu’il est lui-même pieux, mais parce que la religion (du latin religere qui signifie relier) est un refuge en situation de crise. L’appel aux auteurs classiques (au sens commun, non au sens de courant littéraire) comme Corneille, Flaubert ou encore Malraux sont de nature à rassembler les Français autour d’un passé culturel glorieux, et porte un message rassurant : le souvenir en guise d’avenir. Le plus étonnant, et peut-être le plus dangereux, est la lecture singulière du passé. En effet, le discours de Rouen aborde le rôle positif de la colonisation, auquel Diderot (parmi d’autres auteurs) avait répondu par la négative en 1772 (date d’écriture) dans Supplément au Voyage de Bougainville. Diderot fait en effet dire par l’intermédiaire d’un chef tahitien qui s’adresse à Bougainville : « Laisse-nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons. ». Cette référence au passé colonial de la France cadre assez mal avec le programme du candidat de l’UMP qui annonce ne pas traiter avec des gouvernements corrompus ni avec ceux qui attentent aux droits de l’homme, d’autant plus qu’il est proche d’Omar Bongo (le Nouvel Observateur), de Bouteflika ou encore de Sassou N’Guesso, réputés pour être de "grands démocrates".

Régner sur la peur est le dernier volet emprunté à Jean-Marie Le Pen. La peur de l’immigré, de l’autre, de l’insécurité, de la mondialisation et des trotskistes sont autant de facteurs qui poussent les Français à céder à la bile plus qu’à l’esprit ; à cette mauvaise partie de nous-mêmes qu’il est facile d’éveiller. Or, régner sur la peur, c’est asseoir une domination efficace sur autrui qui trouve alors refuge dans l’image d’un chef fort et s’apprête à abandonner ses libertés publiques en échange d’une illusion de sécurité. Parce que Nicolas Sarkozy est moins une menace pour la démocratie (les institutions ne sont pas en danger) que pour nos libertés publiques, comme l’est Bush pour celles de son pays. Les menaces, intimidations et pressions dénoncées par tant d’acteurs de la vie politique et sociale le disputent aux lois liberticides déjà adoptées ou en cours d’adoption (cf. les nombreux articles consacrés à ce sujet sur Agoravox ou ailleurs).

2. Les méthodes du marketing direct au secours d’un programme incertain

Dans un précédent billet (Le Guide du votard), j’avais souligné combien le programme économique de Nicolas Sarkozy manquait d’ambition, relevait plus de mesurettes, et s’attachait seulement à effacer les effets des 35 heures. J’avais conclu que ce programme relevait avant tout d’un pari. Il semble donc que l’économiste Elie Cohen, dans le Ripostes du 29 avril (qui vit s’opposer François Hollande et Jean-Pierre Raffarin) en soit arrivé aux mêmes conclusions, et l’ancien Premier ministre eut toutes les peines à éluder les questions de fond. Malgré tout, le programme économique du candidat de l’UMP soulève davantage l’adhésion des Français que celui de Ségolène Royal, non parce qu’il est meilleur sur le fond, mais parce qu’il emploie les techniques du marketing direct.

Le meilleur dirigeant peut être propriétaire de la meilleure idée, du meilleur service ou du meilleur produit, s’il ne sait pas comment les vendre, cette propriété est vaine. L’important n’est plus la rose mais la communication faite autour d’elle. Je ne vais prendre qu’un seul exemple, tiré d’une expérience personnelle. Il y a longtemps maintenant, l’un de mes anciens étudiants qui avait créé une société de prestation à domicile, vint me demander conseil puisqu’il ne parvenait pas à faire décoller son activité, malgré ses connaissances du business, ses moyens financiers, et sa force de travail. Il tarifait sa prestation à l’heure, pour un coût élevé vu la spécificité de son métier et affichait ce tarif dans sa communication. Je lui ai demandé quelle était la durée moyenne de son intervention - à peu-près 20 minutes -, et lui ai conseillé de vendre son service sur la base de 16 minutes (pour éviter que l’on calcule mentalement le coût horaire) auquel il fallait ajouter les frais de déplacement. Le tarif horaire se trouvait virtuellement divisé par sept (en reportant les frais de déplacement hors tarif de la prestation), et les clients ont commencé à affluer puisqu’ils considéraient la prestation bon marché !

Quand Nicolas Sarkozy annonce qu’en travaillant cinquante minutes de plus par jour, on verrait son salaire augmenter de 15%, il ne procède pas autrement. Cinquante minutes paraissent beaucoup moins qu’une heure, et personne ne fera l’effort de calculer mentalement le nombre d’heures travaillées sur un mois. Le prospect a donc l’impression d’un effort limité. En plus, les 15% de salaire en sus ne correspondent à rien de concret puisque dans la réalité, cela ne se passera pas ainsi. En effet, de nombreux salariés font des heures supplémentaires non payées, et la détaxation de ces dernières ne conduira pas les entreprises à faire l’effort financier nécessaire : ce qui est gratuit est toujours moins cher que ce qui est payant. D’autre part, de nombreuses catégories de travailleurs ne rentreront pas dans cette revalorisation du travail : les cadres, ceux qui travaillent à la commission, les professions libérales (même lorsqu’elles externalisent certains services comme l’accueil téléphonique), une grande partie des commerçants et des artisans, sans compter les chômeurs (...). Au final, cette mesurette ne concernera qu’une minorité de travailleurs. Quand bien même, cette détaxation des heures supplémentaires ne prend pas en compte les coûts liés au monde du travail quand on sait qu’en l’état actuel (suicides, dépressions, usage de stimulants...), celui-ci est déjà important.

Le fameux « travailler plus pour gagner plus » est une excellente trouvaille, un slogan publicitaire que nous retenons tous facilement, mais que nous n’analysons ni sur la forme, ni sur le fond. Le témoignage d’un collègue enseignant en ZEP m’a alerté, lorsqu’il m’a affirmé que des parents Rmistes avaient voté Sarkozy parce qu’ils pensaient gagner plus. Ces derniers, Rmistes depuis longtemps, assimilent leur revenu à une rémunération et retiennent du message le « gagner plus ». En effet, « gagner plus en travaillant plus » a le même sens que « travailler plus pour gagner plus », mais ne produit pas le même effet. Il n’est d’ailleurs pas sans rappeler le slogan de la banque LCL, et agit dans le cortex comme un message subliminal qui associe l’adverbe « plus » au travail et au gain, un peu comme à la loterie, alors qu’en situation de concurrence internationale, le lien cause-conséquence ne peut se satisfaire d’une telle simplification. Pour autant, « travailler plus pour gagner plus » n’est pas « travailler plus pour vivre mieux ». En effet, ne sont pas envisagées les conséquences sociales et économiques d’une présence supplémentaire au travail. Parce que travailler plus, c’est avoir moins de temps et moins de savoir-faire pour se trouver une compagne (ou un compagnon), pour s’occuper de ses enfants ou tout simplement pour s’occuper de soi. Dans un cas, comme dans l’autre, l’appel à des prestataires externes (coach en séduction ou sites internet pour les rencontres ; nounous et soutien scolaire pour les enfants ; hommes toutes mains pour le bricolage...) vont venir grever le budget supplémentaire dégagé par un surcroît de travail. Mieux encore, cette marge budgétaire dégagée par les heures supplémentaires pourrait être compensée par une augmentation du prix des biens et services essentiels. En effet, la fixation du prix d’un produit ou d’un service se fait au moyen de l’évaluation de trois paramètres principaux : le prix de la concurrence, la marge sectorielle, et une étude de marché qui comprend le calcul d’un prix d’acceptabilité, c’est-à-dire que le nombre d’acheteurs est déterminé en fonction d’un ratio entre la perception du coût d’un produit (ou service), et la perception de sa qualité. Aujourd’hui, le consommateur paye davantage le conditionnement d’un produit et sa marque que le produit lui-même, et dans ces conditions, un pouvoir d’achat légèrement plus fort pourrait être absorbé par le coût d’un conditionnement plus élevé ou une réévaluation de la marque. Autrement dit, le consommateur ne pourrait acheter guère plus de produits ou de services qu’aujourd’hui à moins de travailler nettement plus.

Le plan de communication de Nicolas Sarkozy pourrait être davantage disséqué, mais le lecteur trouvera dans ce billet matière à réflexion. Et si l’on peut déplorer que la communication remplace progressivement la réflexion chez tous les candidats, Nicolas Sarkozy est le premier à être allé aussi loin dans cette approche.

Source : Tristan Valmour, Agora Vox, le jeudi 3 mai 2007. (Voir les commentaires)

mercredi 6 juin 2007

Avec Sarközy, des radars électroniques en vue sur le Net

Mercredi 6 juin 2007
Charles de Laubier, Les Echos.

Avec Sarkozy, des radars électroniques en vue sur le Net

Ouf ! Il n'y aura pas de licence globale... C'est du moins ce dont les industries culturelles peuvent se féliciter après l'élection de Nicolas Sarkozy. « Si je suis président, il n'y aura pas de licence globale », avait-il promis. « Je n'accepterai pas l'idée du vol organisé sous prétexte du jeunisme et de la société de l'information », insistait-il un mois avant d'être élu. « La licence globale va à l'encontre de la diversité culturelle et est économiquement inconciliable avec le déploiement d'une offre légale riche et diversifiée », affirmait-il en janvier 2006 lors d'une convention de l'UMP consacrée à la culture.
Si Ségolène Royal avait été élue, la licence globale - cette option économique, jamais appliquée à ce jour, permettant aux internautes de télécharger de façon illimitée des contenus numériques culturels moyennant le paiement préalable d'une somme forfaitaire - aurait au contraire tôt ou tard vu le jour. La présidentiable socialiste y était favorable, même si elle était en opposition sur ce thème avec la direction de son parti et des sociétés d'ayants droit. Dans un livre d'entretiens paru fin mars, elle ne parlait pas explicitement de licence globale comme en 2006, mais de « système forfaitaire pour les échanges gratuits entre personnes » et de « revenus indirects ». « Ce qui suppose, précisait-t-elle, que les intermédiaires (webradios, plates-formes de peer-to-peer) reversent une partie de leur chiffre d'affaires aux titulaires de droit d'auteur en contrepartie de la possibilité d'exploiter commercialement leurs oeuvres. »
Le nouveau président de la République, lui, est radicalement opposé à ce modèle-là : « La licence globale n'est pas une solution viable, non seulement parce que son montant ne sera jamais assez élevé, mais surtout parce que les artistes et les ayants droit veulent - à juste titre - être rémunérés selon leur talent et leur travail et pas de manière collectiviste. » Exit donc la licence globale. Place aux plates-formes légales de téléchargement. Alors ministre (d'Etat) de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, le nouveau locataire de l'Elysée avait cosigné le 28 juillet 2008 à l'Olympia la « Charte pour lutter contre la piraterie et développer l'offre légale de musique ». L'industrie du disque ne pouvait pas trouver aujourd'hui meilleur défenseur de ses intérêts que Nicolas Sarkozy (qui plus est avocat de profession).
L'industrie du film pourra aussi compter sur lui. Fraîchement élu, le nouveau président a fait lire au Festival de Cannes, le 20 mai, un message clair dans ce sens : « La révolution numérique est une opportunité magnifique (...) de diffuser les oeuvres sur les nouveaux réseaux, Internet, mobiles, et de démocratiser ainsi l'accès à la culture. » Mais d'ajouter aussitôt : « C'est aussi une porte ouverte au piratage de masse. Je serai donc vigilant dans ce domaine. Il faut que chacun prenne sa part dans la lutte pour la protection des droits. Vous pourrez compter sur moi. » De quoi rassurer le septième art, dont le « Protocole interprofessionnel sur le cinéma à la demande » est caduc depuis le 21 décembre 2006 faute d'accord. Avec le sixième président de la Ve République, la propriété intellectuelle est réaffirmée et promise à une protection rapprochée face à l'insécurité qui sévit sur les autoroutes de l'information.
On connaissait Nicolas Sarkozy comme ministre, notamment de l'Intérieur (de la Sécurité intérieure et des Libertés locales), instigateur d'une politique de sécurité routière fondée sur le déploiement national de radars automatiques, fixes ou mobiles. Verra-t-on le même, au sommet de l'Etat, mettre en place des radars électroniques sur les réseaux peer-to-peer ? Toutes les conditions sont maintenant réunies pour que le « flashage » et le filtrage de ces échanges de fichiers numériques entre internautes soit mis en place, comme l'exige le SNEP, le syndicat des majors du disque, par les conclusions de Capgemini et le retentissant rapport Kahn-Brugidou de mars 2004. Il recommande au gouvernement de placer sur différents points du réseau des réseaux - y compris chez les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) - « plusieurs milliers » de radars, fixes pour les uns, mobiles pour les autres, dans le cadre d'« actions de prévention ou juridiques ».
Comme sur la route, où l'objectif gouvernemental est d'atteindre 2.000 radars fin 2007, il s'agirait dans le cyberespace de dissuader de faire circuler à haut débit des copies illicites de musiques ou de vidéos et de prendre en flagrant délit non pas les conducteurs en excès de vitesse, mais les internautes contrefacteurs. Autant les premiers ont la possibilité avec la géolocalisation par satellite (GPS) de repérer en temps réel le positionnement des radars sur la route, autant les 30 millions d'utilisateurs d'Internet en France seraient quelque peu démunis face à ce dispositif - sans précédent dans le monde - s'il se concrétisait. Et sans préjuger des résultats escomptés en matière de lutte contre le piratage online. Pour les radars routiers, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) avait émis à l'automne 2003 un avis défavorable sur le « système de contrôle sanction automatisé » qui verra quand même le jour la même année avec le succès que l'on sait.
Dans un autre registre, cette autorité administrative indépendante - que Nicolas Sarkozy souhaite d'ailleurs « renforcer » - rendait à l'automne 2005 une décision rejetant la demande jugée « disproportionnée » de représentants d'auteurs et de producteurs de musique, dont la Sacem et la SCPP, de mettre en place une surveillance des téléchargements de 10.000 titres musicaux et un « traitement automatisé » d'envoi de messages aux internautes suspectés et identifiés par leur adresse IP (protocole Internet). Et ce dans le cadre d'une procédure de « riposte graduée » pouvant aboutir à des condamnations civiles, pécuniaires, ou des sanctions pénales. L'une des premières décisions du Conseil d'Etat de l'ère Sarkozy a été d'annuler le 23 mai dernier cette décision, pour « erreur d'appréciation » de la part de la CNIL. Ce désaveux rouvre la voie à des envois automatiques et ciblés d'e-mails d'avertissement aux internautes - voire de mise en garde avant « contraventions », condamnations ou emprisonnements, comme le prévoit le volet pénal de la loi « Droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information » (DADVSI).
Ce texte encore très controversé est promulgué en août 2006, après la suppression par le Conseil constitutionnel d'un dispositif de « riposte graduée » (aux peines pourtant moins sévères, mais en doublon avec les trois ans de prison et les 300.000 euros d'amende déjà prévus au Code de la propriété intellectuelle). Nicolas Sarkozy est alors, pour la seconde fois, ministre de l'Intérieur (et de l'Aménagement du territoire), après deux années passées à Bercy. Le nouveau président, qui entend au plus vite cette année responsabiliser à la fois utilisateurs et FAI, avait annoncé lors de sa campagne vouloir faire « un état des lieux fin 2007 » de cette loi DADVSI et réengager des réflexions sur cette « riposte graduée ». Si les FAI parlent plus volontiers d'« approche graduée », ils restent en revanche farouchement opposés à la pose de radars préventifs ou de systèmes de filtrage sur leurs réseaux. Reste à savoir si le lobbying des industries culturelles trouvera gain de cause auprès du nouveau président de la République.

Charles de Laubier est journaliste au service high tech-médias des « Echos ».


jeudi 24 mai 2007

Le vrai Sarközy (1ère partie)

Election présidentielle 2007

Ce que les grands médias n’osent pas ou ne veulent pas dévoiler

LE VRAI
SARKÖZY


Par Jean-François Kahn, avec Serge Maury, Philipp E Cohen, Laurence Dequay et le service France de « Marianne ».

(1ère partie)

Glaçant ! Il a dit glaçant. Mais s’il ne l’avait pas dit ?
Car enfin, sept jours avant que François Bayrou ne laisse tomber ce glacial jugement, le généticien Axel Kahn avait déjà, dans Marianne, agité le grelot. Ainsi Nicolas Sarkozy, qui, déjà (ceci explique cela), voulait faire repérer chez les marmots de 2 ans les bourgeons de la délinquance, avait pu, dans Philosophie Magazine, déclarer que, selon lui, la pédophilie et le suicide des adolescents étaient d’origine génétique, qu’on était en quelque sorte biologiquement programmé pour la déviance ou l’autodestruction, que l’action éducative ou sociale n’y pouvait rien, le rachat ou la miséricorde divine non plus – retour terrifiant du concept eugéniste du gène du crime – sans que, pendant dix jours, aucun journal quotidien ou hebdomadaire, aucune radio ou télévision réagisse. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, avant la riposte bayrouiste, notre confrère Le Monde, que des dérapages de Le Pen qui allaient beaucoup moins loin faisaient immédiatement monter au créneau, n’avait même pas consacré 10 lignes réprobatrices à cette stupéfiante rémanence de l’idéologie socio-biologique de l’extrême droite païenne. Comme s’il était beaucoup plus dangereux de tacler le patron de l’UMP que de stigmatiser le leader du Front national.
Comme si Sarkozy faisait peur.
Or cette sortie intervenait après l’annonce de la création, en cas de victoire de la droite, d’un « ministère de l’intégration et de l’identité nationale », annonce qui avait littéralement sidéré, et pour cause, la presse allemande, et dont même l’extrême droite autrichienne de Jörg Haider avait tenu à dénoncer les « nauséeux relents ». Et, surtout, après la série de furieuses philippiques, telles qu’on n’en avait plus entendu depuis quarante ans, inimaginables dans quelque pays européen civilisé que ce soit, relents de propagande stalinienne des années 50 et de rhétorique fascisante d’avant-guerre, qui revenaient à décrire les concurrents du leader UMP, qu’ils fussent centristes ou sociaux-démocrates, comme les candidats protégeant les délinquants, le vol et la fraude, donc du crime, les suppôts des voyous, les représentants du parti des malhonnêtes gens et de la dégénérescence morale, l’anti-France enfin, c’est-à-dire l’incarnation de la haute trahison. Or, cela n’avait nullement empêché que Jean-Louis Borloo, même malheureux comme les pierres, s’aplatisse ; que Simone Veil, fût-ce de la plus mauvaise grâce possible, assure la claque et, dans un premier temps au moins, que les médias, presque tous les grands médias, s’écrasent.
Tant le personnage fait peur.

Ses mots pour le dire
Pourquoi ? Parce que ses entreprises de séduction envoûtent. Parce qu’il dispose, partout, et surtout dans les médias, d’amis dans la place et très haut placés ? Ou parce qu’on redoute la brutalité de ses réactions ?
La preuve par l’affaire Azouz Begag. La scène se passe en 2006 : le ministre délégué à l’Egalité des chances, interpellé à propos de quelques fortes saillies du ministre de l’Intérieur, s’excuse : « Je ne m’appelle pas Azouz Sarkozy. » En guise d’agression, on a connu plus destructeur ! Aussitôt, explosion de fureur de Sarkozy qui menace « de casser la gueule de l’insolent » et lui hurle, par saccades rageusement répétitives, qu’il est « un connard, un salaud, qu’il ne veut plus jamais le voir sur son chemin ». On imagine, un instant, Malek Boutih racontant, dans un livre, que Ségolène Royal lui a aboyé à la figure que François Hollande allait « lui casser la gueule » parce qu’il aurait osé murmurer : « Je ne m’appelle pas Malek Royal. »
Aussitôt, invitation sur tous les médias à raconter l’histoire, comme l’ex-socialiste Eric Besson. Là, service minimum. C’est Sarkozy qui a obtenu, comme toujours, le temps de parole. Pour expliquer que ce n’était là qu’infâme menterie. D’ailleurs, a-t-il expliqué sur i Télé, il « croi[t] n’avoir jamais rencontré Azouz Begag ». Surréaliste ! Depuis deux ans, ils font partie du même gouvernement. On imagine ce que signifierait le fait qu’effectivement, bien que siégeant sur les mêmes bancs et participant aux mêmes conseils, Sarkozy ait refusé de voir Begag !
Pour une fois, cependant, le démenti sarkozyen fait flop. Tout le monde sait, en effet, que les mots que rapporte Azouz Begag sont les siens et pas les pires ; que ces derniers jours, par exemple, il n’a cessé de traiter de « connards » ses propres conseillers et animateurs de campagne, accusés d’être responsables de la moindre difficulté de campagne. Un article qui le
défrise dans Libération ? Il téléphone au propriétaire, qui est un ami : « Vous êtes un journal de merde ! Avec des journalistes de merde ! » Il refuse, contrairement à Royal et à Bayrou, pourtant très maltraité par Libé, de se rendre dans ce journal pour un entretien avec la rédaction : « Libé n’a qu’à se déplacer ! ». Il considère qu’il n’a pas été reçu à France 3 national avec les honneurs qui lui sont dus. A l’adresse de la direction il hurle : « Si je suis élu, je vous ferai tous virer ! »

Insultes…
C’est d’« enculés » que se font traiter les confrères d’une radio qui lui ont apparemment tapé sur les nerfs… qu’il a sensibles. Il soupçonne un journaliste d’être favorable à François Bayrou. « Ils couchent ensemble », commente-t-il. Evoquant certains de ses adversaires, il prévient, carnassier : « Je vais tous les niquer. Les niquer ! » Plus macho, tu ouvres un harem. Parlant de Michèle Alliot-Marie, qu’il soupçonnait, à tort, d’avoir joué un rôle trouble dans l’affaire Clearstream, ne l’appelle-t-il pas « la salope » ? L’économiste et expert financier Patrick Artus critique certaines propositions du candidat UMP. Il reçoit aussitôt un mail de son chef de cabinet « On s’en souviendra ! » Même expérience rapportée par un industriel qui eut le malheur de déplaire : « On se retrouvera. On est pour moi ou contre moi ! » « Je n’ai jamais été confronté, raconte ce patron, à un entourage aussi agressif, aussi belliqueux. » Pourquoi le préfet Dubois, responsable des relations presse de la Préfecture de police, est-il débarqué du jour au lendemain : parce qu’il aurait ricané des ennuis conjugaux du ministre !
Une enquête télé avait été réalisée dans les Hauts-de-Seine. Elle montrait l’incroyable pesanteur des pressions (avec carotte et bâton, promesses et chantage) qui se sont exercées sur les élus UDF de ce « Sarkoland » pour qu’ils lâchent Bayrou. L’enquête en question a été « trappée », comme on dit, sur ordre de la direction. Elle aurait déplu ! Sur une radio, interdiction a été faite à un confrère de rappeler, statistiques à l’appui, que le bilan du ministre en matière de sécurité n’est pas bon. Ça eût dérangé !

Il n’a plus besoin d’intervenir
Or, comme on ne prête qu’aux riches, on soupçonne systématiquement Sarkozy d’être intervenu. Mais, le plus souvent, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas la peine. Il n’a même pas besoin. Quand Paris Match avait publié un reportage sur les amours new-yorkaises de Cécilia et de son chevalier servant, il avait, effectivement, proclamé à la cantonade qu’il aurait la peau du directeur de la rédaction, Alain Genestar. Mais il en resta là. Mieux : il obligea Arnaud Lagardère à attendre plusieurs mois avant de le virer. Au Journal du dimanche, mieux encore : parce qu’il avait appris qu’on s’apprêtait à virer le directeur de la rédaction du journal, soi-disant pour lui complaire, il n’intervint cette fois, après avoir reçu et sans doute retourné le confrère, que pour exiger qu’il reste en place. Il a même tenu à donner son avis sur la journaliste politique que devrait embaucher une radio et sur le directeur que ne devrait pas engager Libération ! Ne prend-il pas un malin plaisir à lancer aux journalistes qui lui font cortège : « Je connais très bien votre patron. Je sais ce qui se passe dans votre rédaction. »
On s’interroge donc : outre ses très fortes accointances avec les grands patrons des groupes de médias, est-ce la crainte qu’il suscite, la peur des représailles s’il est élu, qui expliquent cette relative impunité dont bénéficie Sarkozy quand il tient des propos ou prend des initiatives qui, venant de Le Pen ou de Ségolène Royal, provoqueraient une irruption réprobatrice dans le landernau ?
Pourquoi toutes ces angoisses affichées en privé, peut-être excessives, mais qui ne s’expriment jamais en public : cette star de la télévision évoque, en cas de victoire du candidat UMP, « un risque de contrôle quasi totalitaire des médias » ; cette consoeur de LCI se dit « terrorisée à l’idée d’une présidence sarkozyste » ; cette journaliste du Figaro, qui connaît bien le candidat, et livre une description effectivement assez dantesque de son caractère. Mais pas question de se dévoiler. Il fait peur. « Ma rupture avec lui, confie Jean-François Probst, ex-secrétaire général adjoint du RPR des Hauts-de-Seine et collaborateur de Charles Pasqua, c’est le gaullisme. Je voulais, j’espérais qu’il serait l’homme de rassemblement. Or, il ne cesse de semer la division. Et j’ai passé l’âge de me laisser impressionner par un Hortefeux hystérique. »
Mais les autres ?

Les confrères étrangers osent, eux !
Les confrères étrangers, eux, n’ont évidemment pas ces pudeurs. Le correspondant à Paris d’une radio suédoise interroge tout de go : « Sarkozy ne représente-t-il pas un risque de dictature ? » Un journaliste de la télévision croate qui a suivi le candidat dans ses pérégrinations en dresse un portrait, d’ailleurs exagéré, à faire dresser les cheveux sur la tête. Le Süddeutsche Zeitung de Munich dépeint « un macho sans scrupule et brutal qui joue avec la peur des gens ». Le Frankfurter Allgemeine Zeitung lui décerne le prix de « l’homme politique le plus ambitieux et plus impitoyable d’Europe qui n’a pas de vraie conviction, mais s’aligne sur l’humeur du peuple ». Le quotidien espagnol El Pais voit en lui un héritier populiste des « régénérationnistes de la droite espagnole de la fin du XIXe siècle ». Le Tageszeitung de Berlin (de gauche, il est vrai) décrit un George Bush tricolore qui veut imposer en France l’idéologie de la droite néoconservatrice américaine. La presse italienne insiste sur sa proximité avec la droite postfasciste de la péninsule (qui s’est, avec Gianfranco Fini, ouverte à la modernité). Si la presse conservatrice britannique identifie volontiers, avec admiration, Sarkozy à Mme Thatcher, la plupart des journaux européens, en particulier scandinaves, l’assimilent plutôt à un aventurier néobonapartiste qui représenterait une grave menace pour la démocratie.

La peur de la trappe
En France, en revanche, tout se passe comme si ce type d’analyse était indicible. On n’ose pas. On a peur. De quoi ? Des représailles si Petit César l’emporte ? De la trappe qui s’ouvrira aussitôt ?
Celle qui s’est ouverte, par exemple, sous les pieds de la députée UMP Nadine Morano. Elue de Lorraine, fervente sarkozyste, talentueuse femme de tempérament, n’ayant pas froid aux yeux, elle faisait partie de la task force du candidat. Et, soudain, à la trappe ! Officiellement, parce qu’un reportage diffusé sur France 3 lui a attribué un rôle un peu ridicule. Mais il se trouve qu’étant l’une des rares à oser s’adresser avec franchise à son héros elle lui avait fait remarquer que, entouré d’une nuée de courtisans qui passaient leur temps à chanter ses louanges et sa gloire, il était devenu allergique à la moindre remarque critique. Elle s’était en outre inquiétée de sa tendance à s’immerger compulsivement dans les sondages qui lui renvoyaient constamment sa propre image. Résultat : out ! « Cramée », disent les « bonnes camarades » de la pécheresse. Il fait peur. Eh bien, il est temps de soulever cette chape de plomb. De braver cette conspiration du silence.

Catherine Nay entre les lignes
Il y a quelques mois, Guillaume Durand consacrait deux heures de son émission « Esprits libres », au livre plutôt hagiographique de Catherine Nay consacré à Nicolas Sarkozy. Les livres hostiles au candidat UMP, assez nombreux, n’ont jamais eu cette chance. Or la lecture de cet ouvrage, honnête malgré tout, laisse une impression étrange. Certes il est censé vanter les qualités du « grand homme » ; mais, en même temps, et au second degré, il en dresse un portrait psychologique extraordinairement préoccupant : celui d’un homme dont l’unique véritable sujet de préoccupation est lui-même, sa propre saga et sa quête obsessionnelle du pouvoir. L’histoire qui le fascine, c’est la sienne ; de l’humanité, il ne retient que sa part ; son ascension, à quoi se réduit son seul idéal, débouche sur l’arrivée au sommet qui constitue son seul rêve. Il ne lit qu’un livre, celui dont son ambition constitue la trame. N’écoute qu’une seule musique, celle qui lui permet sans répit de chanter son épopée. Aucune ouverture sur une autre perspective que celle dont sa personne dessine l’horizon, sur un autre monde que celui dont il occupe le centre.
Analyse-t-il les changements qui se produisent autour de lui, dans la société ? Non… Mais, sans cesse, il revient sur le seul changement qui l’obsède et rythme ses discours : son propre changement, dont il fait comme un ressort. « C’est vrai, explique-t-il à Catherine Nay, j’étais égoïste, dépourvu de toute humanité, inattentif aux autres, dur, brutal… Mais j’ai changé ! » Sans cesse ensuite, au grand désarroi de ceux qui l’idolâtraient quand il était, à l’en croire, si mauvais, il fera l’aveu de tout ce que lui reprochent ses adversaires pour mieux magnifier l’ampleur des métamorphoses par quoi il se transcende. Quitte à se révéler, à l’usage, plus égotique et plus brutal encore. Au philosophe Michel Onfray il déclare, dans Philosophie Magazine : « Je vais peut-être vous consterner, mais je suis en train de comprendre la gravité des choix que j’ai faits. Jusqu’à présent, je n’avais pas mesuré. »

Il n’a pas le droit de le dire
Finalement, le livre de Catherine Nay, bien que non suspect de malveillance, ne révèle-t-il pas une certaine folie et des pulsions autocratiques chez cet homme qu’elle qualifie elle-même de « bonapartiste » ? L’hypothèse formulée suscite, aussitôt, une levée de boucliers indignée sur le plateau de l’émission. On n’a pas le droit de dire ça ! Verboten ! Le directeur du Point, Franz-Olivier Giesbert, siffle le hors-jeu. Lequel Giesbert, pourtant, ne se gêne nullement pour déclarer Dominique de Villepin passible de l’asile d’aliénés. Un talentueux éditorialiste de droite convient, en coulisse, qu’il y a « un vrai problème ! ». Halte là ! On n’a pas le droit de dire ça ! C’est tabou !
Pourtant, sur toutes les ondes. Eric Besson, l’ex-responsable socialiste, a pu expliquer que Ségolène Royal, Bécassine dangereusement allumée, déjà comparée par Brice Hortefeux à Pol Pot, au fasciste Doriot et à Staline, représente un mixte du maréchal Pétain et du général Franco. Concernant Chirac, Villepin, Le Pen ou José Bové, on peut également tout oser. Ce n’est qu’à propos de Nicolas Sarkozy qu’on n’aurait « pas le droit de dire ça ! ». Mais qu’en revanche il serait loisible, comme Paris Match la semaine dernière, de lui consacrer, sur des pages et des pages, des dithyrambes grotesques dignes de Ceausescu, certains journalistes de ce magazine dussent-ils nous avouer qu’ils en auraient « pleuré de honte », mais qu’on ne peut rien contre un ordre d’en haut ! (L’Express a même fait, sur deux pages, ce titre ubuesque : « Sarkozy : il gardera son calme. »)

Et, pourtant, en privé, ils le disent
Tous les journalistes politiques savent, même s’ils s’interdisent (ou si on leur interdit) d’en faire état, qu’au sein même du camp dont Sarkozy se réclame on ne cesse de murmurer, de décliner, de conjuguer. Quoi ? Ça ! Lui confier le pouvoir, c’est, déclara Jacques Chirac à ses proches, « comme organiser une barbecue partie en plein été dans l’Estérel ». Claude Chirac a, elle, lâché cette phrase : « J’aurais préféré Juppé. Lui, au moins, c’est un homme d’Etat. » Le ministre libéral François Goulard ne le dissimule pas : « Son égotisme, son obsession du moi lui tient lieu de pensée. La critique équivaut pour lui à une déclaration de guerre qui ne peut se terminer que par la reddition, l’achat ou la mort de l’adversaire. » Sa principale faiblesse ? Son manque total d’humanisme. « Chirac, lui, a le souci des autres, de l’homme. Sarkozy écrase tout sur son passage. Si les Français savaient vraiment qui il est, il n’y en a pas 5 % qui voteraient pour lui. »
Un des plus importants hiérarques de l’UMP, officiellement soutien fervent du candidat (comment faire autrement ?), renchérit : « Sarkozy, c’est le contraire de l’apaisement. Chirac, vous verrez, on le regrettera. Lui, il n’a jamais eu de mots violents. » « Attention, met en garde le ministre de l’Agriculture, Dominique Bussereau, on va très vite à la révolte aujourd’hui. » « La France, c’est du cristal », dit, inquiet, Jean-Pierre Raffarin.
Dominique de Villepin a mis sa langue dans sa poche. Il n’en pense pas moins… que Sarko « a loupé sa cristallisation » ; que « sa violence intérieure, son déséquilibre personnel, l’empêchent d’atteindre à la hauteur de la présidence ». Les chiraquiens du premier cercle, Henri Cuq (ministre délégué aux Relations avec le Parlement), ou Jérôme Monod, le conseiller, ne veulent pas déroger à la consigne du silence. Mais, en petit comité, les mêmes mots reviennent : « Ce garçon n’est pas mûr. Il n’est pas fini. Il a un compte à régler avec la vie qui le pousse à créer de l’affrontement partout, et non à rassembler. » D’autres brodent : « C’est un enfant qui n’atteindra jamais l’âge adulte. » A quoi Roselyne Bachelot réplique : « Mais tous les hommes sont immatures ! » On ne parle plus, on n’ose plus parler, comme hier – du moins tout fort –, de « malfrat » ou de « petit voyou » (pourtant, ce qu’on l’a entendu !). Mais, dans les coulisses de l’Elysée, on laisse simplement tomber : « On fait confiance au peuple français ! » Et, justement, il y a encore trois semaines, on se communiquait, en jubilant, les sondages qui indiquaient une montée en puissance de François Bayrou. Non point qu’on l’aime, celui-là, ce « démocrate-chrétien jésuitique » mais, enfin, on ne va pas « laisser la France tomber entre les mains de Catilina », dangereux aventurier populiste romain dénoncé par Cicéron.

Comme une bande des « cités »
Un député UMP spécialiste des problèmes juridiques, eut le malheur de s’opposer au ministre de l’Intérieur à propos des « peines plancher ». Il est, et reste, sarkozyste. Pourtant, il fait part de son effarement. Cette simple prise de distance lui valut d’être désigné du doigt, menacé de représailles, ostracisé par le clan avec une violence « digne d’une bande des cités ». C’est d’ailleurs un ex-haut responsable du RPR qui raconte : « En septembre 1994, aux journées parlementaires de Colmar, alors que Balladur était donné gagnant par tous les sondages, on eut affaire à la garde rapprochée de Sarkozy. Elle respirait l’arrogance, elle y allait de toutes les menaces. On disait aux députés restés fidèles à Chirac qu’il allait “leur en cuire”. » L’ancien vice-président du RPR des Hauts-de-Seine Jean-François Probst confirme : « Sarkozy croit toujours, comme en 1995, qu’il peut intimider les gens. Quand je l’ai rencontré, dans les années 80, il avait déjà ses qualités – énergie, ténacité –, et ses défauts, dont j’imaginais qu’il les corrigerait. Je pensais, notamment, qu’il comblerait son inculture. Bernique ! Il n’a fait que courir d’une lumière l’autre. Il est fasciné par ce qui brille, les nouveaux riches, le show off, les copains à gourmettes même s’ils trichotent avec les règles communes, Tom Cruise qu’il reçoit à Bercy, ébloui, et fait raccompagner en vaporetto. »
Bien sûr, si les chiraquiens maintenus, les derniers villepinistes, les ultimes vrais gaullistes, quelques libéraux ou ex-centristes ralliés à l’UMP confient, à qui veut les entendre (mais les journalistes qui les entendent n’en rapportent rien), que l’hypothèse d’une présidence Sarkozy les terrifie ; qu’il y a « de la graine de dictateur chez cet homme-là » ; que, constamment, « il pète les plombs », de très nombreux élus UMP, les plus nombreux, sont devenus des groupies enthousiastes de l’homme qui seul peut les faire gagner et dont personne ne nie les formidables qualités de battant. Et le courage. Mais même eux n’étouffent pas totalement leur inquiétude et soulignent volontiers sa violence. « Oui, c’est vrai, reconnaît l’un deux, il antagonise, il clive, il joue les uns contre les autres avec la plus extrême cruauté. » « Il n’est vraiment totalement humain, confie un autre, que quand il s’agit de lui-même. » « Il a un problème de nerfs, de paranoïa, admettent-ils tous, mais il s’arrange, il mûrit, il se densifie. » Voire…

(à suivre...)


mardi 15 mai 2007

Sarkozy, le soixante-huitard

Le conservatisme est passé dans le camp de celle qui est censée le combattre : la gauche.

Sarkozy, le soixante-huitard

Par Pascal BRUCKNER

QUOTIDIEN : lundi 14 mai 2007
Pascal Bruckner écrivain.


Dans l'histoire de France, on le sait, la Restauration ne fut pas le rétablissement de l'Ancien Régime, mais sa liquidation douce, l'acclimatation des idées révolutionnaires au XIXe siècle, la perte de pouvoir progressive de la monarchie et de l'Eglise au profit des républicains. Pareillement, le réquisitoire anti-68 de Nicolas Sarközy ne doit pas masquer qu'il en est l'héritier plus que le pourfendeur. Son slogan de candidat « Ensemble tout devient possible » et la croyance dans les vertus de l'action collective sont aux antipodes du pessimisme historique de la droite (et fait écho à ce mot de Dostoïevski : « Si Dieu n'existe pas, tout est permis » ).

Le style nerveux, dynamique de l'homme, s'il est classique dans le message, est moderne dans la forme. Rien à voir avec l'allure empesée, louis-philipparde, d'un Balladur ou d'un Giscard. Son volontarisme dément le déterminisme philosophique qu'il afficha lors de ses entretiens avec Michel Onfray à propos des prédispositions génétiques des pédophiles. Sa vie privée de père de famille recomposée, ses démêlés conjugaux et son rapport décomplexé à l'argent sont typiquement post-soixante-huitards. Une Cécilia Sarkozy eût été impensable sous de Gaulle et Pompidou, quand le féminisme était encore balbutiant. Enfin, sans Mai 68 et son esprit de générosité, jamais les Français n'auraient élu un fils d'immigré, juif et hongrois : souvenons-nous des avanies, des insultes que dut subir dans les années 50, pour cause de judéité, un Mendès-France (surnommé « Mendès, pas France» ). C'est plutôt Ségolène Royal, grande femme sage au sourire de Madone, au message évangélique « Aimons-nous les uns les autres», qui incarnerait la France d'hier, malgré sa défense de 68.

Cette trajectoire étonnante du maire de Neuilly-sur-Seine illustre un phénomène paradoxal, à savoir que depuis une trentaine d'années le conservatisme est passé peu à peu dans le camp de celle qui fait profession de le combattre : la gauche. Ce conservatisme s'énonce toujours dans le langage de la révolution, dans une rhétorique de l'anticapitalisme empruntée à la mouvance communiste. Bolchevique dans l'opposition, mais libéral au pouvoir où il privatise à tour de bras, le Parti socialiste est resté prisonnier de son surmoi gauchisant, des groupes trotskistes, altermondialistes, écologistes, dont il persiste à singer l'idéologie. Tous les partisans de l'immobilisme qui se battent uniquement pour «préserver les intérêts acquis» se doivent d'emprunter le discours du mouvement, au point que le gauchisme était devenu, avant l'irruption de Ségolène Royal sur la scène, la maladie sénile du socialisme.

Ce nouveau passéisme enrobé dans le langage des sans-culottes est assez déconcertant de prime abord, puisqu'il superpose slogans subversifs et revendications corporatistes. Ici, le sens manifeste doit s'entendre à l'inverse du sens réel : sous la mousse verbale, sous l'appel au soulèvement, il faut comprendre éloge de l'ordre établi, respect du statu quo. Ce camouflage langagier manifeste surtout une même frayeur face à la marche du temps et aux transformations du monde. A tort ou à raison, les socialistes donnent le sentiment de vouloir geler l'Histoire et d'avoir choisi le parti de l'inertie.

Depuis Mitterrand, deux conservatismes, de droite et de gauche, se coalisent pour freiner toute réforme d'envergure. L'accusation de «réactionnaire» lancée à l'endroit de certains intellectuels par les gardiens de l'orthodoxie est à cet égard révélatrice : quiconque ne parle pas la novlangue progressiste est immédiatement frappé d'anathèmes. Invoquer le poids des traditions, rappeler l'importance du facteur national, protester contre le délabrement scolaire, l'infantilisation de l'individu, vaut à certains d'être voués aux gémonies. En d'autres termes est qualifié de «réactionnaire» quiconque fait preuve d'intelligence et envisage les problèmes dans leur complexité. Il faut savoir gré à Ségolène Royal de s'être battue à fronts renversés, d'avoir introduit dans sa campagne des thèmes tabous dans son camp : le drapeau, la patrie, la famille, le travail, la Marseillaise... Tandis que son concurrent invoquait les mânes de Léon Blum et Jean Jaurès, et faisait l'éloge du labeur ouvrier. Si bien qu'à un certain moment, les deux candidats semblaient se répondre l'un l'autre, par-delà leurs divergences, comme atteints d'écholalie. On l'a beaucoup dit : un souffle d'air frais a balayé la France durant ces élections. Notre vieux pays, délaissant mythes et fables, a accepté le diagnostic sans concession posé sur lui.

La rage souvent abjecte que Nicolas Sarkozy a suscitée vient de là : il a volé à la gauche son trésor et sa langue, il l'a dépouillée comme un bandit de grand chemin, il l'a même, crime de lèse-majesté, privé de son meilleur ennemi, Jean-Marie Le Pen. Il a renvoyé la gauche à ses archaïsmes, à ses radotages, à ses lubies. Le roi est nu. Au Parti socialiste de savoir s'il veut mourir, pour mieux ressusciter comme la plupart des gauches européennes, ou dépérir dans le culte des pensées mortes : rien de plus narcissique que l'utopie quand elle préfère la sécheresse de l'idée à la richesse de la réalité. Il serait triste que le camp de la rose, déjà vaincu, se laisse en outre déposséder de sa rénovation par un leader du centre droit, François Bayrou.

Le nouveau président a trop promis pour avoir droit à l'erreur. Il a gagné cette élection sur un double message : ordre et rupture. Le pari est audacieux mais risqué. Nicolas Sarkozy n'aime rien tant que les grands écarts : il s'affiche libéral et dirigiste, patriote et européen, laïc et croyant, gaulliste et atlantiste. Selon qu'il penchera d'un côté ou de l'autre, toute son action s'en trouvera modifiée. Contrairement à ce qu'il dit, c'est l'économie de marché, et non Mai 68, qui détruit les valeurs dont la droite se veut le défenseur. C'est le capital, Marx l'a souvent écrit, qui bouleverse familles, lignages, moeurs, transgresse les frontières, casse les solidarités et fait de chaque individu un agent rationnel soucieux avant tout de sa réussite et de son bonheur.

Nicolas Sarkozy réussira-t-il à être à la fois Thatcher et Blair, celui qui réforme en profondeur et celui qui adoucit la dureté des réformes ? Pourra-t-il condenser en un quinquennat deux séquences historiques qui ont pris trente ans en Grande-Bretagne ? Ou bien renoncera-t-il au changement pour chausser peu à peu les bottes de Mitterrand et de Chirac ? La vraie rupture n'est jamais tranquille.

(Source : libération.fr le lundi 14 mai 2007)


mardi 8 mai 2007

Election présidentielle




Victoire du système contre l’abstention

On estime à 40% (presque la moitié) des suffrages recueillis par Nicolas Sarkozy comme ayant été non point en sa faveur mais contre Mme Royal et pour l‘éliminer. C’est le résultat d’une habileté sarkozyenne qui a réussi, mais cela ne change rien au fait que 84% des électeurs inscrits aient plébiscité le système en acceptant d’y participer malgré la personnalité inquiétante des deux candidats.


Malgré la consigne nationale d’abstention, le nombre d’abstentionnistes est resté à peu près le même : 16,23% au premier tour, 16,03% au second. En revanche le nombre des « blancs ou nuls » a été multiplié par 3, mais à un très faible niveau, passant de 1,44 à 4,20%. Cela conduit néanmoins à se demander si un mot d’ordre de « vote blanc » n’aurait pas plus de succès que le mot d’ordre d’« abstention ».


La victoire de Sarkozy conduit Nicolas Beytout, directeur du Figaro, à s‘émerveiller lundi du fait que « pour la première fois depuis trois décennies, un candidat issu de l‘équipe sortante est élu par les Français ». Tel est en effet le paradoxe que Marine Le Pen avait mis en relief dès dimanche soir à la télévision. C’est une nouvelle illustration de la fameuse sentence d’Anatole France : « La République gouverne mal mais se défend bien. »


L’abstention était parfaitement justifiée. Ou bien le vote blanc. Ni la loi naturelle, ni l’identité française, dans leurs requêtes les plus essentielles, ne pouvaient se satisfaire de l’un ni de l’autre programme, tous deux abondants en faux-semblants séducteurs mais condamnables surtout par leurs omissions cardinales.


Tous deux sont également complices du massacre ivégiste, qui en qualité comme en quantité dépasse dans le monde entier ce qu’ont fait au XXe siècle le communisme et le nazisme additionnés.


Ni l’un ni l’autre ne défend le mariage et la famille par le nécessaire rejet de toute reconnaissance juridique des couples homophiles.


Nicolas Sarkozy a parlé de supprimer l’oppressive carte scolaire, mais il ne rétablit pas vraiment la liberté des parents d‘éduquer leurs enfants.


Ni l’un ni l’autre n’a eu le courage d’avouer que la France a déjà perdu 70 à 80% de sa souveraineté, et que l’Etat français n’a plus le pouvoir de réaliser la plupart des promesses qu’ils ont faites. Le président de la République n’a plus l’autonomie suffisante pour se dispenser d’enregistrer les autorisations et interdictions administratives promulguées par Bruxelles. La priorité politique à cet égard est celle d’un homme d’Etat capable d’appeler et de diriger la nécessaire révolte nationale.


Aucune des cinq républiques françaises ni d’ailleurs aucun autre régime politique, n’a été fondé par un vote au suffrage universel. Celui-ci n’a jamais fait que ratifier une fondation réalisée par d’autres facteurs politiques et culturels, et ceux-ci ont été trop négligés par le mouvement national depuis plus d’un demi-siècle. L‘échec de la première tentative nationale d’une stratégie de l’abstention (ou du vote blanc) ne doit pas faire oublier les grandes constantes historiques, notamment que le suffrage universel est conservateur et que, de lui-même, il a toujours une tendance lourde en faveur du régime ou du système en place.


Bien sûr les plus optimistes estiment que Nicolas Sarkozy, après tant de déclarations catégoriques durant sa campagne, ne pourra se dispenser d’y être au moins un peu fidèle. Dominique Quinio elle aussi, mais chez elle c’est plutôt du pessimisme, pense dans La Croix que le nouveau président s’appliquera à ne point décevoir tous ceux qui se sont tournés vers lui, « les électeurs traditionnels de la droite mais aussi les électeurs du Front national qui n’ont pas obéi au mot d’ordre d’abstention ». S’il en était plus ou moins ainsi, Le Pen l’a dit, le mouvement national soutiendrait toute mesure de salut public.



Ségö, Sarkö, démagö

Ségö, Sarkö, Zérö

vendredi 4 mai 2007

Nicolas Sarközy vu par Julien Dray

« (...) Début décembre, Ségolène Royal était en Israël, flanquée de Julien Dray qui avait largement organisé sa visite. Pris à partie par un responsable du Conseil représentatif des institutions juives de France, il répliquait : "Vous avez vendu votre âme à l'autre camp : vous n'avez rien à faire ici. Retournez chez votre pote Nicolas (Sarközy) [...] Vous allez payer très cher votre racolage unilatéral. Ségolène sera présidente et vous allez devoir vous mettre à genoux quand vous souhaiterez qu'elle vous reçoive !" Tout Julien Dray est dans cette réplique : la violence, la connaissance des milieux juifs, la politique de rapport de force (il faut dire que le ministre de l'Aménagement du territoire Christian Estrosi avait déclaré à Haaretz fin novembre que "Sarközy est le candidat naturel des électeurs juifs". (...) »
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(Faits & Document n° 228 du 31 janvier 2007, page 1, Portrait de Julien Dray)